Une délégation composée d'Olivier Bancoult et d'autres membres de la communauté chagossienne basés à Maurice envisage de se rendre au Royaume-Uni afin de faire entendre sa position sur l'accord actuellement en discussion concernant l'archipel des Chagos.
Cette initiative a été favorablement accueillie par la partie britannique, qui y voit une opportunité de refléter la diversité des opinions au sein de la communauté chagossienne.
Olivier Bancoult nous précise que cette démarche émane des Chagossiens : «Cette initiative vient de nous-mêmes et le fait qu'il y a plusieurs malentendus qui se passent. Il y a une personne qui s'est autoproclamée first minister et fait comme si les îles Chagos sont sa propriété, alors qu'on sait très bien qu'il y a un jugement de la Cour internationale de justice soutenu par une résolution de 116 pays qui démontre que la souveraineté appartient à l'île Maurice.»
Une reconnaissance jugée historique
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Le leader du Groupe réfugiés Chagos (GRC) dénonce également l'instrumentalisation de certains membres de la communauté. «Il y a des Chagossiens qui se laissent être servis comme des marionnettes par des politiciens britanniques de l'opposition, comme Nigel Farage, et certains conservateurs. Certains croient que c'est Misley Mardarin qui a la majorité qui le soutient, mais c'est faux.
Les personnes qui sont nées sur les îles Chagos et qui ont connu la souffrance veulent une solution à leur problème, et cette solution est à travers cet accord qui a été signé par le gouvernement britannique.Nous sommes 100% d'accord qu'il faut soutenir cet accord», insiste-t-il.
Dans la même veine, Olivier Bancoult estime que les opposants à cet accord servent avant tout des intérêts politiques. Selon lui, «ces politiciens qui ne sont pas en faveur de l'accord sont en train de se servir de Misley Mardarin pour leur carrière politique, sans aucun plan pour la communauté chagossienne».
Après des décennies de lutte contre les autorités britanniques sur la question de la souveraineté, Olivier Bancoult souligne qu'à la suite de cet accord, elles ont proposé un plan pour permettre l'installation de Chagossiens sur les îles, une possibilité qui, selon lui, n'avait «jamais été envisagée dans le passé». Il critique toutefois les positions de Misley Mardarin : «Aujourd'hui, Misley Mardrin doit être conscient qu'il peut utiliser ces jugements en faveur des Chagossiens, des jugements que nous avons combattus. Misley est en train de servir notrebilan. Quand il dit que les Chagos doivent rester sous contrôle britannique, on n'est pas d'accord. Quand le gouvernement anglais reconnaît que la souveraineté appartient à l'île Maurice, vous ne pouvez pas déclarer être plus royaliste que le roi.»
Misley Mardarin : légitimité contestée
Olivier Bancoult remet également en question la légitimité de Misley Mardarin. «À Maurice, tous les deux ans, il y a une élection supervisée par la Commission électorale où l'on élit sept représentants chagossiens. Pour Misley Mardarin, ce n'est pas le cas. Personne n'a supervisé son élection et aucune commission ne l'a fait. Aucun gouvernement ne le reconnaît comme first minister, ni le gouvernement anglais ni le gouvernement mauricien», soutient-il. Il pointe également ce qu'il qualifie d'incohérences : «Misley Mardarin dit qu'il ne reconnaît pas la souveraineté de Maurice, mais il envoie une délégation du British Indian Ocean Territory pour remettre une lettre au bureau de l'Attorney General de Maurice. C'est vraiment ridicule de sa part.»
Sur la question des tests ADN évoqués pour identifier les Chagossiens autorisés à se rendre dans l'archipel, Olivier Bancoult se montre tout aussi critique. «C'est ridicule. Sur nos actes de naissance, il est bien écrit que nous sommes nés sur les îles Chagos, alors que pour Misley Mardarin, il est écrit qu'il est né à l'hôpital Dr A.G.Jeetoo,à Maurice. Personne ne conteste nos actes de naissance. Nous sommes des natifs chagossiens.»
«Il y a des presses britanniques, comme The Telegraph, qui induisent la population en erreur et font croire que les Chagossiens sont en faveur de Misley Mardarin, mais tel n'est pas le cas», affirme-t-il. Il assure également que plusieurs organisations chagossiennes soutiennent pleinement l'accord, notamment le GRC, des représentants des Chagossiens des Seychelles, le Chagos Islander Movement au Royaume-Uni ainsi que le UK Chagossian Council.
Dans le cadre de son déplacement, la délégation prévoit de rencontrer des parlementaires britanniques de différents partis, y compris des conservateurs et des libéraux-démocrates, afin d'exposer leur position et de plaider en faveur de l'accord.