Le ministère des Affaires étrangères fait part de la convocation de l'ambassadeur de France, afin de lui signifier la décision du gouvernement de déclarer persona non grata un agent de l'ambassade.
Persona non grata. Une locution latine utilisée en diplomatie pour désigner un ressortissant étranger considéré comme indésirable sur le territoire d'un État. C'est ce que les autorités ont édicté contre « un agent de l'ambassade de France ».
L'information a été rapportée dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, publié hier en milieu de matinée. Une missive qui fait suite à la notification de la décision étatique à Arnaud Guillois, ambassadeur de France, par Alice N'Diaye, cheffe de la diplomatie malgache. Selon cette missive, le diplomate français « a été convoqué ce jour [hier] au ministère des Affaires étrangères. Il lui a été signifié à cette occasion la décision du gouvernement de la Refondation de déclarer persona non grata un agent de l'ambassade de France accrédité à Antananarivo ».
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La décision serait prise « en raison d'agissements estimés incompatibles avec son statut, tel qu'il découle des investigations actuellement menées par les autorités compétentes concernant des actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malgaches et étrangers». Selon des sources diplomatiques, il s'agirait du colonel Pierre Couve, attaché de sécurité intérieure auprès de l'ambassade française. Une information confirmée également par Le Monde Afrique, dans un article publié sur son site web hier en fin de soirée.
Officier supérieur de la gendarmerie française, le colonel Pierre Couve a pris ses fonctions à la représentation diplomatique sise à Ambatomena en septembre 2022. Son statut de persona non grata l'oblige donc à quitter le pays dans les plus brefs délais. La décision annoncée par le ministère des Affaires étrangères a été prise dans un contexte politique que le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État, qualifie lui-même de « période trouble ».
Un précédent
Depuis le début du mois, les révélations et déclarations sur des affaires de tentative d'assassinat du locataire d'Iavoloha et des tentatives de coup d'État défrayent la chronique. Le 17 avril, un conseiller du président de la Refondation a publié sur sa page Facebook que « dix ressortissants français » seraient dans le collimateur des autorités. Ils seraient soupçonnés d'être impliqués dans ces tentatives de déstabilisation.
Une publication que l'ambassade de France a formellement démentie le 18 avril, soutenant que « ces rumeurs sont mensongères », et ajoutant « qu'elle s'interroge sur l'origine et les motivations de ceux qui diffusent ces dernières, avec la volonté manifeste de nuire aux relations entre Madagascar et la France». Dans un communiqué publié le même jour, la présidence de la Refondation de la République avance, pour sa part, que « les éléments évoqués n'engagent en aucun cas la Présidence ».
Un ressortissant français a toutefois été arrêté le 15 avril dans le cadre de ces enquêtes sur des tentatives de déstabilisation. En marge de la présentation d'un projet de loi à l'Assemblée nationale, la semaine dernière, Fanirisoa Ernaivo, ministre de la Justice, a indiqué à la presse, entre autres, que « parmi les accusés figure un ressortissant français dénommé Guy Baret, qui a fait rentrer l'argent qui est actuellement bloqué à la Banque centrale ».
Le dénommé Guy Baret, un ancien militaire, figure dans la liste publiée par le conseiller du chef de l'État. Contrairement à lui, le colonel Pierre Couve n'y figure pourtant pas. Jusqu'à présent, l'ambassade de France n'a pas réagi à la décision des autorités malgaches. Le gouvernement ne donne pas non plus de compléments d'information sur les motifs de cet acte.
La décision annoncée hier rappelle un précédent: l'affaire de tentative d'assassinat du président de l'époque, couplée à une tentative de coup d'État en 2021, baptisée Apollo 21. Cité dans les dossiers, le premier conseiller de l'ambassade de France de l'époque avait également été déclaré persona non grata. Bien qu'il s'agisse d'une prérogative souveraine d'un État, c'est un acte diplomatique fort qui peut créer des crispations entre les pays concernés.