La semaine dernière, Vincent Desvaux de Marigny, «Chief Executive Officer» (CEO) du groupe Attitude, a fait le déplacement pour être au plus près des équipes et des partenaires de «Matemwe Attitude», à Zanzibar. Le point, presque six mois après l'ouverture de l'établissement.
Après neuf hôtels à Maurice, pourquoi ouvrir le dixième à Zanzibar ?
On a constaté une certaine maturité du groupe Attitude à Maurice, des difficultés d'expansion, parce qu'il n'y a pas de terrain disponible. Et il y a une croissance relativement faible des arrivées touristiques. On a réfléchi à comment adapter l'identité d'Attitude à d'autres îles.
Cela devait impérativement être une île ?
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Dans un premier temps. Aujourd'hui, cela a évolué. On voyait la progression des Maldives et l'augmentation des arrivées touristiques à Zanzibar. Depuis 2018, nous étudions les terrains disponibles et est-ce que notre concept s'adapterait. Les coûts d'opération sont encore intéressants ici. Il y a un énorme potentiel. La volonté d'aller en dehors de Maurice n'est pas que financière. L'objectif de départ du groupe, c'était d'avoir cinq hôtels, un total de 2 500 chambres.
En 2015, on avait déjà le double. Nous avons une équipe jeune, qui aime cette notion de développement au sein d'une purpose driven company. Nos trois piliers sont People First, Community and Localism et Environment. Nous avons compris que notre positionnement très fort avait sa place à Zanzibar. Avec notre volet Sustainability, cela fait sens de considérer l'Afrique de manière globale. La Tanzanie est l'un des pays phares en termes de qualité. Il a su préserver la faune et la flore.
L'hôtel a ouvert le 4 novembre 2025. Presque six mois plus tard, vous parlez de succès. Comment se mesure-t-il ?
Reprenons les objectifs initiaux : est-ce qu'on peut passer d'une marque locale à une marque glocale (NdlR, contraction de global et local) en respectant nos trois piliers et notre culture d'entreprise autour des family members(NdlR, vocable d'Attitude pour désigner ses employés). Le tout en intégrant une autre culture qui n'est pas mauricienne.
Nous y avons réussi. Toute la construction, le sourcing ont été faits avec de petits artisans de Zanzibar. Pour la durabilité, nous appliquons le principe de zéro plastique à usage unique. Nous travaillons aussi avec les communautés locales. Autre objectif : ouvrir l'hôtel selon le calendrier prévu. We made it. Même si ça a été compliqué.
Compliqué ?
Compliqué pour l'approvisionnement en matériaux, la logistique pour les faire venir à Matemwe (NdlR, situé à 44 km de la capitale, Zanzibar City). En plus, nous avons ouvert pendant une période de crise politique en Tanzanie (NdlR, des manifestations et des accusations de fraude électorale contre le parti au pouvoir, après les élections générales du 29 octobre 2025).
Ce n'est pas une question d'ego, mais le feedback que nous avons eu, c'est qu'en général, il fallait compter au moins six mois de retard pour les chantiers. Le deuxième aspect de du blocage stratégique qui avait été prédéfini en amont, c'était d'intégrer des family members de Zanzibar dans la culture d'Attitude.
Il n'y a pas de manque de main-d'œuvre à Zanzibar comme c'est le cas à Maurice ?
Il n'y a pas de problème, mais il faut tenir compte de la qualité des recrutements, du manque de formation.
Vous avez recruté du personnel qui a de l'expérience (le tourisme est le plus grand secteur de l'économie zanzibari).
Mais entre expérience et formation, il y a un fossé (NdlR, la semaine dernière, le CEO a annoncé à l'équipe de Zanzibar la mise en place d'une académie). Il a fallu considérer l'aspect de la stabilité des opérations, la capacité à offrir de la qualité de manière constante. En me basant uniquement sur des faits, la satisfaction client est bonne.
Il y a eu des difficultés pour adapter le savoir-faire mauricien ?Ne serait-ce que la barrière de langue ?
