Madagascar: Agent diplomatique expulsé - Énergique réaction du Quai d'Orsay

La France a vivement réagi après la décision des autorités malgaches de déclarer persona non grata un agent diplomatique en poste à Antananarivo. Le Quai d'Orsay a convoqué le chargé d'affaires malgache à Paris.

Du tac au tac. La réplique de Paris à la décision du gouvernement de déclarer persona non grata un agent de l'ambassade de France n'a pas tardé. Selon une déclaration du Quai d'Orsay, le chargé d'affaires malgache a également été convoqué, mardi.

L'ambassadeur de Madagascar en France vient juste d'être nommé par le Conseil des ministres de mardi. C'est donc Lionel Ratsirimpady, chargé d'affaires, qui a répondu à la convocation du Quai d'Orsay. « Le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères a convoqué mardi 28 avril le chargé d'affaires de l'ambassade de Madagascar à Paris pour protester vigoureusement contre la déclaration comme persona non grata d'un agent diplomatique de l'ambassade de France à Antananarivo », indique la déclaration.

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De prime abord, la convocation du chargé d'affaires Ratsirimpady au siège de la diplomatie française est intervenue le jour même de celle d'Arnaud Guillois, ambassadeur de France, par le ministère des Affaires étrangères à Antananarivo, le 28 avril également, soit mardi donc. Selon le communiqué y afférent, publié juste après la convocation du diplomate français, « il lui a été signifié à cette occasion la décision du gouvernement de la Refondation de déclarer persona non grata un agent de l'ambassade de France accrédité à Antananarivo ».

« Des agissements estimés incompatibles avec son statut, tel qu'il découle des investigations actuellement menées par les autorités compétentes concernant des actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malgaches et étrangers », est la raison avancée pour la décision d'expulser l'agent diplomatique français. En réponse, et sur le même ton, le Quai d'Orsay indique que, durant la convocation du chargé d'affaires malgache, « il lui a été signifié que la France rejetait catégoriquement toute accusation de déstabilisation du régime de la Refondation de la République de Madagascar ».

En diplomatie, chaque mot compte. L'usage du verbe « signifier » veut dire communiquer officiellement une décision ou un acte qui engage l'État. Bien qu'étant une prérogative souveraine, la déclaration de persona non grata est un acte diplomatique lourd de sens. Elle peut ainsi engendrer des crispations entre les pays concernés.

Entretien téléphonique

L'application de la réciprocité par la convocation du chargé d'affaires et le ton de la réplique via la déclaration du Quai d'Orsay tendent à indiquer que les relations entre Madagascar et la France traversent une zone de turbulence suite à la décision de mardi.

L'agent diplomatique déclaré persona non grata est le colonel Pierre Couve, attaché de sécurité intérieure auprès de l'ambassade française. Officier supérieur de la gendarmerie française, il est en poste dans la Grande île depuis septembre 2022. Son expulsion intervient dans un contexte de suspicions de tentative d'assassinat du locataire d'Iavoloha et de tentative de coup d'État. Plusieurs enquêtes sont en cours à ce sujet et plusieurs accusés sont en détention préventive.

C'est dans cette conjoncture que, le 17 avril, un conseiller du chef de l'État a publié sur sa page Facebook que « dix ressortissants français » seraient soupçonnés par les autorités d'être impliqués dans ces tentatives de déstabilisation. Le colonel Pierre Couve ne fait pas partie de cette liste. Par ailleurs, l'ambassade de France a formellement démenti l'information se rapportant à cette liste en soutenant que « ces rumeurs sont mensongères ».

La représentation diplomatique française a ajouté « qu'elle s'interroge enfin sur l'origine et les motivations de ceux qui diffusent ces dernières, avec la volonté manifeste de nuire aux relations entre Madagascar et la France». Via son porte-parole, hier, le Quai d'Orsay a renchéri en soutenant que « de telles accusations sont non seulement infondées, mais elles sont aussi incompréhensibles compte tenu du soutien constant et concret apporté par la France, en lien avec ses partenaires internationaux depuis octobre 2025, au processus de la Refondation (...) ».

Dans un objectif de désescalade diplomatique, probablement, la présidence de la Refondation de la République a publié un communiqué hier, peu avant minuit, indiquant que le colonel Randrianirina et le président français, Emmanuel Macron, « se sont entretenus la veille au téléphone [le 28 avril visiblement]». La missive ajoute que « ces échanges ont permis aux deux chefs d'État d'aborder les faits, qualifiés d'acte isolé, ayant conduit à la convocation des chefs de mission diplomatiques des deux pays par les ministères des Affaires étrangères dans les deux capitales ».

Toujours selon le communiqué de la présidence, l'officier supérieur « a rappelé que les décisions prises par Madagascar relèvent de l'exercice normal de la souveraineté de l'État et s'inscrivent dans le respect des principes régissant les relations diplomatiques (...)». La missive affirme ainsi que « les deux chefs d'État ont souligné l'importance des relations qui unissent Madagascar et la France. (...) [et] la volonté des deux États de déployer les efforts nécessaires pour que cet épisode n'affecte pas la dynamique de coopération entre les deux pays ».

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