À la veille de la Fête du Travail, le Congrès citoyen mauricien (CCM) a tenu, ce jeudi 30 avril à l'hôtel Saint Georges à Port-Louis, une conférence axée sur «La lutte syndicale et l'avenir des travailleurs». Un message central s'en est dégagé : la nécessité urgente de repenser le système actuel et de replacer le travailleur au cœur des priorités nationales.
Prenant la parole en premier, l'avocat Sacheen Boodhoo a interrogé les fondements mêmes du système en place. Selon lui, tout modèle de gouvernance doit avant tout garantir le bien-être et la prospérité de la population. Or, il estime que ce principe est aujourd'hui mis à mal. S'inscrivant dans une logique capitaliste comparable à celle de grandes puissances comme la Chine ou l'Inde, Maurice doit, dit-il, éviter les dérives observées ailleurs, notamment sur les plans écologique et social.
Il a dénoncé une absence de réponse adéquate face aux enjeux actuels, évoquant «enn gouvernman andormi» et appelant à une réorganisation en profondeur de la société. Dans ce contexte, il a insisté sur la nécessité de redéfinir le concept même du travail, afin de recréer un véritable sentiment d'appartenance. « Chaque individu doit se sentir partie intégrante d'une communauté, et non exploité ou isolé », a-t-il soutenu, en appelant à un modèle plus inclusif et solidaire.
Dans la même veine, Sanjeev Teeluckdharry, leader du CCM, a rappelé que les travailleurs constituent la base de tout développement économique et social. Il a justifié la tenue de cette conférence par l'urgence de repenser un système qu'il juge dépassé, plaidant pour un renforcement des droits des travailleurs.
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Revenant sur l'histoire du mouvement ouvrier à Maurice, il a évoqué des périodes clés, de l'abolition de l'esclavage à la période de l'engagisme, qui, selon lui, constituait une « nouvelle forme d'esclavage » à l'époque. Il a également mentionné les luttes marquantes, telles que la grève des travailleurs du rail en 1921 et la création du Parti travailliste en 1936, tout en critiquant sévèrement l'évolution de ce dernier, qu'il accuse de s'être éloigné de ses idéaux d'origine.
Pour Sanjeev Teeluckdharry, la Fête du travail ne doit pas être une simple célébration, mais un moment de réflexion pour les travailleurs sur leurs conditions, leurs droits et leur avenir. Il a interpellé à la fois le gouvernement et le secteur privé sur leur responsabilité de créer suffisamment d'emplois afin de freiner le phénomène de fuite des cerveaux.
Abordant des sujets d'actualité, il a vivement critiqué le relèvement de l'âge de la pension à 65 ans, dénonçant une décision prise « sans préavis » et portant atteinte à des droits acquis. Il a également questionné l'absence de grands rassemblements politiques à l'occasion du 1er mai cette année, s'interrogeant sur le bilan concret des partis au pouvoir face aux défis persistants, notamment l'inflation et la dégradation des conditions de vie.
Au final, le CCM a lancé un appel clair : faire de la Fête du travail un véritable espace de réflexion collective, afin de repenser en profondeur le modèle socio-économique et redonner aux travailleurs la place centrale qui leur revient.