Selon l'Indice mondial d'ingérence du tabac 2025, Maurice se classe 15e avec un score de 44, ce qui indique un succès modéré dans la lutte contre l'ingérence de l'industrie du tabac dans les politiques gouvernementales. Bien que le pays interdise les activités de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) liées à l'industrie, il ne dispose pas d'un code de conduite officiel pour ses fonctionnaires et ne divulgue pas ses activités de lobbying, ce qui représente un léger recul par rapport au classement de 2023, où le score était de 41 et où le pays occupait la 10e place.
Ces informations ont été révélées lors d'une réunion de concertation avec les parties prenantes sur l'indice à Maurice en 2025, organisée par l'université de Maurice (UoM), en collaboration avec l'organisation non gouvernementale Vie et Santé (VISA), hier, à Quatre-Bornes. Dans son discours d'ouverture, le président de VISA, Poubarlanaden Appavoo, a souligné quatre points clés : les répercussions sanitaires, socio-économiques et environnementales indéniables de la consommation de tabac exigent une action immédiate ; l'ingérence de l'industrie du tabac constitue un obstacle majeur aux efforts de lutte antitabac ; cette industrie est fondamentalement motivée par le profit, et non par des considérations de santé publique ; et l'indice évalue les réponses des gouvernements, y compris celui de Maurice, à l'ingérence de l'industrie du tabac dans les politiques de santé publique. Il existe également un Indice de l'industrie du tabac en Afrique.
Poubarlanaden Appavoo a souligné que cet indice représente un examen par la société civile des mesures gouvernementales conformément à la Convention cadre de l'Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac (CCLAT), en particulier à son article 5.3. L'objectif de la réunion était de discuter des conclusions de l'étude menée à Maurice, et de réfléchir collectivement à des stratégies pour contrer les tactiques de l'industrie du tabac qui influencent les décideurs politiques et la mise en oeuvre des mesures de la CCLAT.
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Marie Chan Sun, professeure agrégée à la faculté de médecine de l'UoM, a déclaré : «L'article 5.3 constitue une obligation légale pour tous les secteurs. Nous appelons les parties prenantes à collaborer à la mise en oeuvre des recommandations du rapport afin de combler les lacunes et de protéger notre jeunesse, principale cible de l'industrie du tabac.» Ajoutant à l'adresse des jeunes : «En tant que futurs dirigeants, vous devez veiller à ce que les politiques de santé publique soient fondées sur des données scientifiques et non sur le lobbying de l'industrie du tabac.»
«Le tabac demeure le seul produit légal qui tue la moitié de ses consommateurs»
Vinoda Vythelingum, du bureau de l'Organisation mondiale de la santé à Maurice, a souligné : «Le tabac demeure le seul produit légal qui tue la moitié de ses consommateurs, contribuant à huit millions de décès par an dans le monde. On estime qu'à Maurice, le tabac cause environ 1 406 décès par an, bien que les statistiques réelles puissent être plus élevées en raison de la collecte insuffisante de données sur les décès liés au tabagisme.»
Elle a expliqué que depuis la ratification de la CCLAT en 2004, Maurice avait réalisé des progrès considérables, en mettant en oeuvre des mesures telles que de grands avertissements sanitaires illustrés, et l'interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage du tabac en 2008. Le pays a également adopté une réglementation antitabac la même année. Plus particulièrement, en 2022, Maurice a renforcé sa législation antitabac en introduisant le paquet neutre, une première en Afrique.
Ces efforts ont valu à Maurice une reconnaissance internationale, notamment deux prix l'année dernière : l'un décerné par la Direction générale de l'Organisation mondiale de la santé et l'autre par Bloomberg Philanthropies pour son leadership mondial en matière de lutte antitabac.
Malgré ces réussites, la prévalence du tabagisme reste un défi en Afrique, avec un taux global de 18,1 %. De façon alarmante, près de 19 % des élèves âgés de 13 à 15 ans déclarent consommer actuellement du tabac, tandis que Maurice importe 1,23 million de kg de cigarettes par an, ce qui témoigne d'une consommation importante. L'indice 2025 met en lumière plusieurs conclusions clés concernant l'implication de l'industrie du tabac dans l'élaboration des politiques et son influence sur les mesures de santé publique à Maurice.
Participation de l'industrie à l'élaboration des politiques : L'industrie du tabac n'est pas directement impliquée dans l'élaboration des politiques. Une influence indirecte est toutefois constatée, notamment par le biais de secteurs comme l'hôtellerie ; une modification récente de la loi autorise la consommation de narguilé dans les hôtels quatre étoiles, favorisant ainsi le développement des bars à chicha.
Activités RSE de l'industrie : Maurice a interdit les activités de RSE liées au tabac. Malgré cela, le principal distributeur de cigarettes a créé des stages pour les jeunes diplômés, contournant ainsi en partie l'interdiction.
Avantages pour l'industrie : L'industrie du tabac bénéficie des ventes hors taxes et de la visibilité des produits du tabac dans les aéroports.
Interactions inutiles : Il n'existe aucune preuve d'interactions entre le gouvernement et l'industrie du tabac. Cependant la réglementation en vigueur n'interdit pas aux fonctionnaires d'assister à des événements organisés par l'industrie du tabac.
Transparence : Aucun cadre juridique n'oblige le gouvernement à divulguer d'informations sur les réunions de l'industrie du tabac. Il n'existe pas non plus de réglementation concernant l'enregistrement des entités ou des lobbyistes liés à l'industrie du tabac.
Conflits d'intérêts : Aucune restriction n'encadre les contributions de l'industrie du tabac aux entités politiques.
Mesures préventives : Il n'existe aucun code de conduite pour les fonctionnaires en lien avec l'industrie du tabac. Le gouvernement ne promeut pas systématiquement l'information relative à l'article 5.3 de la CCLAT et ne recherche pas activement d'informations auprès de l'industrie du tabac.
Recommandations
Parmi les recommandations, nous retrouvons : mettre en place un cadre pour les fonctionnaires interagissant avec l'industrie du tabac afin de prévenir les conflits d'intérêts ; exiger de l'industrie du tabac qu'elle divulgue ses activités financières afin d'améliorer la transparence ; revoir et éventuellement supprimer les avantages fiscaux accordés à l'industrie du tabac afin de limiter son influence ; accroître l'attention portée à l'article 5.3 de la CCLAT pour la lutte antitabac auprès des principaux ministères et acteurs publics afin d'atténuer l'influence de l'industrie ; et réviser la réglementation afin de garantir un accès public complet à l'information concernant les activités de l'industrie du tabac.
L'indice mondial d'ingérence du tabac, un outil indispensable
L'indice est un outil de notation international qui évalue la capacité des gouvernements à résister à l'influence de l'industrie du tabac sur leurs politiques de santé publique. Il s'agit du principal outil de suivi utilisé par la société civile pour évaluer la mise en oeuvre de l'article 5.3 de la CCLAT, qui exige des pays qu'ils protègent leurs politiques de santé des «intérêts commerciaux et autres intérêts particuliers» de l'industrie du tabac.
Cet indice est produit par le Centre mondial pour la bonne gouvernance en matière de lutte antitabac, dans le cadre du réseau mondial Stopping Tobacco Organizations and Products (STOP). Initialement lancé par l'Alliance pour la lutte antitabac en Asie du Sud-Est en 2014, il a été étendu à l'échelle mondiale en 2019.