Trois ans après son lancement, la Couverture Santé Universelle au Cameroun n'a pas encore tenu toutes ses promesses. Le ministre de la Santé publique, le Dr Manaouda Malachie, a dressé un bilan officiel lors d'une conférence de presse tenue au Centre de Coordination des Opérations d'Urgence de Santé Publique. Le verdict est nuancé.
Contexte : une réforme voulue au sommet de l'État
La CSU au Cameroun se définit comme une politique nationale visant à garantir l'accès aux soins essentiels à l'ensemble de la population, sans exposer les ménages à un risque d'appauvrissement financier. Elle a été lancée sous l'impulsion directe du président Paul Biya et confiée au Dr Manaouda Malachie pour sa mise en oeuvre opérationnelle.
Trois ans jour pour jour après son entrée en vigueur, le gouvernement a choisi de rendre des comptes publiquement. La conférence de presse de ce mercredi au Centre de Coordination des Opérations d'Urgence de Santé Publique marque un moment de transparence institutionnelle rare sur un sujet aussi sensible. Le bilan présenté est qualifié officiellement de mitigé; un terme d'une franchise inhabituelle dans les communications gouvernementales camerounaises.
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Pourquoi la CSU peine à tenir ses objectifs
Les obstacles à la pleine réalisation de la couverture santé universelle au Cameroun s'expliquent par des causes structurelles profondes. Le système de santé camerounais souffre d'un sous-financement chronique, d'une répartition géographique inégale des infrastructures sanitaires et d'une insuffisance persistante du personnel qualifié dans les zones rurales.
La réforme du système de santé initiée par Paul Biya repose sur un mécanisme de protection financière des patients. Mais sans réseau de soins primaires dense et fonctionnel, cette protection reste théorique pour des millions de Camerounais éloignés des centres urbains. La couverture formelle ne signifie pas l'accès réel aux soins.
Il faut également prendre en compte les résistances structurelles du secteur pharmaceutique et la faible intégration du secteur informel de santé, qui reste le premier recours pour une large fraction de la population à faible revenu.
Les mécanismes d'une mise en oeuvre incomplète
La politique de santé publique camerounaise fonctionne selon une logique descendante : décision présidentielle, pilotage ministériel, exécution déconcentrée. Ce modèle présente une efficacité limitée lorsque les capacités d'exécution locale font défaut.
Concrètement, la CSU au Cameroun s'appuie sur un système de cotisation et de remboursement encore en phase de déploiement. Les mécanismes d'enregistrement des bénéficiaires, de collecte des contributions et de remboursement des prestations aux établissements de soins restent partiellement opérationnels trois ans après le lancement. Le Dr Manaouda Malachie a reconnu publiquement ces délais sans en minorer l'importance.
Le défi de l'accès aux soins essentiels au Cameroun est également démographique : une population jeune en forte croissance, des migrations rurales-urbaines massives et une transition épidémiologique qui superpose maladies infectieuses et pathologies chroniques. Aucune réforme sanitaire ne peut répondre à cette complexité en trois ans.
Ce que les prochaines années vont révéler
À court terme, la crédibilité de la couverture santé universelle dépendra de la capacité du gouvernement à accélérer l'enregistrement des bénéficiaires et à augmenter le taux de remboursement effectif des soins. Sans amélioration mesurable de ces deux indicateurs, la défiance populaire envers la réforme risque de s'installer durablement.
À moyen terme , la réforme du système de santé camerounais sera jugée sur sa capacité à réduire effectivement le reste à charge des ménages les plus vulnérables. Les données de mortalité maternelle et infantile, ainsi que le taux de renoncement aux soins pour raisons financières, constitueront les indicateurs les plus fiables de son impact réel. La politique de santé publique portée par Paul Biya sera évaluée sur ces résultats concrets, pas sur des annonces institutionnelles.
L'enjeu géopolitique est également présent : le Cameroun cherche à positionner sa CSU comme modèle pour les pays d'Afrique centrale. Un bilan définitivement mitigé fragiliserait cette ambition régionale.
Réforme en construction ou promesse non tenue ?
Trois ans, c'est à la fois peu et beaucoup pour une réforme de cette envergure. Peu, si l'on mesure la profondeur des transformations structurelles nécessaires. Beaucoup, si l'on pense aux Camerounais qui renoncent chaque jour aux soins faute de moyens.
La Couverture Santé Universelle au Cameroun est-elle une réforme en cours de construction, ou une promesse dont l'horizon recule à mesure qu'on avance ? La réponse dépendra moins des conférences de presse ministérielles que des décisions budgétaires des prochaines lois de finances. L'accès aux soins ne se décrète pas il se finance.