Il y a des vérités que l'on préférerait ne pas entendre. En voici une : d'ici 2050, plus de la moitié des zones actuellement propices à la culture du café et du cacao au Togo pourraient devenir climatiquement inadaptées. Les cultures seraient repoussées vers des altitudes plus élevées.
Les rendements pourraient s'effondrer de 10 à 20% selon les scénarios envisagés.
Ce n'est pas une hypothèse alarmiste. C'est le résultat d'une évaluation des risques climatiques conduite en 2025 par la FAO au Togo, présentée mercredi à Kpalimé lors d'un atelier de deux jours réunissant les acteurs privés des filières café et cacao autour du Comité de Coordination pour les Filières Café et Cacao (CCFCC) et de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
Dans la région des Plateaux, berceau togolais du café, les projections climatiques dessinent un avenir préoccupant. Sous le scénario optimiste, les rendements pourraient baisser de 0 à 10% d'ici à 2070-2099. Sous le scénario pessimiste, la chute pourrait atteindre 20%. Pour le cacao, les tendances sont similaires, entre 10 et 20% de pertes selon les conditions climatiques futures.
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Et ce n'est pas tout. À ces menaces climatiques s'ajoutent de nouvelles contraintes : le règlement européen sur la déforestation (RDUE) exige désormais des exportateurs qu'ils prouvent que leurs produits n'ont pas contribué à la destruction des forêts.
Pour des filières déjà fragilisées, c'est un défi supplémentaire, mais aussi une opportunité de se repositionner sur les marchés les plus exigeants et les mieux rémunérés.
L'atelier de Kpalimé n'est pas une conférence de plus sur le changement climatique. C'est un espace de travail concret, animé par des experts et consultants dans une approche participative mêlant expertise internationale et réalités togolaises du terrain.
Les pistes avancées sont précises et opérationnelles. L'agroforesterie, associer arbres et cultures pour ombrager les plants, maintenir l'humidité du sol, diversifier les revenus, est présentée comme l'une des réponses les plus accessibles et les plus efficaces.
La FAO promeut également l'adoption de technologies de post-récolte intelligentes face au climat et le développement d'infrastructures résilientes pour sécuriser l'ensemble de la chaîne de valeur.
Une filière, un avenir
Pour Amecy Yao Adodo, représentant du secrétaire Général du CCFCC, cet atelier s'inscrit dans les Plans de Développement des Filières Café et Cacao adoptés en octobre 2024, une feuille de route ambitieuse pour transformer en profondeur deux filières qui font vivre des dizaines de milliers de familles togolaises.
Il ne s'agit pas seulement de sauver une filière agricole. Mais de préserver un héritage, un savoir-faire, un mode de vie, et de le transmettre intact à ceux qui viendront après nous.