La reprise de la ville de Kidal par les rebelles touaregs, à l'issue d'une offensive meurtrière coordonnée le 25 avril 2026 avec les djihadistes du JNIM, marque un tournant majeur dans la crise sécuritaire malienne. L'accord conclu avec les mercenaires russes d'Africa Corps pour leur retrait et les soupçons d'une main algérienne, parrainée par Moscou, révèlent l'ampleur des recompositions géopolitiques au Sahel.
Kidal, bastion historique de la rébellion touarègue, est redevenue le théâtre d'un basculement stratégique.
Alger a-t-il joué un rôle au retrait d'Africa Corps ?
Après avoir été reprise en novembre 2023 par l'armée malienne, appuyée par les paramilitaires russes du groupe Wagner, cette ville du Nord-Mali est désormais «totalement» contrôlée par le Front de libération de l'Azawad (FLA). Ce retournement de situation s'est produit dans un contexte d'attaques coordonnées menées le 25 avril 2026 par les rebelles touaregs et les djihadistes du JNIM, branche sahélienne d'Al-Qaïda, visant simultanément plusieurs localités, dont Mopti, Kidal, Gao, Sévaré et Bamako. Ces attaques complexes ont été d'une intensité sans précédent.
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A Kati, près de Bamako, la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara a été détruite par un véhicule piégé, entraînant sa mort et celle de certains membres de sa famille. Le président Assimi Goïta, dont la résidence a également été ciblée, aurait été exfiltré vers un camp des forces spéciales. Le puissant securocrate, le général Modibo KONÉ serait aux dernières nouvelles en soins intensifs, comme l'avait révélé Confidentiel Afrique, après avoir été fatalement touché par l'artillerie adverse.
Alger s'est- il entretenu avec Moscou pour obtenir l'onction de retrait des troupes russes dans la ville- symbole de Kidal ? Tebboune et Poutine se sont- ils parlé en vue de gérer la real politik au nord du Mali ? Au lendemain des combats, les rebelles ont annoncé avoir conclu un accord avec les mercenaires russes d'Africa Corps pour leur retrait du camp militaire n°2 de Kidal.
Cette évacuation, organisée sous escorte touarègue, marque un revers symbolique pour Bamako, qui avait fait de la reprise de Kidal en 2023, un emblème de souveraineté nationale. Alger a-t-il joué un rôle dans cet accord ? Son ombre plane en tous les cas. Bamako paie-t-il le lourd tribut de son rapprochement tranché avec Rabat au point de se délester du géant algérien qui se trouve sur une ligne frontalière stratégique?
Moscou plaide un rôle équilibré de l'Algérie dans toutes les questions internationales et régionales, avec une règle dominante: celle de la préservation des intérêts stratégiques de premier plan. Un vent d'embellie souffle sur l'axe algéro-russe, ces longues dernières années. Moscou et Alger gérent bien leur pré- carré historique, au prix d'en découdre.
Tebboune et Poutine se parlent et discutent régulièrement de tout: hydrocarbures, géopolitique souterraine et sécurité. Un dialogue, sans tabous, notamment sur les questions internationales et régionales. Ce rapprochement politico- sécuritaire hautement stratégique a joué à la faveur des groupes djihadistes et mouvements rebelles indépendantistes.
Une situation sécuritaire complexe
Si l'implication directe de l'Algérie dans la conclusion de l'accord de retrait des forces russes à Kidal n'est pas officiellement établie, plusieurs éléments suggèrent une médiation discrète. L'Algérie, qui partage une longue frontière avec la région de Kidal, a historiquement joué un rôle de médiateur, notamment lors des Accords d'Alger de 2006 et 2015.
Sa préoccupation face à la présence de mercenaires russes à ses portes est connue, et le retrait des forces d'Africa Corps pourrait justifier une pression diplomatique algérienne. Les combats à Tinzaouatène en 2024 avaient entraîné des mouvements de populations vers la frontière algérienne, obligeant Alger à se mettre en branle pour contenir la situation. Le rôle supposé de l'Algérie dans l'accord pour le retrait des mercenaires russes à Kidal pourrait s'inscrire dans une logique plus large de rivalité régionale avec le Maroc, notamment autour de la question du Sahara occidental.
Alger, médiateur historique au Mali, cherche à consolider son influence au Sahel, tout en contrant l'activisme diplomatique marocain en Afrique. Au-delà des spéculations, la reprise de Kidal par les Touaregs et la mort en martyr du ministre Camara est un coup dur pour le gouvernement malien, qui ne perd pas tout de même la face et reste ferme dans la traque des groupes armés terroristes.
Depuis 2012, le Mali est confronté à une insécurité chronique, alimentée par les attaques des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'État islamique et les revendications des indépendantistes touarègues. Les attaques du 25 avril attestent, une fois de plus, de la complexité de la complexité de la situation sécuritaire dans ce pays, malgré les efforts de pacification consentis au sommet de l'Etat.