Afrique: Cameroun/Russie - Le pari logistique de Yaoundé dans le grand retour de Moscou en Afrique

Transport, corridors, ports, aviation : la visite effectuée par le ministre camerounais des Transports, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè, en Russie, du 1ᵉʳ au 3 avril dernier, constitue une offensive géoéconomique aux implications stratégiques régionales.

La visite du ministre Jean Ernest Masséna Ngallè Bibéhè est intervenue dans un contexte international particulièrement chargé, où les infrastructures logistiques deviennent un nouvel instrument de puissance. Derrière l'agenda officiel : coopération technique, mobilité, logistique et transport multimodal se dessinait une lecture plus large : celle du repositionnement du Cameroun dans la compétition des influences en Afrique centrale. Alors que la Russie accélère sa diplomatie économique sur le continent depuis le Sommet Russie-Afrique 2023, le secteur des transports apparaît comme l'un des nouveaux leviers de pénétration. Moscou cherche à sécuriser de nouveaux corridors commerciaux vers l'Afrique, à contourner les effets des sanctions occidentales et à diversifier ses partenariats logistiques.

Le forum de Saint-Pétersbourg consacré au transport et à la logistique, qui a eu lieu au début de ce mois d'avril, a confirmé, d'ailleurs, cette orientation stratégique. Pour Yaoundé, cette visite répondait à des impératifs très concrets. Le Cameroun reste la principale porte maritime de l'hinterland d'Afrique centrale via le port de Douala et le port de Kribi, desservant également le Tchad et la République centrafricaine.

Mais cette position stratégique exige une modernisation accélérée : infrastructures ferroviaires vieillissantes, congestion portuaire, coûts logistiques élevés et besoin de digitalisation. La Russie pourrait se positionner sur plusieurs segments : modernisation ferroviaire, équipements portuaires, maintenance aérienne, formation technique ou encore sécurisation des chaînes logistiques.

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Cette dynamique intervient alors que le Cameroun multiplie déjà les discussions avec la Banque mondiale sur les corridors ferroviaires et la sécurité routière. Mais l'équation est aussi géostratégique. Dans le golfe de Guinée, les flux commerciaux sont confrontés à la piraterie, aux trafics illicites et aux vulnérabilités énergétiques. Le contrôle des infrastructures logistiques devient un enjeu de souveraineté. Moscou pourrait chercher à renforcer son empreinte dans cette façade maritime stratégique, déjà convoitée par la Chine, la Turquie, les Emirats arabes unis et les acteurs européens.

Pour le Cameroun, l'enjeu est d'éviter toute dépendance exclusive. La stratégie la plus rationnelle consiste à diversifier les partenaires tout en préservant ses intérêts nationaux. Cela suppose trois priorités : renforcer les partenariats public-privé, accélérer la transformation numérique du secteur logistique et faire du pays un hub régional pour la Communauté économique des États de l'Afrique centrale.

À terme, cette visite pourrait dépasser le simple cadre diplomatique. Elle révèle que l'Afrique centrale devient progressivement un terrain majeur de rivalités logistiques mondiales. Et dans cette nouvelle bataille des corridors, le Cameroun entend clairement consolider son statut de carrefour stratégique régional. Le Congo est en embuscade avec la visite officielle en Russie du président de la République du Congo, Denis Sassou N'Guesso, du 28 avril au 1er mai.

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