« L'Histoire d'un peuple est aussi et surtout l'Histoire de la perception qu'il a de lui-même », dixit Olivier Boumane. Cet historien Mbum nous conte l'histoire de son peuple dans une oeuvre remarquable dont il nous plaira de découvrir les grandes lignes dans l'échange qui suit. L'homme n'est rien sans ses racines, disent les Mbum, mais il ne grandit qu'en tendant ses branches vers les autres. Olivier Boumane nous tend ses branches, dégustons-en les fruits !
- Olivier Boumane... Enfin, quelle chance de vous avoir ! Et quel livre vous avez signé ! « Les Mbum à la croisée des chemins - Tome I : L'essence Mbum ». Ce grand titre de votre ouvrage est un éveil à la curiosité, un appel à la réflexion. Pourriez-vous nous en dire davantage, sur la compréhension de cet intitulé et sur le mot Mbum en particulier, pour ceux qui ne le découvrent qu'aujourd'hui ?
- Merci de me donner l'occasion de parler du premier Tome de la collection de mes ouvrages intitulé Les Mbum à la croisée des chemins. Le titre de la collection renvoie au passé, au présent et à l'avenir. C'est en principe une collection de trois ouvrages dont le titre générique est Les Mbum à la croisée des chemins. Le Tome I publié en 2022 est L'Essence Mbum, le Tome II en cours de finalisation est Les sentiers de la mémoire et le troisième et dernier Tome est Les Mbum à l'ère de la mondialisation.
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De prime abord, il est important de mentionner que les Mbum ne sont pas une culture figée dans le temps. « La croisée des chemins » symbolise ce moment précis de l'Histoire où une civilisation doit concilier ses racines profondes avec les exigences de la modernité. Comment rester Mbum tout en avançant dans un monde en pleines mutations ?
Le titre peut être interprété comme une métaphore charnière. Il suggère que le peuple se trouve à un point de décision historique où plusieurs directions se rencontrent. Il peut renvoyer à un carrefour entre tradition et modernité. Le titre souligne aussi le défi de concilier les racines ancestrales et les valeurs héritées avec les impératifs du monde contemporain et de la mondialisation. C'est aussi un moment de décision stratégique. L'expression évoque une pause réflexive nécessaire pour choisir la voie à suivre afin de préserver l'identité culturelle tout en évoluant.
Il ne s'agit pas d'un dilemme bloquant, mais d'une invitation à créer une synthèse entre la mémoire, c'est-à-dire le passé et le devenir, l'avenir. À cet égard, « la croisée » peut aussi être une symbolique géographique. Elle pourrait représenter la position historique et géographique des Mbum en tant que peuple de rencontres, d'échanges et de brassages culturels. Enfin, c'est un questionnement sur l'héritage que l'on souhaite transmettre aux générations futures face aux transformations actuelles de la société.
En ce qui concerne le terme « Mbum », il faudrait comprendre que c'est un groupe ethnique qui peuple quelques pays de l'Afrique Centrale, tels que le Cameroun, le Congo Brazzaville, la République Démocratique du Congo, la République Centrafricaine, le Tchad, le Nigéria. Ils sont originaires de la vallée du Haut Nil, dans la Plaine du Sennar, mais se sont définitivement installés sur le Plateau de l'Adamaoua et ses différents versants au Xe siècle. Au Cameroun, ils sont établis dans les départements suivants : le Djérem, le Donga and Mantung Division, le Faro, le Faro et Déo, la Haute Sanaga, le Mayo Rey, le Mbam et Kim, le Mbéré, le Lom et Djérem et la Vina. C'est un grand groupe ethnique constitué d'au moins vingt-un clans.
Enfin, la première des couvertures du Tome I en dit long sur le message véhiculé au grand public. Les différents clans Mbum sont posés sur la surface lisse du tam-tam. Vous n'êtes pas sans savoir que dans l'Afrique profonde, le tam-tam est un instrument de communication, de message et de réveil.
Ce livre est un appel à l'éveil et au réveil des Mbum, un hymne à l'union et à l'unité des différents clans Mbum, un appel au vivre-ensemble harmonieux entre les Mbum eux-mêmes, les Mbum avec leurs apparentés et les Mbum avec d'autres peuples de l'Afrique Centrale et partant pour le monde. Ce premier Tome est loin d'être un livre de repli identitaire ou du réveil communautariste. Tant s'en faut.
