Kinshasa et l'AFC-M23 tardent à mettre en oeuvre leur décision d'échanger des prisonniers selon un accord du 17 avril.
À Montreux, en Suisse, des négociations sous médiation qatarie entre le gouvernement congolais et l'AFC-M23 avaient ravivé un espoir prudent dans le conflit dans l'est de la RDC. Le 17 avril dernier, un accord sur la surveillance du cessez-le-feu, un meilleur accès humanitaire et un échange de prisonniers étaient annoncés, avec un calendrier fixé du 17 au 27 avril. Mais aucun échange n'a eu lieu à l'échéance, sans explication officielle. À Goma, où de nombreuses familles attendent des nouvelles de leurs proches détenus, l'espoir a laissé place à l'inquiétude.
Des familles rongées par l'incertitude
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Françoise vit ainsi dans une attente interminable. Son fils, Jean-Michel Imani Mafigi, ingénieur architecte de formation a été arrêté le 27 décembre 2025, et figure sur la liste des détenus censés être libérés dans le cadre de l'accord de Montreux. Accusé de déstabilisation et soupçonné d'appartenir au M23, il demeure détenu. Pour Françoise, comme pour de nombreuses familles, l'annonce de cet échange de prisonniers avait ravivé un espoir étouffé par des mois d'incertitude. "Nous étions contents de voir que le M23 et le gouvernement se sont mis d'accord sur l'échange des prisonniers, dit-elle. S'il y a encore de la chance aujourd'hui, qu'ils le ramènent. Si c'est encore possible".
Mais le 27 avril est passé sans qu'aucune de ces mesures ne soit mise en oeuvre.
Ni échange, ni communication officielle claire sur les raisons de ce blocage. Malgré le ralentissement du processus, Francoise dit garder la foi. "Nous serons très contents de le revoir et que lui aussi puisse revoir ses enfants", confie-t-elle.
Les rebelles accusent Kinshasa de manquer de volonté
Selon les engagements annoncés lors des négociations, l'AFC/M23 devait libérer 166 détenus, tandis que le gouvernement congolais s'engageait à en relâcher 311, identifiés avec l'appui du Comité international de la Croix-Rouge. De retour de Montreux, les responsables de l'AFC-M23 ont rejeté la responsabilité sur Kinshasa, évoquant un manque de volonté politique. Ce silence et ces accusations croisées fragilisent le processus, estime l'analyste indépendant Stewart Muhindo.
Pour lui, "si les parties n'arrivent pas à respecter cet engagement, qui est pourtant le plus simple à mettre en oeuvre, cela pose la question de leur capacité à appliquer les autres mesures. On peut s'attendre à un processus long et fragile".
Dans le Nord et le Sud-Kivu, les combats se poursuivent par endroits, les déplacements de population continuent, et les accusations de violations du cessez-le-feu se multiplient. Pour les familles, cependant, ces considérations géopolitiques passent au second plan. Ce qui compte, c'est la possibilité de retrouver un proche.