Effondrement sécuritaire - Un 25 avril cauchemardesque. Journée de feu, de sang et de larmes. Le Mali brûle. De Kati à Kidal, le coeur de tout un dispositif stratégique s'est écroulé.
Des attaques djihadistes et de rebelles touaregs bien planifiées et coordonnées, sur plusieurs bastions stratégiques font vaciller une junte militaire au pouvoir depuis 2020. Ce chaos sécuritaire a emporté dans son bilan macabre le général de corps d'armée et inamovible ministre de la Défense, Sadio Camara, un pilier du régime, avec quelques membres de sa famille. Un coup effroyable dans le dos du haut etablishment politico- militaire malien. Bamako bascule. Un président Goita aphone, au lendemain des assauts, fait sa première apparition publique.
Visite auprès de la famille du général Sadio Camara, tué lors de cette attaque djihadiste et des blessés en soins hospitaliers. Le Mali dans un élan de résilience est resté debout derrière la junte. Les FAMa et le peuple ont rendu un dernier hommage ce jeudi dans la journée au Vaillant Général Sadio Camara, l'architecte du dispositif militaire au pouvoir et artisan du rapprochement Bamako- Moscou.
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Il a fallu attendre le retour dans la capitale malienne du boss du cockpit de la primature, le général Abdoulaye MAIGA, en déplacement au Burkina, pour coordonner le "speech gouvernemental" sur le plateau de l'ORTM (Office de la Radiotélévision publique). Un petit bout lâché de ce qui reste encore du grand mystère, enveloppant ce basculement sanglant inédit. Des dignitaires issus de la haute hiérarchie militaire de la junte n'ont pas été épargnés lors de ces attaques terroristes. La grande muette est atteinte, désarçonnée, mise en déroute. Kati, symbole du pouvoir militaire malien s'effondre. Dans les sables mouvants de Kidal, l'affirmation de l'identité emblématique d'une République unifiée, incolore, inodore vole en éclats.
Les combattants touaregs du mouvement FLA, chassés par les FAMa et les mercenaires russes- il y'a quelques années seulement- ont repris la ville- phare et jubilent. Sous les yeux impuissants des combattants Russes d'Africa Corps. Au coeur de cette déflagration, des dessous de cartes diplomatiques et stratégiques sur l'axe Alger- Moscou ont manoeuvré et joué leur partition. Sur sa ligne frontalière directe, compte tenu des enjeux sécuritaires, Nouakchott joue prudence et adopte la carte de l'apaisement.
Bamako paie-t-il le lourd tribut de son rapprochement tranché avec Rabat au détriment du géant allié et voisin historique algérien? Aussi, la visite au Bénin au pas de charge du ministre français des Affaires Étrangères Jean- Noël BARROT intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement sensible dans la sous- région africaine. Beaucoup de questionnements qui méritent des réponses... Face à cet épouvantail à la fois tragique et cauchemardesque, la junte militaire au pouvoir de Bamako va-t-elle pouvoir se relever et tenir longtemps ? Cette séquence noire illustre à la fois la porosité et les interconnexions "sophistiquées» des groupes djihadistes et rebelles touaregs.
Le JNIM et le FLA ont réussi la jonction de leurs assauts, visant à anéantir l'appareil sécuritaire malien en son sommet. Le Burkina et le Niger qui partagent la Confédération AES (Alliance des États du Sahel) avec le Mali sont dans une surveillance maximale de leurs frontières. Pour le FLA, tous les ingrédients explosifs étaient bien concoctés et au rendez-vous pour légitimer ces attaques meurtrières tentaculaires: revendications autochtones et logiques d'alliances opportunistes.
Toutefois, au-delà du choc émotionnel et politique, une question s'impose aux autorités de Bamako: quelle est la nouvelle feuille de route de l'après 25 avril sanglant pour sortir de ce sempiternel embrasement chaotique intenable pour les populations maliennes ? La junte malienne devra impérativement ouvrir un boulevard de dialogue national inclusif avec toutes les forces vives de la nation autour des défis sécuritaires pour l'intérêt exclusif des Maliens.
Qui pour succéder à Sadio Camara ?
La mort de Sadio Camara marque un tournant sécuritaire. Elle révèle la capacité des groupes armés à frapper au coeur du dispositif étatique, tout en testant la résilience des institutions militaires. La riposte des FAMa, rapide et déterminée, montre que l'appareil sécuritaire reste fonctionnel. Mais l'onde de choc est profonde. Il faut rapidement trouver une personnalité emblématique qui répondra au profil "perfect" du job. Dans ce contexte, la succession de Camara ne sera pas seulement une affaire de personnes, mais un choix stratégique engageant l'avenir sécuritaire du Mali. Le temps presse.