Ile Maurice: Transition énergétique - S'inspirer du modèle réunionnais

Ces derniers mois, les distractions politiques ont pris le pas sur les priorités économiques. Aujourd'hui, l'on a plus de clarté sur les rapports de force sur l'échiquier politique. Et c'est tant mieux ! Désormais, il s'agit pour le gouvernement de canaliser toute son énergie à la gestion des dossiers prioritaires et pour l'opposition parlementaire et extra-parlementaire de jouer son rôle de chien de garde et d'agir comme un contre-pouvoir digne de ce nom.

À quelques semaines du Budget 2026-2027, le gouvernement est sous tension. La guerre au Moyen-Orient saigne à blanc les finances publiques, draine les réserves de change et met une pression folle sur la balance du compte courant. Encore une fois, comme lors de chaque choc pétrolier, le pays paie cher l'inaction des gouvernements qui se sont succédé et ayant échoué à corriger les dysfonctionnements structurels inhérents à notre économie.

Valeur du jour, les énergies renouvelables ne représentent que 17 % de notre mixte énergétique contre 21 % en 2017. Comment est-ce qu'on en est arrivé là ? Certes, la pandémie et la guerre en Ukraine avaient contraint l'ancien régime à reléguer au second plan le dossier de la sécurité énergétique. Mais il n'en demeure pas moins qu'en dépit des vents contraires, il ne fallait pas perdre de vue les priorités de long terme.

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À La Réunion, l'on a su aborder avec succès la transition énergétique. L'on a agi au lieu de se gargariser de discours politiques rassurants. En 1996, les énergies renouvelables composaient circa 15 % du mixte énergétique. En 2025, la production d'énergie renouvelable est passée à 96,2 % et pourrait atteindre les 100 % cette année. Les chiffres de 2024 montrent que la bioénergie, soit l'énergie produite à partir de la biomasse, comptait pour environ deux tiers de la production d'électricité. Alors que l'hydraulique et la photovoltaïque représentaient respectivement 13,7 % et 10,1 % du mixte énergétique.

La politique de valorisation des ressources énergétiques prônée par les autorités françaises fait que La Réunion a réduit quasi totalement sa dépendance aux énergies fossiles comme le pétrole et au charbon.

Le modèle réunionnais vient fracasser ce mythe qu'un pays État insulaire est invariablement vulnérable aux chocs externes. Tout comme Maurice, La Réunion était une économie agricole fortement dépendante de la canne à sucre. Mais, à la différence de Maurice, La Réunion n'a pas tergiversé quand il a fallu prendre des actions. Elle a fait de la filière canne-sucre-énergie la clé de voûte de sa politique de transition énergétique.

Les centrales sucrières de Bois Rouge et du Gol délaissent progressivement le charbon à la faveur de la biomasse. Tandis que la centrale de Port-Est fonctionne exclusivement avec de l'huile de colza - qui est une biomasse liquide - et répond à 40 % des besoins en électricité du territoire réunionnais.

Quand on sait que la facture énergétique du pays pourrait dépasser les Rs 100 milliards si la crise au Moyen-Orient perdure, avec l'accessibilité au détroit d'Ormuz devenue le centre de la guerre psychologique que mène Téhéran, l'on comprend qu'on ne peut plus repousser les échéances. En novembre dernier, le ministre de l'Énergie, Patrick Assirvaden, annonçait que le gouvernement repousserait à 2035 son objectif d'atteindre 60 % d'énergies renouvelables dans le mixte énergétique.

Avec la crise actuelle, le gouvernement a compris qu'il ne peut plus se permettre ce luxe et que le pays est dans une course contre la montre. Du reste, le ministère de l'Énergie a déjà enclenché les procédures pour développer une série de projets d'énergie verte en vue de rajouter une capacité additionnelle de 405 MW pour renforcer le réseau électrique national d'ici à 2028.

C'est déjà un bon départ. Mais il faudra également faire diligence concernant le recours à la biomasse. En 2023, l'ancien régime a mis en place un Biomass Framework assorti d'un mécanisme de rémunération de Rs 3,50 par kilowatt-heure pour la production d'électricité à travers la bagasse. Ce cadre national sur la biomasse doit être exploité pleinement et, si besoin est, être élargi pour inclure d'autres sources de biomasse comme l'huile de colza. Si ce modèle a été un vrai succès à l'île soeur, alors pourquoi ne pas le répliquer ?

Pour investir, le secteur privé a besoin de prévisibilité et de garanties. Avec le Budget 2026-2027, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, ne peut se permettre de rater le coche. S'il veut accélérer la politique de transition énergétique, il ne doit pas se contenter d'effets d'annonce. Pour faire bouger les choses, il se doit d'envoyer le bon signal à travers de mesures structurelles fortes.

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