Les cas de dengue connaissent une hausse alarmante au Soudan, un pays ravagé par plus de trois ans de conflit, a alerté lOrganisation mondiale de la santé (OMS), qui plaide pour des financements adéquats et un accès humanitaire durable pour endiguer cette propagation catastrophique d'une maladie ayant fait 169 de morts.
L'OMS s'est ainsi inquiétée de la « propagation continue de la dengue » dans ce pays d'Afrique du Nord-est. Selon un décompte effectué le 24 avril dernier, plus de 75.500 cas ont été signalés dans 15 des 18 États.
Les provinces de Khartoum, d'Al Jazirah, du Nil Blanc et celle de Gedaref, frontalière de l'Ethiopie figurent parmi les plus touchées.
La saison des pluies au Soudan, marquée chaque année par la propagation d'épidémies de paludisme ou de dengue, est encore plus dévastatrice cette année après plus de trois ans de guerre. Selon l'OMS, la perturbation de la surveillance, l'affaiblissement de la lutte antivectorielle et l'accès limité aux soins favorisent la transmission continue de multiples maladies transmissibles.
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« A l'approche de la saison des pluies, les risques ne feront que s'accroître, en particulier dans les zones surpeuplées et mal desservies », a déclaré sur le réseau social X, Hanan Balkhy, directrice régionale de l'OMS pour la Méditerranée orientale.
Sur le terrain, l'agence onusienne soutient les efforts de riposte menés avec les autorités sanitaires dans les domaines de la surveillance, de la prise en charge des cas, de la lutte antivectorielle, de la communication des risques et de l'engagement communautaire. Les formations récentes sur la surveillance et la prise en charge clinique des maladies susceptibles de provoquer des épidémies renforceront encore davantage la riposte.
« Mais pour maintenir et intensifier la riposte et éviter de nouvelles pertes en vies humaines -, nous avons un besoin urgent de financements adéquats et d'un accès humanitaire durable »,a ajouté la Dre Balkhy.
Cette urgence financière et humanitaire s'inscrit dans un contexte de conflit prolongé, où les populations civiles paient le prix fort des combats. La guerre au Soudan, qui vient d'entrer dans sa quatrième année, a déjà tué des dizaines de milliers de personnes, en a déplacé plus de 11 millions et provoqué la plus grave crise humanitaire contemporaine.
Une épidémie de choléra sous contrôle
L'état de famine a été déclaré l'année dernière à El Fasher (Darfour du Nord) et Kadougli, la capitale du Kordofan du Sud, tandis que 20 autres zones sont à risque dans les régions du Darfour et du Kordofan, selon l'ONU.
La crise humanitaire ne se limite pas à la violence : elle se double de graves menaces sanitaires qui aggravent la vulnérabilité des habitants. Au cours des trois dernières années, le Soudan a dû faire face à deux épidémies de choléra.
La plus récente a débuté en juillet 2024. Après s'être propagée dans les 18 États, infectant 124 418 personnes et causant 3.573 décès, elle a été maîtrisée en mars 2026, selon l'OMS.
Cette succession d'épidémies souligne la fragilité du système de santé soudanais et la nécessité d'une vigilance accrue face à la propagation rapide des maladies.
Le Soudan est actuellement confronté à de multiples épidémies, notamment des maladies à transmission vectorielle (paludisme et dengue), des maladies d'origine hydrique (en particulier l'hépatite E) et des maladies évitables par la vaccination (principalement la rougeole et la diphtérie).
Risques sanitaires élevés face aux conflits et systèmes de santé fragiles
Ces épidémies, loin d'être isolées, s'inscrivent dans un contexte où les facteurs structurels et humanitaires accentuent la vulnérabilité du pays face aux crises sanitaires. « Un ensemble de facteurs combinés - allant des conflits à la forte fragilisation des systèmes de santé, en passant par les déplacements de population - aggrave les risques sanitaires et entrave la mise en place d'une surveillance et d'un contrôle efficaces », détaille l'agence onusienne dans son dernier rapport.
Face à ces risques accrus, les autorités sanitaires et les organisations humanitaires intensifient leurs préparatifs pour limiter l'impact des épidémies durant la saison des pluies. L'OMS et ses partenaires identifient ainsi les localités à haut risque pour les principales maladies.
Afin de contribuer à la détection précoce, d'améliorer la rapidité de la réponse et d'assurer un meilleur contrôle des épidémies en cours, les partenaires du Cluster Santé, en collaboration avec l'OMS, signalent les événements sanitaires par le biais d'un ensemble de systèmes de surveillance.
Ces mesures de surveillance s'accompagnent désormais d'actions concrètes de prévention, comme le lancement cette semaine d'une campagne nationale de vaccination contre la poliomyélite ciblant plus de 4,3 millions d'enfants de moins de 5 ans dans sept États. Cette campagne à grande échelle est la première des deux phases prévues et couvrira les États de Gedaref, Kassala, Khartoum, Kordofan du Nord, Sennar et du Nil Blanc.
Elle fait suite à la détection d'un poliovirus de type 2 variant circulant (cVDPV2) en décembre 2025 dans les États de Kassala et du Kordofan du Nord, mettant en évidence l'aggravation des lacunes en matière d'immunité depuis le début du conflit en avril 2023.
Des années de conflit ont perturbé les services de vaccination systématique, laissant environ 1,5 million d'enfants de moins de cinq ans insuffisamment protégés contre la poliomyélite et d'autres maladies évitables par la vaccination. Les déplacements de population et les mouvements transfrontaliers ont encore accru le risque de transmission du virus.