Première chose : ne pas arriver avec des gros sabots et se dire : on va refaire Maurice ici. Est-ce qu'on amène un concept ou est-ce qu'on amène une culture ? Une culture d'entreprise ne se copie pas. C'est à nous de nous adapter au contexte local. Certes, il y a un peu moins de productivité à Zanzibar. Nous avons compensé en augmentant le nombre de personnes par rapport à Maurice.
De combien ?
Quasiment 30 %. Le resort est grand : 20 arpents, ce qui fait 80 000 mètres carrés. Il y a beaucoup d'espaces à entretenir. Attitude n'a pas de grands resort comme ça à Maurice. Passer du local au global, c'est cette capacité à fédérer des gens autour de la culture d'Attitude.
Il y a des clichés associés au mode de fonctionnement en Afrique, aux casse-têtes administratifs. Est-ce votre réalité à Zanzibar ?
Non. Que ce soit au niveau de la construction ou de l'opération, cela n'a pas été un obstacle. Ce n'est pas compliqué. Ça prend seulement plus de temps.
Qu'en est-il du taux d'occupation ?
Nous sommes dans la première année financière. Pour la période de novembre 2025 à juin 2026, nous serons au-dessus de la barre des 65 %.
C'était l'objectif ?
On est satisfait. Il y a deux mois de basse saison à Zanzibar, entre mai-juin, qui font diminuer la moyenne annuelle. On a atteint 50 %. Je ne crois pas qu'il faut espérer plus. Pour les mois à venir, de mai à octobre, les réservations sont déjà au-delà de 75 %. Pour l'année prochaine, les prévisions indiquent plus de 75 % de taux d'occupation. Derrière ce momentum, il y a aussi des partenaires qui font confiance.
«Matemwe Attitude» ressent-il les effets de la crise au Moyen-Orient ?
Oui et non. Comme nous sommes en basse saison, donc sur les prises de réservations, non. Mais il y a des compagnies aériennes du Golfe, comme Qatar Airways, Emirates qui proposent des vols directs sur Zanzibar, qui ont connu des perturbations. On le voit dans les annulations, à partir de la première semaine de mars. La tendance des annulations est en baisse. Mais il ne faut faire aucun plan sur la comète puisque personne ne contrôle ce qui va se passer. Nous restons pragmatiques.
Prochains projets : attitude se prépare pour le safari
Matemwe Attitude fait figure de terrain d'apprentissage. Le groupe prévoit d'autres projets à Zanzibar, avec Attitude Hospitality Africa. «Attitude y est majoritaire, mais nous recherchons des partenaires financiers. Jusqu'à l'heure, nous avons financé la croissance à Zanzibar de nos fonds propres.» Attitude Hospitality Africa est concentrée sur l'Afrique de l'Est.
Le prochain projet hôtelier d'Attitude à Zanzibar, c'est Michamvi, qui sera un établissement family-friendly alors que Matemwe est adult only. Ensuite, il y a des pistes, avec un lodge dans le bush. Et éventuellement des combinés avec l'extension de l'expérience du safari par un séjour balnéaire. Il y a aussi la piste de Pemba (une autre île de l'archipel de Zanzibar en Tanzanie). Et la piste de Stone Town.
Un hôtel dans une vieille ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco, ce qui implique des règles à respecter concernant la protection du patrimoine, est-ce que cela complique un projet ?
Bien au contraire, estime Vincent Desvaux de Marigny. «Notre concept est déjà d'avoir l'esprit swahili.» Restera à trouver des solutions pour faire entrer les matériaux dans les ruelles étroites de Stone Town. À l'horizon des cinq prochaines années, Attitude Hospitality Africa envisage également des projets en Tanzanie mainland.
Croissance : l'essor de la «management company»
Attitude Hospitality Management Ltd est la «management company», «le poumon du groupe», souligne Vincent Desvaux de Marigny. Prochaine étape de son évolution : la «management company» va «chercher ses propres produits». Exemple, des «sociétés familiales qui ont des terrains ou les hôtels à gérer». Ce sera alors fait selon le cahier des charges et dans l'esprit du groupe Attitude.