Afrique: La Chine étend le «tarif douanier zéro» à tout le continent, avec des effets économiques limités

La Chine supprime les droits de douane sur les produits de 53 pays d'Afrique à compter du 1er mai. Une mesure présentée comme un geste fort en faveur du continent. Dans les faits, son impact économique apparaît pourtant limité.

Un petit geste économique pour un grand coup politique. Comme le souligne l'économiste et sinologue au CNRS Thierry Pairault, il existait déjà un empilement de dispositifs tarifaires favorables : « D'une part la Chine pratiquait des tarifs nuls pour un certain nombre de produits dont l'Afrique bénéficiait au même titre que d'autres pays. Il y avait aussi des tarifs préférentiels dans le cadre de l'OMC et une tarification préférentielle à l'égard des pays les moins avancés ». Résultat, « il y avait déjà 96 % au moins des produits qui bénéficiaient d'une absence de prélèvements douaniers ». La réforme ne porte donc que sur une fraction résiduelle du commerce.

Des produits africains déjà peu taxés

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D'un point de vue économique, les marges de progression sont étroites car les principaux produits exportés par l'Afrique vers la Chine sont des matières premières déjà peu ou pas taxées. « Pour le pétrole brut, c'est la même chose, le gain est nul », explique l'économiste, qui étend ce constat aux minerais. La suppression officielle des tarifs ne change donc rien aux flux existants. Comme le confirme la chercheuse spécialiste de l'Afrique subsaharienne à l'Iris, Émilie Laffiteau, « cette suppression des droits de douane est assez relative puisque déjà les produits africains allant vers la Chine étaient peu taxés jusque-là ».

Les rares gains potentiels se situent ailleurs, notamment dans certains produits agricoles ou transformés. Le cacao transformé, par exemple, aurait théoriquement pu bénéficier d'un meilleur accès au marché chinois. Mais là encore, les obstacles sont nombreux. « Vous avez une industrie chocolatière naissante en Chine et qui est très protégée », souligne Thierry Pairault. À défaut de barrières tarifaires, ce sont désormais « des barrières sanitaires et administratives qui risquent de bloquer » les exportations africaines. Dans ces conditions, difficile d'espérer un effet d'entraînement sur l'industrialisation du continent.

Des bénéfices marginaux pour les exportateurs agricoles

Au total, les gains attendus restent faibles. Selon les estimations de l'économiste, ils pourraient atteindre « 100 à 300 millions de dollars au maximum », un montant sans commune mesure avec le déficit commercial africain vis-à-vis de la Chine, qui dépasse les 100 milliards de dollars. « Ce n'est pas ça qui va aider à combler son déficit ou aller vraiment vers l'avant », insiste-t-il. Une analyse partagée par Émilie Laffiteau : « Ça risque d'avoir un effet volume mais je ne pense pas que ça puisse amoindrir le déficit en général ». Selon elle, certains pays pourraient en tirer des bénéfices marginaux, notamment « des agro-exportateurs solides tels que le Maroc, l'Afrique du Sud ou la Côte d'Ivoire, mais cette mesure ne va pas structurellement transformer l'asymétrie des échanges », souligne-t-elle, et risque au contraire de la prolonger.

Quand les États-Unis augmentent les droits de douane... la Chine les baisse

Dès lors, cette réforme est avant tout politique. Dans un contexte international marqué par le durcissement commercial américain, la Chine se positionne à l'inverse comme un acteur ouvert. « Si vous d'un côté avez les États-Unis qui disent j'augmente, de l'autre qui disent je baisse, il est évident que l'image de marque de la Chine gagne ». Ce geste n'est pas pour autant totalement anodin. Il marque une évolution politique importante, puisqu'il est désormais étendu à presque tous les pays africains, et non plus seulement aux pays les moins avancés, exception faite de l'Eswatini pour des raisons politiques. Une extension qui permet à Pékin de se distinguer des autres partenaires occidentaux du continent. « Pour la première fois, de fait, la Chine va aller plus loin que ce que faisait jusqu'à présent l'Union européenne », observe Thierry Pairault.

Là encore, Émilie Laffiteau insiste : la Chine cherche avant tout à « sécuriser son approvisionnement en matières premières essentielles à son industrie ». Derrière l'affichage d'une ouverture commerciale, ce sont surtout des considérations géopolitiques qui motivent ces suppressions de droits de douanes.

C'est très prometteur. L'un des produits que nous envisageons d'exporter vers la Chine c'est le manioc. Nous savons qu'ils en importent beaucoup d'Afrique de l'Est. La distance est plus courte là-bas. Mais nous en produisons beaucoup nous-mêmes. Nous essayons donc de trouver des produits d'opportunité et d'établir des relations bilatérales qui nous permettent d'exporter... 

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