- Un auteur qui écrit sur l'histoire de son peuple peut susciter les doutes des esprits critiques quant à l'objectivité de ses travaux. De même, on constate que vous avez beaucoup puisé dans les témoignages oraux des dignitaires de diverses chefferies Mbum, ainsi que d'autres personnes ressources. Ces témoignages n'étaient pas toujours concordants, et parfois ils s'avéraient en déphasage avec les méthodes scientifiques. On imagine que cela n'a pas dû être facile pour vous de démêler les légendes des faits historiques. A quelles techniques et méthodes de recherche avez-vous eu recours pour conforter la fiabilité de votre étude ?
- C'est justement la complexité des sources orales dans les travaux scientifiques. C'est une question vieille comme le monde, la question des sources orales et leur fiabilité dans les enquêtes et les recherches scientifiques. Le but de cet ouvrage était de consigner sur écrit les traditions orales historisantes, transmises de générations en générations.
Lorsqu'un auteur traite de l'Histoire de son peuple en s'appuyant sur l'oralité, il se trouve au coeur d'un défi méthodologique majeur : transformer la mémoire subjective et vivante en Histoire objective et scientifique. Ici nous avons fait appel à la rigueur méthodologique et à la transparence.
L'une des méthodes les plus solides a consisté à ne jamais prendre un témoignage pour une vérité isolée ou absolue. Nous avons fait usage de la confrontation et de la triangulation des sources. Nous avons croisé les témoignages de différentes lignées ou chefferies. Si une version diverge, nous la signalons au lieu de l'occulter. Nous avons comparé ces traditions orales avec les sources écrites disponibles en l'occurrence les archives coloniales, les récits de voyages, les travaux de chercheurs antérieurs et les preuves matérielles telles que les vestiges archéologiques et bien entendu la toponymie et l'anthroponymie.
Il est aussi important de préciser que nous ne sommes pas un simple réceptacle mais un analyste. À ce niveau, il faut noter que nous analysons le statut du témoin (dignitaire, gardien du savoir, ou témoin oculaire) pour évaluer la légitimité et ses éventuels partis pris. Nous parvenons aussi à identifier des « trous de mémoire » ou des « enjolivements » fréquents dans les récits épiques pour en extraire le noyau historique véridique. Pour pallier les carences de l'oralité, nous avons fait recours à l'approche pluridisciplinaire. Ici, nous avons fait référence à l'étude de l'évolution des termes Mbum pour retracer des migrations ou des contacts entre peuples. L'anthropologie culturelle a été convoquée aussi pour analyser les rites et les structures sociales qui servent souvent de « conservatoires » à l'Histoire là où le récit fait défaut.
L'honnêteté intellectuelle consiste également à assumer la part de subjectivité inhérente à l'oralité. Sachez que l'Histoire d'un peuple est aussi et surtout l'Histoire de la perception qu'il a de lui-même. Là où les sources étaient irréconciliables, nous avons choisi de présenter les différentes versions, permettant ainsi au lecteur de se forger sa propre opinion et d'en décider. Entre-temps, les investigations continuent sur le terrain, car cette méthode ouvre la voie à d'autres chercheurs de continuer d'explorer ces pistes.
- Comment comprendre que l'histoire du peuple Mbum soit si peu connue des Camerounais ; c'est non sans surprise que l'on découvre dans votre livre des héros qui ne nous ont pas été enseignés à l'école ; des combattants des guerres de libération et des luttes indépendantistes qui mériteraient pourtant d'être mentionnés à côté de grands noms comme Martin Paul Samba ou encore Um Nyobé, à l'instar du chef Goybena, pour ne citer qu'un exemple parmi d'autres ?
-La méconnaissance de l'Histoire du peuple Mbum, malgré sa richesse et ses figures héroïques, s'explique par plusieurs facteurs structurels et historiographiques qui touchent à la manière dont le récit national camerounais a été construit.
