L'audition du gardien Jonathan Vythilinga a occupé l'essentiel des débats du lundi 27 avril, lors de la poursuite de l'enquête judiciaire au tribunal de Rose-Hill sur la mort de John Mick Martingale, survenue à la prison centrale de Beau-Bassin en septembre 2024. Face aux questions du représentant du Directeur des poursuites publiques, son témoignage, centré sur la fouille menée la veille du drame, a été progressivement mis à mal par des éléments divergents.
John Mick Martingale avait été retrouvé sans vie dans sa cellule aux premières heures du 8 septembre 2024. Si les premières conclusions évoquaient une pendaison, une contre-autopsie pratiquée par le Dr Sipho Mfolozi, médecin légiste sud-africain, en présence de son homologue mauricien, le Dr Ananda Sunnassee, a depuis orienté les investigations vers une possible mort par asphyxie consécutive à une compression du cou. C'est dans ce contexte que la séquence du 7 septembre 2024, marquée par une fouille ciblée, retient aujourd'hui toute l'attention.
Selon Jonathan Vythilinga, l'intervention avait été déclenchée à la suite d'informations internes faisant état de la présence d'un téléphone portable dans la cellule 71. Une équipe de cinq officiers, placée sous l'autorité de l'assistant surintendant des prisons Ramtoolah, s'était alors rendue sur place.
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Il a décrit une opération rapide, menée sans agitation particulière, et a insisté sur un point précis : un seul officier, le gardien Joël Emmanuel Constant, serait entré dans la cellule pour récupérer l'objet interdit. Selon son récit, John Mick Martingale aurait d'abord nié, avant de modifier sa version et de finalement produire le téléphone, qu'il aurait lui-même endommagé avant de le remettre. L'intervention, selon lui, se serait déroulée sans incident, sans tension et sans recours à la force.
Mais cette version s'est heurtée, au fil de l'audience, à plusieurs déclarations de détenus recueillies dans l'enquête. Ces témoignages, issus de cellules adjacentes ou situées en face, décrivent une scène moins maîtrisée. Certains évoquent des bruits avant même l'ouverture officielle de la cellule, laissant planer un doute sur le déroulement exact des premières minutes de l'intervention. D'autres éléments accentuent encore les écarts. Des détenus rapportent des échanges insistants autour de la présence du téléphone, suggérant une interaction plus soutenue que celle décrite par le gardien. Sans parler d'altercation ouverte, ces récits laissent entrevoir une dynamique moins neutre que celle présentée à la barre.
La principale zone de friction concerne toutefois le nombre d'officiers à l'intérieur de la cellule. Là où Jonathan Vythilinga a maintenu qu'un seul gardien y était entré, d'autres versions évoquent la présence simultanée de plusieurs membres de l'équipe dans cet espace restreint. Une contradiction majeure, relevée à plusieurs reprises par la partie poursuivante.
Interpellé sur ces divergences, le témoin n'a pas dévié de sa ligne, sans pour autant apporter d'explication précise permettant de concilier ces versions. Il a également été amené à préciser que le téléphone récupéré était accompagné de ses accessoires, un point qui recoupe partiellement certains témoignages sans en confirmer l'ensemble.
À mesure que les auditions avancent, la reconstitution des faits apparaît de plus en plus complexe. Entre le récit des gardiens et les perceptions des détenus, deux lectures d'une même scène continuent de s'opposer.
L'enquête reprendra demain, le mercredi 29 avril, avec l'audition attendue du gardien Joël Emmanuel Constant, dont la version des faits sera déterminante pour tenter de clarifier le déroulement de cette intervention, intervenue quelques heures avant la mort de John Mick Martingale.