On les appelle « les Nomades des mers » : les Vezo, dernier peuple itinérant de l'île, sont considérés comme les meilleurs pêcheurs du pays. À bord de leurs pirogues rudimentaires, ils sillonnent la côte sud-ouest malgache en quête de poissons qu'ils revendront à terre, à différents collecteurs.
Toutes voiles affalées, deux frères et leur oncle accostent sur la plage d'un îlot de sable microscopique, au large de Belo-sur-Mer, à 160 kilomètres au nord de Belavenoke, leur village natal.
À peine sortis de leur pirogue, ils aiguisent leurs machettes et se mettent à découper leur prise de la nuit : trois requins à pointe noire. Les trois hommes, partis à six heures ce matin, se considèrent chanceux. « Le requin, c'est intéressant », explique l'un d'eux, « les ailerons sont recherchés et c'est un poisson lourd, qui nous permet de gagner un peu d'argent. »
Sur ce bout de sable perdu en mer à six milles nautiques des côtes, une dizaine de familles ont établi leur campement. Pour se protéger du soleil brûlant, des abris sommaires en matériaux végétaux, érigés en quelques minutes et facilement démontables. Laysa et les siens y resteront une semaine, avant de reprendre la mer vers le nord « vers Maintirano ».
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Selon ses dires, « il y a beaucoup de poissons là-bas et les pêcheurs n'ont pas besoin de pêcher la nuit ». Il faudra pour autant attendre l'acquisition d'une nouvelle pirogue, la sienne n'étant pas adaptée aux courants et vagues de la mer là-bas. « Quand on pourra s'en acheter une plus stable, alors on s'y rendra et notre vie sera meilleure. À l'époque de notre père, on était moins de Vezo. Aujourd'hui, il y a trop de Malgaches qui vivent de la pêche, et la ressource a vraiment diminué », regrette Laysa.
Parti en mars de chez lui, il ne retournera dans son village, auprès de sa femme et de ses deux fils, qu'en décembre, au démarrage de la saison cyclonique. D'ici là, lui, son frère et son oncle tenteront de tirer profit des maigres ressources que la mer offre encore. Des ressources qu'ils partagent désormais, bien malgré eux, avec des navires-usines européens et asiatiques qui empiètent régulièrement sur le périmètre réservé aux petits pêcheurs, faute de garde-côtes malgaches en nombre suffisant.