Sénégal: Justice sous tension - Daha Diallo, 19 mois sans jugement

Un collectif de soutien tire la sonnette d'alarme sur la situation du contrôleur du Trésor Daha Diallo, placé en détention préventive depuis septembre 2024 sur la base d'un rapport provisoire de l'Inspection générale des finances (IGF), sans notification formelle ni audition sur le fond. Le collectif dénonce une violation grave des droits fondamentaux et exige sa libération ou la tenue d'un procès équitable dans les meilleurs délais.

C'est depuis la maison d'arrêt de Rebeuss, et parfois depuis le Pavillon spécial, que Daha Diallo attend toujours que la justice lui accorde la parole. Contrôleur du Trésor et cadre reconnu de l'administration sénégalaise, fort de plus de vingt ans de service, cet originaire du département de Nioro du Rip a été placé sous mandat de dépôt le 25 septembre 2024 par le Pool judiciaire et financier (PJF).

Dix-neuf mois plus tard, il n'a toujours pas été entendu sur le fond de l'affaire qui lui est reprochée. Réuni samedi 25 avril 2026 à Wack Ngouna, le Collectif Justice pour Daha Diallo (CJDD) a rendu publique une déclaration solennelle, interpellant les autorités judiciaires, le chef de l'État ainsi que l'opinion nationale et internationale sur ce qu'il qualifie de « détention arbitraire ».

Un rapport provisoire comme seul fondement

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À l'origine de cette affaire figure un rapport provisoire de l'Inspection générale des finances (IGF), établi en 2017, alors que Daha Diallo occupait le poste d'agent comptable de l'Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF). Selon le collectif, ce rapport n'aurait jamais été notifié à l'intéressé, en violation de l'arrêté n° 07178/MEN/IGF du 28 avril 2014 régissant l'organisation et le fonctionnement de l'IGF.

Or, c'est sur la base de ce document préliminaire et non d'un rapport définitif que la plainte aurait été déposée, puis que le mandat de dépôt aurait été émis. Le CJDD souligne qu'« aucune charge formelle n'a été officiellement notifiée » à Daha Diallo, empêchant ainsi l'exercice plein et entier de ses droits à la défense, en violation du principe du contradictoire.

Des droits fondamentaux bafoués

Le collectif invoque plusieurs violations du droit international. L'article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques garantit à toute personne détenue le droit de connaître les charges retenues contre elle. L'article 7 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples consacre le droit à être jugé dans un délai raisonnable. Selon le CJDD, la jurisprudence de la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples établit que tout dépassement injustifié de ce délai rend la détention arbitraire.

Plus concrètement, la situation matérielle de Daha Diallo est également pointée. Nommé chef de bureau de la formation au Centre de perfectionnement et de formation professionnelle du Trésor (CFFPT) avant son arrestation, il a été privé des avantages liés à sa fonction dès son placement en détention une décision que le collectif juge contraire au principe de présomption d'innocence et au droit du travail.

Trois exigences et un appel au président

Le CJDD formule trois demandes : l'audition immédiate et le jugement rapide de Daha Diallo par un tribunal indépendant ; sa relaxe pure et simple ou, à défaut, la garantie d'un procès équitable ; ainsi qu'une réforme des pratiques du PJF afin de mettre fin aux détentions préventives prolongées.

Le collectif interpelle directement le président de la République, « clé de voûte des institutions et garant de la Constitution », afin qu'il se saisisse de la situation au nom de la dignité humaine et des engagements du Sénégal au regard de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Enfin, si le CJDD salue le soutien de l'Amicale des inspecteurs du Trésor, de l'Amicale des contrôleurs du Trésor, du journaliste Bachir Fofana et du Forum des justiciables dirigé par Babacar Ba, il déplore en revanche le « mutisme » du Syndicat unique des travailleurs du Trésor, estimant qu'un syndicat se doit d'être aux côtés de ses membres dans l'adversité.

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