L'enseignement de l'Histoire du Cameroun a été longtemps marqué par une approche jacobine ou centralisée. Les programmes scolaires mettent l'accent sur la résistance anticoloniale côtière et forestière, le nationalisme de l'UPC. Des figures comme Martin Paul Samba ou Douala Manga Bell sont devenues des visages emblématiques de la résistance parce qu'elles étaient au coeur de premiers contacts administratifs et des conflits directs avec les colonisateurs (allemands puis français). Ruben Nyobé incarne une lutte politique moderne qui a dominé le récit de l'indépendance, éclipsant parfois les formes de résistance plus anciennes ou géographiquement excentrées.
Le peuple Mbum possède une Histoire millénaire souvent conservée par la tradition orale. Or, l'institution scolaire ou universitaire privilégie historiquement les sources écrites, souvent issues des archives coloniales. Si les exploits des combattants Mbum n'ont pas été consignés par les administrateurs coloniaux avec la même précision que ceux du Sud ou du Littoral, ils sont restés confinés à la mémoire communautaire plutôt qu'à intégrer le patrimoine national.
L'Histoire du Grand Nord, et particulièrement celle du Plateau de l'Adamaoua et ses différents versants, est parfois perçue à tort comme une Histoire régionale plutôt que nationale. Les héros Mbum bien que contemporains ou antérieurs à des figures comme Goybena, Nzùkùra, Mbàybela, Mbày Bol, ont opéré dans des zones de repli ou des plateaux qui étaient, à l'époque coloniale, considérés comme des zones « de conquête tardive » ou de pacification secondaire par rapport aux centres urbains du sud.
L'Histoire Mbum est une Histoire de mouvements et de rencontres entre les vagues de migrations, les conflits avec les royaumes voisins et les résistances face aux incursions extérieures (peuhles ou coloniales), le récit est complexe. Pour simplifier les manuels scolaires, l'État a souvent privilégié des « figures de consensus » plus faciles à ériger en symboles unitaires, au détriment de la diversité des résistances locales. Le fait que ces noms n'apparaissent pas dans les manuels scolaires, crée un vide identitaire. En documentant ces combattants, on parviendra à rétablir une vérité historique essentielle.
On montre que la résistance n'était pas le fait d'une seule région, mais un élan partagé sur toute l'étendue du territoire. Redonner une place à ces chefs et guerriers permet de sortir l'Histoire Mbum d'une simple « curiosité ethnographique » pour en faire un pilier de l'Histoire politique du Cameroun.
C'est précisément l'intérêt d'une oeuvre littéraire et historique, elle sert de pont entre la mémoire d'un peuple et la conscience d'une nation.
- Au regard des faits rapportés dans votre livre, on peut se permettre de dire sans exagération que l'histoire du peuple Mbum est celle des peuples opprimés. Nonobstant la vaillance de ses hommes, ses guerriers intrépides, le peuple Mbum a de la peine depuis plusieurs siècles à gagner son autonomie.
La résilience dont il a toujours fait preuve est cependant des plus admirables ; malgré l'adversité qui s'acharne à le contraindre, les obstacles humains et naturels, il n'a eu de cesse de grandir en populations et de s'étendre territorialement. Et ce, depuis l'exode de l'Egypte jusqu'au Djihad imposé par les Peulh arrivés de l'Afrique de l'Ouest, sans oublier les guerres de libération courageusement menés contre les colons allemands, anglais et français. Cette lecture vous semble-t-elle résumer assez bien votre ouvrage ; si non, que conviendrait-il d'ajouter (ou peut-être de modifier) ?
-Les Mbum font partie intégrante des peuples opprimés de la République du Cameroun. Ils sont éparpillés dans quatre Régions administratives du Cameroun, à savoir l'Adamaoua, le Centre, l'Est, le Nord et le Nord-Ouest. Même la carte ethnique ou ethnographique du Cameroun que j'ai eu le privilège de consulter est vraiment sujette à caution.
L'État du Cameroun a contribué à faire du cloisonnement au sein du grand groupe ethnique. Il y a au moins quatre clans que la carte officielle présente comme des Mbum, or il n'en est rien. Ce sont tout simplement des clans appartenant à l'ethnonyme Mbum. Il y a même des administrateurs coloniaux et des chercheurs camerounais tels que Mohammadou Eldridge qui ont contribué à faire des confusions et des divisions à l'intérieur du grand groupe ethnique, en considérant certains clans comme des ethnies. Malheureusement, beaucoup de chercheurs, d'universitaires et d'étudiants reprennent ces éléments historiques et ethnographiques erronés.
