Ile Maurice: Visite du «Rainbow Warrior III» - Un bijou écoresponsable sur l'eau

Plus petit qu'on ne l'imaginait, le Rainbow Warrior III. Mais il est autrement imposant, de nom, d'histoire. En s'approchant, on commence à superposer les images : Leonardo DiCaprio à bord en 2016 et Brigitte Bardot dans les années 1970 alors que Greenpeace venait à peine de naître. Fondée en 1971, l'organisation non gouvernementale (ONG) internationale de protection de l'environnement n'avait pas encore cinq ans quand elle commença déjà à faire du bruit. Ce vendredi 24 avril, amarré à Port-Louis pour quatre jours, sa cérémonie d'accueil ressemblait à des retrouvailles avec quelque chose qu'on connaît sans l'avoir vécu.

Sur le pont, une ambiance légère, presque festive. Des jeunes volontaires guident les visiteurs et Anne Ga chante sur la protection des océans. Sim Engkutsamy Juddoo, team leader des volontaires de Greenpeace à Maurice, résume l'état d'esprit : «Le Rainbow Warrior, c'est comme un bijou. Ce n'est pas donné à tout le monde. Il y a des gens qui travaillent pour Greenpeace pendant des années pour avoir la chance de monter sur ce bateau. Nous, on peut dire qu'on est chanceux.»

Ce qui frappe à bord, c'est la compacité. Tout est pensé, rien n'est superflu. Tout a été conçu autour d'un seul impératif : mener des campagnes en mer. «C'est un concept qui n'existait pas avant. Nous avons fait un effort considérable pour construire un navire capable d'organiser des événements un jour et d'intervenir contre une plateforme pétrolière le lendemain», explique le capitaine Emili Trasmonte.

À bord, 15 membres d'équipage, presque autant de nationalités. «Nous essayons de représenter la même planète que nous tentons de défendre.» Un prochain navire est en construction, dont le lancement est prévu pour 2027 : plus ambitieux encore, avec des technologies expérimentales qui pourraient en faire un bâtiment de quasi zéro émission. Un navire-laboratoire autant qu'un navire-symbole.

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Le Rainbow Warrior III n'est pas venu à Maurice par hasard. En pleine tournée africaine - Sénégal, Afrique de l'Ouest, Afrique du Sud et Maurice avant de mettre le cap sur Phuket, en Thaïlande -, le navire s'arrête à chaque escale avec le même objectif : tisser des liens, renforcer les collaborations locales, faire entendre les enjeux qui se jouent loin des radars médiatiques. Mamadou Kaly Ba, chargé de campagnes Océans pour Greenpeace Afrique, est direct : «On s'est installé ici parce que Maurice est à un moment charnière. C'est un point d'ancrage où se construit une dynamique régionale. Les synergies qui émergeront ici auront des répercussions bien au-delà de l'île.»

Ce moment charnière a un nom précis : le Traité des Nations unies sur la haute mer, dont les prochaines discussions à New York pourraient ouvrir la voie à la création d'aires marines protégées en haute mer. Maurice, petit État insulaire, mais géant océanique, a une carte à jouer que peu d'autres pays ont. «Maurice est probablement composée à 95 % de mer et à 5 % de terre», rappelait le conseiller représentant le ministre de l'Environnement.

«Nous comptons beaucoup sur la protection de l'océan.» Greenpeace compte sur Maurice pour porter ce combat à l'échelle africaine, pas seulement dans l'océan Indien, mais jusqu'aux grandes négociations internationales.

Les chantiers sont concrets : la protection du banc de Saya de Malha, plus grand herbier marin du monde, situé dans les eaux mauriciennes et menacé par des projets d'exploitation des hauts fonds ; la lutte contre la pêche industrielle destructrice ; le renforcement des mécanismes de responsabilité face à la pollution plastique, Maurice ayant déjà interdit les plastiques à usage unique.

«L'océan nous envoie un signal clair, un signal de pression, de déséquilibre, d'urgence», dit Kaly Ba. «Mais ce n'est pas une fatalité. Là où des décisions fortes sont prises, les choses changent.»

La voix des pêcheurs

Pour Sakel Fokeer (photo), secrétaire de l'Association des pêcheurs et enfants de pêcheurs, Greenpeace, c'est d'abord une caisse de résonance : «Souvent, quand vous voulez protéger, votre voix ne peut pas être entendue et vous ne savez pas vers qui vous tourner. Greenpeace peut être un facilitateur.» Son association mène déjà des campagnes de sensibilisation sur plusieurs fronts : dans les écoles, auprès des adultes, à travers des leçons de snorkeling gratuites. «Ce qu'on fait avec les ONG, c'est protéger de la rivière jusqu'au lagon. Greenpeace, elle, protège de l'océan jusqu'à nos lagons. À la fin, quand ces deux-là se rejoignent, ça fait un grand impact, quelque chose de très beau.»

Une jeunesse qui n'attendait que ça

Lancé en janvier, le groupe de volontaires Greenpeace Maurice a déjà trois mois d'existence et un bilan qui surprend : inauguration, nettoyage des plages, sessions de sensibilisation dans des universités et écoles, activités photo. Sim Engkutsamy Juddoo (photo), team leader, parle de ses volontaires avec une fierté tranquille : «Ce qui me surprend et me satisfait, c'est de savoir qu'il y a des jeunes vraiment préoccupés par l'environnement.

Ils coupent sur leur temps, ils quittent leur travail, leur vie de famille. C'est beaucoup de sacrifices.» Ce que Greenpeace apporte à ces jeunes, c'est le poids d'une expérience internationale pour être plus efficaces, mieux entendus, agir sans violence.

Emili trasmonte, capitaine du «Rainbow Warrior III»

Espagnol, navigateur, à la tête d'un navire qui a traversé les conflits environnementaux les plus médiatisés des dernières décennies, Emili Trasmonte accueille les visiteurs avec une sobriété qui contraste avec le poids symbolique du bâtiment qu'il commande. «Ce navire est un symbole d'action pour la planète et pour la nature. Sans des gens comme vous, notre mission serait vraiment impossible.»

Quand on lui demande quelle région du monde est la plus menacée, il hésite une seconde : «Je suis tenté de dire l'Arctique et l'Antarctique parce qu'ils fonctionnent comme un thermomètre.» Mais sa vraie réponse est : «Le principal problème environnemental aujourd'hui, c'est la cupidité.» Trois navires pour défendre les océans du monde entier : «Nous pouvons arrêter de petites choses ici et là, mais l'essentiel de ce que nous faisons, c'est lever la conscience, trouver des alliés, encourager les gens, donner de l'espoir.»

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