Utiliser moins de cosmétiques fait baisser rapidement la trace de certains polluants chimiques et perturbateurs endocriniens (comme le bisphénol A) dans les urines chez l'humain, d'après une étude rendue publique mercredi par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
D'après cette étude, publiée début avril dans la revue spécialisée "Environment International" par des chercheurs de l'Inserm, de l'Université Grenoble Alpes et du Centre français de la recherche scientifique (CNRS), utiliser moins de produits de soins (shampoings, savons ou maquillage) permet de réduire en quelques jours seulement l'exposition du corps à plusieurs substances chimiques, dont des perturbateurs endocriniens "avérés ou suspectés".
Les scientifiques ont demandé à une centaine d'étudiantes âgées de 18 à 30 ans de réduire durant cinq jours le nombre de produits cosmétiques qu'elles utilisaient. Elles devaient également remplacer leurs produits d'hygiène habituels - tels que le savon ou le dentifrice - par des produits alternatifs fournis par l'équipe de recherche et exemptes de phénols synthétiques, parabènes, de phtalates et d'éthers de glycol.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Les chercheurs ont ensuite comparé les dosages urinaires réalisés avant et après ces cinq jours de restriction. Résultat : près d'un quart d'exposition en moins (-22%) pour le phtalate de monoéthyle, issu de composés utilisés notamment pour fixer les parfums, ou encore "-30% pour le méthylparabène, un conservateur et possible perturbateur endocrinien, selon les autorités européennes", souligne l'Inserm.
"Ce qui est intéressant, c'est la rapidité avec laquelle on observe ces diminutions, en seulement cinq jours. C'était attendu, du fait de l'élimination rapide de ces substances par nos organismes. C'est encourageant, notamment car ces substances sont suspectées d'avoir des effets sur la reproduction, le système hormonal et le développement", explique Nicolas Jovanovic, chercheur à l'Inserm et premier auteur de l'étude.
Les scientifiques ont aussi observé un recul de 39% de la concentration urinaire de bisphénol A (BPA), classé comme perturbateur endocrinien par l'Agence française de sécurité sanitaire de l'alimentation (Anses). Le bisphénol A est soupçonné d'être lié à de multiples troubles et maladies (cancer du sein, infertilité...).
"Le bisphénol A n'est plus autorisé en France depuis 2005 comme ingrédient dans les produits de soin et cosmétiques en raison de son caractère reprotoxique. Sa présence pourrait être liée à des contaminations survenues au cours du processus de fabrication ou via les matériaux d'emballage", explique l'Inserm.