Les documents officiels relatifs aux Mbum comportent beaucoup d'irrégularités et de contre-vérités qu'il faille absolument corriger dans notre contexte. Cela montre clairement que les enquêtes et autres informations sur les Mbum ne sont pas recueillies auprès de ce peuple ou de ses élites éclairées. Nous avons le sentiment que les gens choisis pour faire ce genre de travail ne connaissent pas du tout les Mbum ou alors ceux-là l'ont fait à dessein. Ce qui est vraiment dommage pour la reconstitution des faits et des documents officiels de l'Etat.
En ce qui concerne l'oppression et la discrimination dont font l'objet les Mbum, nous portons un doigt accusateur sur l'État du Cameroun qui continue d'asservir les Mbum, plus de soixante ans après l'Indépendance du Cameroun. Le grand Nord est divisé en lamidats, et l'État du Cameroun s'appuie sur cette division pour diriger le pays avec toutes ses complexités.
Or le lamidat est une organisation d'essence « islamo-peuhle », et les autres composantes sociologiques sont marginalisées au vu et au su des représentants de l'État sur le terrain. Comme exemple patent de l'oppression et de la discrimination flagrante, sur l'ensemble des unités administratives de l'Adamaoua et du Nord, aucune chefferie Mbum n'est du premier encore moins du deuxième degré.
Toutes les chefferies traditionnelles Mbum sont au bas de l'échelle, c'est-à-dire qu'elles sont toutes du troisième degré. Or, dans les usages, les Ministres de la République n'accordent des audiences uniquement qu'aux chefs traditionnels de deuxièmes et de premiers degrés dans leurs visites dans les Régions ou à Yaoundé, le siège des institutions. Conséquence, les Mbum n'ont pas l'occasion de discuter avec les hautes autorités de la République, censées porter leurs doléances au Président de la République. Ils sont de fait exclus de la gestion des affaires de la République.
Et ce sont les autres qui parlent à la place des Mbum, comme si ceux-ci n'ont pas de potentialités intellectuelles et autres pour être des interlocuteurs valables de ce groupe ethnique. Nous avons l'impression que les discours officiels de l'État du Cameroun sont en déphasage total avec les réalités du terraine.
Le mal est profond, les élites Mbum sont invisibles dans les hautes sphères de l'État. Au lieu de s'en prendre au système féodal septentrional, qui pèse sur les Mbum comme une véritable épée de Damoclès, nous nous en prenons à l'État du Cameroun et nous nous en remettons au Chef de l'État, garant des institutions de cette nation, qui nous est chère à tous. À ce sujet, les élites Mbum de l'Adamaoua et du Nord ont adressé plusieurs mémorandums au Président de la République. Et nous continuons d'attendre sa réaction.
- Daniel Nadjiber, un auteur qui partage avec vous les mêmes origines, est aussi connu pour avoir commis un ouvrage sur les rapports controversés entre les Peulh et les Mbum. Ces derniers subissant de la part des premiers une sujétion qui s'apparenterait à de l'esclavage, physique ou mental (« mental slavery »), allant jusqu'à l'acculturation du peuple Mbum. Quelle est votre opinion sur la question ?
- Vous voulez parler de son chef-d'oeuvre intitulé Le testament de mon grand-père. Vous savez, les sociologues ont l'habitude de claironner que les faits sont comme des choses. Est chose, tout ce qui est, qui s'offre ou qui s'impose à l'observation. Les faits rapportés et présentés dans cet ouvrage sont historiques, vécus et vérifiables sur le terrain. Certains faits ont été rapportés par le père de l'auteur qui est encore vivant ; et d'autres ont été effectivement vécus par Daniel Nadjiber lui-même quand il était élève, étudiant et même quand il était déjà en activité.
Je souscris entièrement à tout ce qui est rapporté par l'auteur de cet ouvrage. Pour vous en convaincre, il y a eu des témoins vivants qui lors des cérémonies de dédicaces de cet ouvrage au Cameroun ont tenu à être présents et à faire des témoignages poignants au grand public. Le livre est une parfaite illustration de la réalité historique de ce que vivent les Mbum du Nord et de l'Adamaoua. Ça fait froid au dos de parcourir ce livre avec minutie et beaucoup d'attention. C'est le comble de l'oppression et de la discrimination jamais vécus par un peuple au Cameroun.
