Congo-Kinshasa: Les employés afghans opposés à leur relocalisation au pays

Un millier d'Afghans bloqués au Qatar pourrait être relocalisé en RDC par les Etats-Unis. Une perspective qui inquiète ces anciens collaborateurs de l'armée américaine.

L'alerte est partie de l'organisation AfghanEvac, dirigée par l'ancien militaire américain Shawn VanDiver. Mais jusqu'ici, ni les autorités américaines, ni le pouvoir congolais n'ont confirmé l'existence d'un plan de relocalisation des Afghans en République démocratique du Congo. On sait juste qu'il y a un plan de fermeture du camp qui les accueille au Qatar depuis le retrait de la mission américaine qui les employait en Afghanistan.

Zahra Muheb, qui vit dans le camp avec sa famille depuis un an et demi, rappelle que sa mère a travaillé pour l'armée américaine et que leur destination finale devait être les Etats-Unis.

Elle décrit des conditions de vie éprouvantes : quatre personnes entassées dans une pièce de quatre mètres sur un mètre cinquante. Un quotidien qui a de lourdes conséquences sur sa santé mentale.

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Zahra dit souffrir d'anxiété et de dépression et devoir prendre des médicaments, y compris pour pouvoir dormir. Dans ce contexte, une installation en RDC, pays confronté à ses propres crises, n'est pas une option.

"Nous demandons la dignité, la sécurité et la perspective d'un avenir stable. Nous voulons être accueillis dans un pays sûr, où nous pourrons reconstruire nos vies comme tout être humain, sans vivre dans la peur permanente. La République démocratique du Congo est confrontée à ses propres crises, marquées par des conflits armés, des violences et un manque de services de base, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Voila ce qui se passe en RDC."

Au Qatar, une attente longue et des conditions de vie dénoncées

Comme Zahra Muheb, Sultan Mahmood Attaie vit dans des conditions précaires au camp d'As Sayliyah, au Qatar. Arrivé le 9 octobre 2024, il partage le même quotidien fait d'attente et de promiscuité. Son grand père a travaillé pour l'armée américaine en Afghanistan. Il décrit une vie qu'il compare à celle d'une prison, dans des conteneurs. Son principal espoir est de vivre dans de meilleures conditions et de voir sa petite accéder à l'éducation, lui qui n'est plus allé à l'école depuis des années.

Il attend une réinstallation aux Etats-Unis et exclut toute perspective d'installation en République démocratique du Congo.

"Nous sommes très inquiets à l'idée d'être envoyés en République démocratique du Congo. Nous ne nous sentons pas en sécurité et avons déjà fui le danger. Nous ne voulons pas être transférés dans un autre endroit dangereux."

Des interrogations autour du dispositif migratoire américain

L'ONG AfghanEvac dénonce la gestion du dossier. Elle rappelle que le Département d'Etat avait informé par écrit le Congrès en janvier que ces Afghans seraient réinstallés avant le 31 mars. Une échéance désormais dépassée de plus de trois semaines. Selon l'organisation, aucun responsable américain n'a depuis contacté les réfugiés pour leur préciser les perspectives concernant leur avenir.

Les personnes concernées sont plus du millier. 42% sont des enfants. Près de 150 sont des proches de militaires américains en service actif ou récemment démobilisés.

Les autres sont d'anciens interprètes de l'armée américaine, des membres des forces spéciales afghanes ayant combattu aux côtés des forces américaines, ainsi que des femmes engagées dans l'armée afghane. Figurent également parmi eux des professionnels du droit -- avocats, procureurs et juges -- impliqués dans des programmes soutenus par les Etats-Unis contre les talibans. Pour l'ONG AfghanEvac, l'administration américaine doit respecter ses engagements.

"L'administration doit abandonner le plan concernant la RDC. Ce n'est ni volontaire, ni responsable, ni une réinstallation. C'est un plan refusé, conçu pour contraindre ces familles à partir afin que l'administration puisse les renvoyer aux talibans. L'administration doit rapatrier les populations du camp d'As Sayliyah aux Etats-Unis. Si elle refuse d'agir, le Congrès doit le faire. Si la direction politique de la Chambre des représentants refuse de soumettre la question au vote, nous déposerons une pétition pour forcer un vote."

La pétition pourrait être déposée à la mi-mai, indique Shawn VanDiver.

Quid du respect du droit international ?

En République démocratique du Congo, certaines initiatives commencent également à émerger. C'est le cas du parti politique Alternatives 2028, fondé par l'ancien député national Ados Ndombasi. Le 24 avril, cette formation a organisé une manifestation devant l'ambassade des Etats-Unis à Kinshasa pour dénoncer l'opacité des accords conclus avec Washington et réclamer davantage de transparence sur le dossier de l'éventuelle arrivée de réfugiés afghans en RDC.

"Nous voulons exprimer notre opposition à toute mise en oeuvre de cet accord (entre RDC et Etats-Unis, Ndlr) en l'absence de transparence et de garantie suffisante. Nous demandons la clarification officielle des termes de l'accord, nous exigeons la publication des engagements réciproques entre les parties. Nous sollicitons aussi la suspension de toute mesure d'application en attendant un examen approfondi et inclusif," martèle l'ex député national.

Pour le politologue congolais Jean-Claude Mputu, l'accueil par la RDC de migrants déportés par les Etats-Unis pose un problème juridique. Il rappelle que des migrants sud-américains ont déjà été transférés à Kinshasa sans leur consentement explicite, ce qui pourrait constituer une violation du droit international. Il évoque aussi une entorse au droit congolais, le Parlement n'ayant pas été saisi de ces accords.

"Je m'interroge même sur le sens du respect du droit interne ou au niveau politique interne la consultation du Parlement parce que c'est une décision assez grave surtout qu'il y a des risques inhérents à l'accueil de telles personnes. Nous envoyons un très mauvais signal au niveau international en termes de respect des droits humains et en termes de respect du droit international humanitaire."

La RDC fait partie d'un groupe de plusieurs pays africains impliqués dans un dispositif migratoire américain contesté, qui prévoit l'envoi de ressortissants étrangers vers des pays tiers, souvent en échange d'un appui financier ou logistique, sans que les autorités locales ne communiquent clairement sur le devenir des migrants après leur arrivée.

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