Burkina Faso: Un projet controversé de réserve militaire au pays

communiqué de presse

Une mobilisation rapide risque de favoriser les abus et d'affaiblir les protections

Le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté le 24 avril un avant-projet de loi visant à créer une réserve militaire de 100 000 personnes d'ici fin 2026. Le ministre de la Défense, Célestin Simporé, a présenté cette mesure comme un moyen de mobiliser rapidement les citoyens pour répondre aux menaces sécuritaires et « d'inscrire la Défense patriotique dans une logique de participation citoyenne ».

À première vue, l'ajout de dizaines de milliers de soldats semblerait renforcer la sécurité nationale, mais au Burkina Faso, cela risque également d'accélérer une crise des droits humains déjà grave.

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L'armée burkinabè s'appuie déjà sur des dizaines de milliers d'auxiliaires civils connus sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Dans plusieurs rapports, Human Rights Watch a documenté comment les VDP ont commis de nombreuses violations graves, notamment des exécutions sommaires, des pillages et des déplacements forcés de communautés minoritaires.

L'extension de ce système risque de reproduire et de multiplier ces atteintes.

La réserve proposée comprendrait à la fois du personnel militaire expérimenté et des civils nouvellement formés. Cependant, l'ampleur considérable du projet et le délai très court sont préoccupants au regard de la nature et de la durée de la formation nécessaire pour mettre en place, de manière réaliste, une réserve militaire respectueuse des droits.

Des questions se posent également quant au mécanisme de contrôle. Le contexte actuel au Burkina Faso, marqué par des violations généralisées et systématiques des droits humains commises par le personnel des forces armées et les VDP, ainsi que par la récente suspension par le gouvernement des organisations qui dispensaient des formations sur les droits humains, jette un sérieux doute sur la capacité de la junte à endiguer les exactions commises par cette nouvelle force.

À moins d'être soigneusement géré, le recrutement et l'armement de civils pour en faire des réservistes risquent de brouiller la frontière entre combattants et non-combattants, augmentant ainsi les risques pour l'ensemble de la population. Human Rights Watch a démontré que les communautés accueillant des VDP deviennent plus vulnérables aux attaques des groupes armés islamistes, qui traitent souvent ces communautés comme s'il s'agissait de véritables cibles militaires.

La junte devrait tirer les leçons du programme désastreux des VDP. Les groupes armés islamistes ont prospéré non seulement grâce à leurs succès sur le champ de bataille, mais aussi en raison des vides de gouvernance, des griefs locaux et de l'érosion de la confiance envers l'État. L'expansion de forces mal entraînées ne contribue guère à résoudre ces problèmes et risque de les aggraver en augmentant les abus.

Le Burkina Faso est confronté à de graves menaces pour sa sécurité. Mais une stratégie qui menace la protection des civils au lieu de l'améliorer risque de compromettre à la fois les droits humains et la sécurité nationale.

Ilaria Allegrozzi, Chercheuse senior sur le Sahel

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