Humilité et simplicité, du haut de 40 années d'expérience dans l'hôtellerie. Avec, en prime, la fierté d'avoir commencé comme «cleaner», avant de grimper les échelons jusqu'à devenir Chief Hotel Operations & Opening Officer-Africa de Matemwe Attitude. Les pieds dans le sable, les yeux sérieux, Ravin Unthiah parle de ce qui est sa deuxième ouverture d'hôtel hors de Maurice.
Adaptation au personnel de Zanzibar
D'abord une question de rythme. «Si je fais tourner les collègues à Maurice à 90 km/h, l'allure ici, c'est 50 à 60 km/h.» Tenir compte du «pole-pole», prononcez polé-polé, de Zanzibar, qui veut que l'on y aille «doucement-doucement». Pour s'adapter, tout est dans la «manière de parler et de former». L'oeil complice, il explique sa formule 3-2-1. Cela veut dire expliquer les choses trois fois, vérifier deux fois, pour avoir un bon résultat. «Ce n'est pas méchant, ce n'est pas sarcastique, c'est une technique de management.» Réaliste, Ravin Unthiah se demande si «aux débuts de l'hôtellerie à Maurice, ce n'était pas la même chose.»
Le ratio d'expatriés autorisé par les autorités de Zanzibar est de 10 %, «mais sur environ 200 personnes, il n'y a pas 20 expatriés mais huit d'entre eux».
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«On ne vend pas des excursions»
«Nous encourageons les clients à aller au village. Mais on ne vend pas des excursions», précise Ravin Unthiah. Il y a plusieurs occasions d'interactions, par exemple, quand des jeunes du village voisin font du sport sur la plage au lever du soleil. On peut aussi observer le ballet des pêcheurs, qui frappent l'eau avant de jeter leurs filets. «Même s'il y a le décalage au niveau de la langue, l'humain arrive toujours à communiquer.»
Autre connexion prévue : de la sensibilisation contre le plastique à usage unique à l'école primaire du village. «Quand on va leur dire arrêtez d'utiliser des bouteilles en plastique, quel est le plan B ? Nous allons sponsoriser la distribution de bouteilles.» Ravin Unthiah assure que, «nous ne faisons rien au village sans une coordination avec les responsables locaux». Par exemple, l'hôtel et la communauté locale ont un accord pour l'entretien du cimetière, qui se trouve à côté du terrain de Matemwe Attitude.
Les marchés visés
Avec la connectivité aérienne de Zanzibar, le top 5 des nationalités chez Matemwe Attitude c'est «en premier les Anglais, deuxième les Allemands, troisième l'Europe de l'Est et les pays nordiques, la Scandinavie, quatrième la France/Belgique, cinquième l'Afrique du Sud.» Est-ce qu'il y a des incentives pour les Mauriciens ? «La clientèle mauricienne cherche autre chose que les plages, que nous avons déjà à Maurice», affirme Ravin Unthiah. «Le Mauricien veut découvrir de nouvelles cultures.»
Panneaux photovoltaïques
Tout l'espace de l'hôtel sans végétation sera converti en parc solaire pour assurer l'autosuffisance en électricité, explique Ravin Unthiah. Ce qui devrait notamment alimenter les deux restaurants et les trois points de vente restauration. Matemwe Attitude réfléchit à un restaurant avec du «plant-based food». Si le buffet ne joue pas sur la variété, par contre, la fraîcheur et la qualité du produit est primordiale, avec 30 % du local, 30 % de plats végétarienvegan et 40 % de plats internationaux.
Dans deux semaines, un contrôle du gaspillage par intelligence artificielle sera mis en place. Avant d'être jeté, les plats seront scannés pour déterminer les quantités de denrées, qui finissent à la décharge.
Fourniture d'eau
D'où vient l'eau des piscines, des douches et des bouteilles en verre ? D'une cave souterraine du village de Matemwe, d'où est puisée une eau en partie saumâtre. Elle passe alors par deux systèmes de purification. L'un pour l'utilitaire, l'autre - avec un filtre additionnel - pour la consommation.
Ambiance l Clémentine Katz : Saisir l'esprit swahili
Elle était là au début. L'alpha du projet Matemwe Attitude. Clémentine Katz, Chief Marketing Officer chez Attitude, mène de front sa carrière professionnelle et sa vie personnelle, en étant installée à Dares Salaam en Tanzanie. C'est l'atout sur lequel elle a joué pour que l'hôtel s'imprègne de l'esprit swahili.
C'est à sa deuxième visite à Zanzibar que démarre son immersion. Elle est sensible aux symétries des balcons et aux portes imposantes de Stone Town. Des formes que l'on a réinterprétées dans le cadre de l'hôtel. Elle admire les vitraux des bâtiments - il y en a dans les villas. Difficile à croire que Clémentine Katz trouvait la destination «austère et formelle» au départ. Tant les lieux, tout en courbes et jardins - beaucoup de bananiers - invitent à s'y attarder.
Les visites ne s'arrêtent pas à Zanzibar. Lamu au Kenya l'accueille - d'où le lamu bed pour faire la sieste ou dormir à poings fermés. La culture omanaise, puis swahili l'attire, fait se bousculer ses émotions. «Sur la côte kenyane, j'ai plongé dans l'héritage swahili.» Entre déménagements, recherche avide d'artisans pour son home sweet home, autant que pour l'hôtel qui sortait de terre. Cela donne les lampes avec des fruits de baobab au bar Upepo. Cela donne les cotons tissés sur des métiers montés à partir de vieux bateaux, des meubles en bois recyclé. Rien de tel que le fait main pour retrouver douceur de vivre et authenticité.