Tunisie: Natation - Démission de la Présidente de la FTN, sauver ce qui pourrait l'être

30 Avril 2026

Il faut reconnaître que la natation tunisienne a réussi à secouer la torpeur du sport national, non seulement en occupant les marches des podiums olympiques et mondiaux, mais aussi avec le nouveau bureau élu qui n'a pas tardé à faire parler de lui en jetant un pavé explosif dans la mare de ceux qui, inconscients du mal qu'ils font à la discipline sportive la plus représentative du pays, la plongent dans un doute dont il est impossible de prévoir les répercussions.

Les raisons de la démission de la présidente de la FTN évoquées sont actuellement sur toutes les lèvres et même ceux qui ne s'intéressent que superficiellement à ce sport dressent l'oreille pour écouter ses étranges aveux d'impuissance.

Elle l'a fait, mais en rendant un immense service pour ce sport qui se morfondait dans une léthargie dévastatrice. Sous l'œil impassible de ceux dont le rôle est d'anticiper et de prévoir ces secousses qui érodent la confiance et refroidissent toutes les bonnes volontés.

Nous avions, dans ces mêmes colonnes, conseillé que «pour espérer faire œuvre utile, le bureau fédéral élu se devait de camper dans les couloirs du ministère des Sport» pour régler des problèmes qui n'en finissent pas. Il semble qu'il l'a fait et a tiré des conclusions qui ont réveillé plus d'un lièvre.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Avant de revenir sur les points soulevés et qui ont précipité ce départ, il faudrait rappeler que la Fédération tunisienne de natation a été dissoute pour des dossiers graves qu'elle a traînés durant de longues années. Cette dissolution est intervenue le 10 mai 2024 par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Cette décision a été prise suite à la visite du président Kaïs Saïed à la piscine olympique de Radès, où le drapeau tunisien, qui figurait pourtant au mât d'honneur, avait été dissimulé lors du «Tunisian Open Master».

Manquements et dépassements

Un bureau fédéral provisoire avait été nommé pour assurer l'intérim.L'élection d'un nouveau bureau fédéral n'a eu lieu que le samedi 20 décembre 2025. La nouvelle présidente Hédia Mansour, qui conduisait la seule liste en lice, a été élue à la tête de la FTN.

La nouvelle équipe était appelée à diriger la fédération pour la période allant de 2025 à 2028. Elle héritait d'une période de gestion provisoire initiée en mai 2024 durant laquelle les difficultés administratives ne manquèrent pas.

Ces difficultés s'apparentent à des manquements et des dépassements administratifs et financiers soulevés par le bureau provisoire qui a mis en relief des décisions aussi confuses qu'étranges, à la suite d'une succession de conflits d'intérêts et de mauvaise gouvernance.

Mais indépendamment de tous ces problèmes, rien n'a été fait par le département de tutelle pour clore tous les dossiers en suspens. Les nageurs d'élite, des champions olympiques et mondiaux, ont traîné dans les couloirs et restés à l'étranger à court de moyens pour subsister avec des entraîneurs qui réclamaient leurs dus, des dettes non payées dans leur pays d'accueil, de quoi pousser les plus fidèles à réfléchir aux nombreuses sollicitations qui leur offraient la naturalisation sportive.

L'un d'entre eux, Rami Rahmouni, a changé de camp et de drapeau. La présidente de la fédération, qui a assuré qu'elle pesait ses mots et qu'elle savait de quoi elle parlait, a énoncé un certain nombre d'arguments qui l'ont poussée à remettre les clés et à se retirer, lasse du manque de répondant des responsables du ministère, de leur façon de traiter les dossiers de la plus haute importance. Les exemples sont nombreux :

-Manipulation du dossier d'Ayoub Hafnaoui, ayant abouti à une suspension de deux ans...

-Destruction d'archives

-Détournement de 40.000 dinars de la subvention de Ahmed Jaouadi. Les fonds d'Ahmed Jaouadi ont été saisis sous de fallacieux prétextes et restent introuvables à ce jour.

-Falsification de la correspondance officielle avec la Fina (Fédération internationale de natation) et absence de réponse à leurs messages, pouvant entraîner des sanctions contre la Tunisie

-Non-paiement de l'entraîneur français Philippe Lucas et disparition des fonds

-Toute la correspondance entre la Fédération et la Fina a été interrompue et des archives administratives ont été volées.

-Détection de plusieurs fichiers sensibles visant à discréditer les nageurs de haut niveau, les incitant à fuir et à demander la naturalisation. Ces fichiers ont été créés par un employé de la Fédération ayant déjà fait l'objet d'une sanction disciplinaire de la part de l'autorité de tutelle.

«Malgré les menaces et le harcèlement, nous avons eu le courage de déférer devant la commission de discipline et la justice tous ceux qui avaient nui à la natation et à notre cher pays», a conclu la présidente de la FTN. Des propos courageux émanant d'une femme de loi, qui endosse la responsabilité de ce qu'elle a révélé et qui pose bien des questions.

En tout état de cause, une fédération, qui tient en main des représentants sportifs de haut niveau et est responsable de leur préparation, ne pouvait attendre des mois et des mois l'organisation d'une assemblée générale pour élire un bureau élu.

Ces comités provisoires désignés par la tutelle, dont se sont d'ailleurs plaint bien d'autres fédérations, ont fait plus de mal que de bien et ont complètement désarçonné ces entités déjà fragilisées par la présence de membres qui auraient mieux fait d'aller voir ailleurs. Corruption, vol, détournement, subtilisation, disparition, etc, des mots lourds de sens qui ne semblent pas avoir inquiété la tutelle d'où, jusque-là, ne vient aucune réaction que l'opinion publique, les dirigeants, les techniciens, les parents de nageurs inquiets et dégoûtés par le développement de toute cette situation, attendent avec fébrilité et impatience. Pour le bien du sport national.

En dépit de toutes les informations qui ont circulé au niveau des différents médias, ulcérés par la situation que vit un sport de super élite, le département de tutelle n'a jamais réagi avec rigueur et surtout veillé à ce que ces insuffisances cessent. Il s'est par contre régulièrement fait représenter par des quidams qui disaient n'importe quoi pour justifier l'injustifiable.

C'est à notre sens l'aspect positif de ce coup de pied dans la fourmilière, qui a jeté l'émoi dans tout le milieu sportif et pourrait provoquer une réaction salutaire en mesure de sauver ce qui pourrait l'être.

 

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.