Au travers de ce livre, vous comprenez que le Mayo Rey est un véritable « État dans l'Etat », c'est tout sauf un État de droit. On se rend à l'évidence que l'État du Cameroun a abandonné cette partie du pays entre les mains d'un individu, fût-t-il un chef traditionnel du premier degré. Si rien n'est fait nous tendons inéluctablement vers le génocide culturel des Mbum et sa disparition totale.
- Il existe un festival culturel international des peuples Mbum, vous en avez parlé dans votre livre, où l'on apprend également que d'après les textes de l'ONU les Mbum sont présents au Soudan, au Ghana, au nord-est du Nigéria, au Kenya, en République Démocratique du Congo, au Congo Brazzaville, en Centrafrique, au Tchad et au Cameroun. A quand la prochaine tenue de cette grande célébration de la « Mbumitude » (le mot est de vous) ?
- Le festival international des arts et de la culture Mbum initiée par notre soeur, l'Honorable Eugénie Laoula Vounlari de la République du Tchad a tenu ses promesses de fleur jusqu'à la huitième édition. Mais, les difficultés liées au coronavirus et surtout aux moyens financiers ont mis ce projet en berne.
Toutefois, les élites du Cameroun en collaboration avec celles d'autres pays sont à pied-d'oeuvre pour sa tenue dans les prochains mois. Soyez-en rassurés, le festival va renaitre de ses cendres avec à la clé beaucoup d'innovations.
- Terminons sur une note d'espoir, Olivier Boumane ; si vous deviez faire passer un message de paix inspiré de la sagesse Mbum, aux peuples, aux hommes de notre époque, au regard de la marche du monde, lequel serait-ce ?
- La collection de mes ouvrages Les Mbum à la croisée des chemins, offre une trajectoire complète : de l'identité profonde (L'essence) au respect du passé (Les sentiers de la mémoire) jusqu'aux défis actuels (Les défis de la mondialisation).
Le retour à l'essence comme vecteur de la paix intérieure. Dans un monde marqué par le bruit et l'agitation, la sagesse Mbum enseigne que la paix ne commence pas par des traités et des décrets, mais par la connaissance de soi. On doit se connaître soi-même avant d'aller vers les autres. En d'autres termes, la paix est un retour à nos racines. Pour vivre en paix avec l'autre, il faut d'abord être en paix avec son Histoire et son identité. Dans le même sillage, il est important de préciser que l'authenticité culturelle n'est pas une barrière, mais un ancrage qui permet de ne pas être emporté par les vents de la discorde.
Les sentiers de la mémoire et la paix comme héritage. La mémoire chez les Mbum n'est pas un regard de l'oubli nostalgique vers le passé, mais une boussole pour le présent. Le message véhiculé ici est que le conflit naît souvent de l'oubli. Il faut rappeler que nos ancêtres ont survécu aux épreuves grâce à la solidarité et au dialogue communautaire. L'idée clé ici, c'est que la paix est une dette que nous devons aux générations passés et un capital que nous préparons pour celles à venir. S'inspirer de la sagesse des anciens, c'est choisir la méditation plutôt que la confrontation, même s'il y a confrontation, c'est la résilience éclairée.
À l'ère de la mondialisation, la paix est comme un pont. À la croisée des chemins, le défi est de rester soi-même tout en s'ouvrant à l'universel. Pour nous les Mbum, « la mondialisation doit être un rendez-vous du donner et du recevoir, pas un effacement ». La paix mondiale dépend de notre capacité à voir la diversité culturelle comme une richesse et non comme une menace. Raison pour laquelle nous encourageons la « tolérance active » qui consiste à accepter l'autre dans sa différence pour enrichir la communauté humaine.
À l'heure où le monde semble perdre ses repères, la sagesse Mbum nous rappelle que l'homme n'est rien sans ses racines, mais qu'il ne grandit qu'en tendant ses branches vers les autres. La paix n'est pas l'absence de mouvement, c'est l'équilibre parfait entre notre essence, notre mémoire et notre avenir commun dans ce « village planétaire ».