TUNIS — Le président de l'Union des éditeurs égyptiens et fondateur de la maison d'édition Al-Mahroussa, Farid Zahran a estimé que la Foire internationale du livre de Tunis pourrait s'imposer comme une destination majeure pour les éditeurs arabes, dans un contexte régional marqué par des perturbations et le report de plusieurs manifestations culturelles.
Dans un entretien accordé à l'agence TAP, il a attribué cet intérêt à la stabilité organisationnelle du salon tunisien et à un climat jugé plus ouvert, ayant favorisé le retour de grandes maisons d'édition égyptiennes et arabes.
Selon lui, le chevauchement des calendriers des foires du livre dans le monde arabe impose aux éditeurs des choix logistiques et financiers, ce qui expliquerait une participation jusque-là limitée de certaines maisons, dont « Al-Mahroussa », présente pour la première fois après quatre décennies d'activité.
Farid Zahran a également relevé une participation accrue d'éditeurs égyptiens, qu'il interprète comme un signe de confiance dans les conditions offertes par la Tunisie, tant sur le plan logistique que sécuritaire.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Il a appelé les responsables culturels en Tunisie à tirer parti de cette dynamique en élargissant la base des participants, estimant que la concurrence entre éditeurs pourrait stimuler la lecture plutôt que fragmenter le marché.
Sur le plan des évolutions du secteur, il a défendu une approche complémentaire entre livre imprimé et formats numériques, considérant que la digitalisation constitue un levier de diffusion élargie sans remettre en cause la place du livre papier.
Il a estimé que, plutôt que 1.000 personnes lisent un livre en version papier, 2.000 pourraient le lire en numérique et 5.000 en version audio. Il a ajouté que le livre imprimé conserve sa valeur en tant qu'objet de collection, apprécié pour son aspect tactile et comme référence indispensable.
Abordant l'impact de l'intelligence artificielle, il a relativisé les inquiétudes liées à son usage dans la production de contenus, estimant que la qualité des oeuvres resterait déterminante. Il a estimé que ces outils pourraient néanmoins contribuer à élargir la base des lecteurs.
Il a par ailleurs souligné l'importance d'une diversité de contenus, allant des ouvrages grand public aux textes plus spécialisés, afin de soutenir l'ensemble de la chaîne de lecture. Il a illustré son propos en évoquant sa jeunesse, lorsqu'il lisait des oeuvres considérées comme légères, qui lui ont donné le goût de la lecture avant d'accéder aux classiques.
Concernant les tendances éditoriales, il a noté un intérêt croissant pour les bandes dessinées (comics), un format qui combine narration visuelle et textuelle et s'adresse à un public élargi, au-delà du lectorat jeunesse.
Zahran a rappelé que la maison d'édition Al-Mahroussa publie des ouvrages intellectuels et culturels ainsi que des romans arabes et traduits, tout en développant ces dernières années une ligne éditoriale dédiée aux comics. Il a estimé que les nouvelles générations considèrent que la forme fait partie intégrante du contenu.
Il a souligné que ce genre ne s'adresse pas uniquement aux enfants mais à tous les publics, le décrivant comme un art mêlant texte, image et narration, à l'origine de nombreuses oeuvres cinématographiques internationales. Il a estimé que les comics figurent parmi les formats les plus à même de conserver leur support papier, en raison de leur valeur artistique et de leur dimension tactile, difficilement reproductible sur écran.
Farid Zahran a évoqué une coopération continue entre éditeurs tunisiens et égyptiens dans le cadre de l'Union des éditeurs arabes, malgré les contraintes liées à la multiplication des événements dans la région.
Il a estimé que la diversité des participants et du public constitue une opportunité pour le marché du livre en Tunisie, tout en soulignant la nécessité d'améliorer en continu l'organisation du salon.