Lors de la séance parlementaire d'hier, la Private Notice Question du leader de l'opposition,Joe Lesjongard, adressée au ministre du Commerce,Michaël Sik Yuen, a mis en lumière la gestion des contrats d'approvisionnement en huile lourde par la State Trading Corporation (STC). Il a demandé la liste des soumissionnaires à l'appel d'offres international lancé le 10 décembre 2024, ainsi que le nom du fournisseur retenu, les types de carburants livrés au CEB depuis décembre 2024 et le détail des coûts, notamment le «premium» (surcoût). Il a également souhaité connaître les montants totaux payés par le CEB et les primes versées à la STC depuis janvier 2026, ainsi que toute éventuelle révision.
En réponse, Michaël Sik Yuen a d'emblée rappelé que la STC est responsable de l'approvisionnement en carburants pour les besoins nationaux, notamment pour la production d'électricité par le CEB et pour les industries locales. Il a précisé que ces contrats sont généralement attribués sur une base annuelle, du 1eᣴ avril au 31 mars, afin d'assurer la continuité de l'approvisionnement et une planification ordonnée.
Pour la période concernée, les besoins contractuels s'élevaient à environ 319 000 tonnes métriques d'huile lourde : du HSFO 180cc, pour le marché local et industriel ; du HSFO 180SR et du 380SR pour la production d'électricité.
Le ministre a indiqué que le contrat initial pour la période du 1eᣴ avril 2024 au 31 mars 2025 avait été attribué à Coral Energy DMCC, à la suite d'un appel d'offres lancé le 5 janvier 2024. Cette société avait été retenue comme soumissionnaire conforme après évaluation, avec un «premium» de USD 69,80 par tonne métrique. Cependant, la situation a évolué lorsque Coral Energy DMCC a changé de nom pour devenir 2Rivers DMCC en juillet 2024. À cette date, plusieurs cargaisons avaient déjà été livrées, totalisant plus de 230 000 tonnes métriques.
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Le tournant majeur est intervenu en décembre 2024, lorsque des sanctions annoncées par les autorités britanniques ont affecté 2 Rivers DMCC. La STC, informée le 17 décembre, a immédiatement sollicité des clarifications. Deux jours plus tard, le fournisseur indiquait ne plus être en mesure de poursuivre les livraisons en raison de contraintes bancaires dues à ces sanctions, proposant la résiliation du contrat.
Face à cette situation, jugée critique en raison de l'importance stratégique de l'huile lourde pour la production d'électricité, les autorités ont enclenché une procédure d'approvisionnement d'urgence.
Achats d'urgence
Michaël Sik Yuen a détaillé les mesures prises à partir du 19 décembre 2024. Bien que la législation permette de s'approvisionner auprès d'un fournisseur unique en cas d'urgence, la STC a sollicité plusieurs opérateurs internationaux afin de garantir une certaine concurrence. Quatre offres ont été reçues, et Sahara Energy Resources Limited a été retenue comme soumissionnaire le plus compétitif après négociations. Le «premium» était toutefois nettement plus élevé que dans le contrat initial, atteignant jusqu'à USD 97,9 par tonne métrique pour certains grades.
Une seconde procédure d'urgence a été lancée le 23 décembre 2024 pour couvrir les besoins de février et mars 2025, également attribuée à Sahara Energy.
Parallèlement, la STC a lancé un nouvel appel d'offres international le 10 décembre 2024 pour la période du 1eᣴ avril 2025 au 31 mars 2026. Cinq soumissions ont été reçues, et Sahara Energy Resources Limited a de nouveau été retenue, avec un contrat couvrant environ 340 000 tonnes métriques.
Le montant estimé du «premium» pour cette période s'élève à près de USD 21 millions (environ Rs 1 milliard). Le ministre a précisé que des vérifications de conformité et de due diligence ont été effectuées avant l'attribution.
Composition du prix et structure des «premium»
Michaël Sik Yuen a expliqué que le prix de l'huile lourde repose sur deux composantes principales : le prix de référence international du produit pétrolier et le «premium» contractuel. Ce «premium» inclut le fret, l'assurance maritime, les frais portuaires, les coûts financiers et les risques opérationnels et logistiques. Pour la période 2025-2026, le «premium» facturé au CEB pour le HSFO 180SR s'élève à USD 99,39 par tonne métrique, dont USD 78,04 correspondent au fournisseur. Pour le HSFO 380SR, le total atteint USD 82,09 par tonne métrique. Le ministre a souligné qu'aucune marge n'est appliquée par la STC au CEB, les montants couvrant uniquement les coûts réels et administratifs.
Lors des questions supplémentaires, Joe Lesjongard a interrogé le ministre sur la durée des contrats d'urgence et les conditions dans lesquelles les négociations avaient été menées. Il a notamment demandé si le gouvernement avait donné son aval à la STC avant l'ouverture des discussions avec les fournisseurs.
Michaël Sik Yuen a rétorqué que les négociations relèvent de la direction de la STC, affirmant ne pas rencontrer luimême les fournisseurs, contrairement, selon lui, aux pratiques du précédent gouvernement.
Le débat s'est ensuite déplacé sur le niveau de «premium», le leader de l'opposition évoquant une hausse d'environ USD 18 par tonne métrique et demandant si ces coûts étaient justifiés. Le ministre a invoqué le contexte international, évoquant notamment la guerre et ses répercussions sur les marchés énergétiques. Il a expliqué qu'un appel d'offres avait été lancé en janvier, mais que les deux soumissionnaires les moins chers n'avaient pas été retenus après des vérifications de conformité. Face à l'urgence et à la flambée des prix - avec des surcoûts pouvant atteindre USD 200 dans certains cas - la décision a été prise de recourir à un approvisionnement direct, avec l'aval du Cabinet.
Les échanges ont également pris une tournure plus politique lorsque Michaël Sik Yuen a critiqué la décision du précédent gouvernement d'avoir résilié un accord avec la société indienne Mangalore Refinery and Petrochemicals Ltd, qui, selon lui, permettait d'obtenir des prix préférentiels. Joe Lesjongard, de son côté, a insisté sur l'impact des coûts de l'huile lourde sur le prix de l'électricité et sur les consommateurs, évoquant une possible hausse tarifaire de 15 %. Le ministre a répondu que des discussions étaient en cours entre les ministères concernés pour revoir certains frais et tenter de réduire les coûts.
Enfin, interrogé sur les modalités de paiement à Sahara Energy Resources Limited, notamment sur l'utilisation éventuelle d'un compte basé à l'île de Man, Michaël Sik Yuen a déclaré ne pas être au courant, précisant qu'il n'est pas impliqué dans la gestion opérationnelle de la STC.