À l’approche de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque année le 3 mai, Reporters sans frontières (RSF) dresse un constat préoccupant de la situation de la presse à l’échelle mondiale, avec une attention particulière portée sur l’Afrique.
Dans un communiqué, l’organisation souligne que « la liberté de la presse n’a jamais été autant malmenée en Afrique subsaharienne », une région marquée par une instabilité politique persistante, des Grands Lacs au Sahel, en passant par le Soudan.
Selon les données publiées par RSF, « pour la première fois dans l’histoire du Classement mondial de la liberté de la presse, plus de la moitié des pays sont désormais classés en situation “difficile” ou “très grave” ».
Une dégradation marquée en Afrique subsaharienne
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En Afrique subsaharienne, RSF observe une détérioration notable de la liberté de la presse, alimentée par les conflits armés, la criminalisation du journalisme et les pressions économiques. Sur les 48 pays de la région, 24 sont classés en situation « difficile » et cinq en situation « très grave » : le Rwanda (139e), l’Éthiopie (148e), le Soudan (161e), Djibouti (167e) et l’Érythrée (180e).
L’Érythrée occupe, pour la troisième année consécutive, la dernière place du classement mondial, illustrant une restriction extrême du droit à l’information. Cette situation intervient alors que l’on commémore les 25 ans de l’incarcération du journaliste Dawit Isaak, ainsi que de ses confrères Temesgen Ghebreyesus, Seyoum Tsehaye et Amanuel Asrat.
Criminalisation et restrictions croissantes
Dans plusieurs pays, RSF dénonce l’utilisation de lois relatives à la sécurité nationale ou à la cybercriminalité pour restreindre le travail des journalistes. « Les juntes au pouvoir au Sahel ont réduit l’espace civique et détourné certaines législations », indique l’ONG. Le Niger (120e), qui enregistre une chute de 37 places, illustre cette tendance.
Le Mali (121e) et le Burkina Faso (110e) poursuivent également leur recul, traduisant une répression accrue et coordonnée de la presse au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Dans ces pays, des journalistes sont régulièrement arrêtés et poursuivis pour « diffusion de fausses informations », « atteinte au crédit de l’État » ou encore « trouble à l’ordre public ». Ces pratiques s’accompagnent parfois de suspensions de médias, comme récemment en Guinée.
Le Bénin, longtemps considéré comme un pays relativement stable en matière de liberté de la presse, enregistre une chute notable de 21 places pour se positionner au 113e rang. RSF évoque notamment des atteintes à la liberté de la presse, citant le cas du fondateur du média en ligne Olofofo, Hugues Comlan Sossoukpè, arrêté puis extradé et incarcéré.
Pressions dans la région des Grands Lacs
Dans la région des Grands Lacs, plusieurs journalistes sont incarcérés sous des accusations liées à la sécurité nationale. RSF cite notamment les cas de Stanis Bujakera en République démocratique du Congo, de Floriane Iraganbiye au Burundi, ainsi que de journalistes du média Iwacu.
Au Rwanda, deux professionnels des médias, dont Théoneste Nsengimana, sont détenus pour des faits qualifiés d’« incitation à l’agitation ». En Tanzanie (117e), la baisse de 22 places reflète un durcissement des lois et un accès à l’information de plus en plus restreint.
Insécurité et fragilité économique
La situation sécuritaire reste un facteur déterminant dans la dégradation des conditions d’exercice du journalisme. En République démocratique du Congo (130e), notamment dans l’est du pays, les journalistes sont pris entre groupes armés et forces régulières, les contraignant souvent à l’exil.
Au Soudan (161e), le conflit en cours a quasiment fait disparaître le journalisme indépendant. Depuis plusieurs années, les journalistes sont confrontés à des risques élevés d’arrestation, de torture ou de fuite forcée. En Éthiopie (148e), les autorités maintiennent également un contrôle strict sur les médias.
Par ailleurs, la fragilité économique des organes de presse demeure un défi majeur. En Mauritanie (61e), malgré certains engagements gouvernementaux, le retard dans la mise en œuvre des réformes et la précarité du secteur contribuent à une baisse du classement.
À l’inverse, certains pays affichent des progrès. Le Ghana (39e) et l’Afrique du Sud (21e) se distinguent par une situation jugée « plutôt bonne » en matière de liberté de la presse, malgré un contexte socio-économique parfois difficile.
À l’heure où l’information indépendante est fragilisée, la défense de la liberté de la presse s’impose comme un enjeu majeur, non seulement pour les professionnels des médias, mais aussi pour l’ensemble des citoyens.