Le Mali est le théâtre depuis le 25 avril 2026 d'attaques coordonnées de la part des rebelles du Front de libération de l'Azawad (FLA) et des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim). Des affrontements avec les Forces armées du pays et les paramilitaires russes de l'Africa Corps qui inquiètent par ailleurs au sein de la diaspora malienne.
Au Mali, le président de la transition Assimi Goïta a assuré mardi 28 avril que la situation était maîtrisée après les attaques coordonnées du week-end dernier par les jihadistes du Jnim et le Front de libération de l'Azawad (FLA), dans plusieurs villes. Mais mercredi, deux attaques ont été recensées dans le pays, alors que le blocus aux alentours de la capitale s'organise.
Du côté de Kidal, contrôlé actuellement par le Jnim et le FLA, des frappes aériennes coordonnées par les Forces armées maliennes (Fama) et les Russes d'Africa Corps ont eu lieu sur des positions ennemies. Le FLA, de son côté, a assuré qu'aucune victime n'était à déplorer.
Près de Tombouctou, à Gourma Rharous, RFI est en mesure de confirmer que des positions de l'armée ont été attaquées dans la journée et sont désormais occupées par le Jnim et le FLA.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Près de la capitale, le blocus est toujours en cours, selon nos dernières informations. La route qui mène à Sikasso, dans l'est du pays, était coupée mercredi en fin de matinée. Selon un contact qui voulait se rendre dans la capitale, son bus, qui partait de la ville de Bougouni, est arrivé du côté de Kéléya, à 100 kilomètres au sud de Bamako, où des combattants du Jnim ont forcé le conducteur à rebrousser chemin.
À Naréna, ville située près de la frontière guinéenne, des centaines de véhicules étaient bloqués ce mercredi par le Jnim. Selon les informations de RFI, les jihadistes laissent sortir les habitants de Bamako mais interdisent d'y entrer. RFI est tout de même en mesure de confirmer que des bus, qui ont contourné les axes principaux, ont pu rejoindre la capitale malienne ce mercredi.
« Nous qui sommes de la diaspora, on fait ce qu'on peut pour aider »
Autre conséquence de cette crise : les Maliens de la diaspora en France s'inquiètent. Si beaucoup refusent de parler aux médias occidentaux, un chef d'entreprise a accepté de partager son sentiment.
Depuis ces derniers jours, pour comprendre ce qu'il vit au quotidien, « Youssouf Fofana » - son nom a été modifié - tend son portable : « Vous vous réveillez le matin, vous avez forcément trois, quatre ou cinq messages comme "envoie-moi quelque chose aujourd'hui, si tu peux, parce qu'on ne pourra pas manger, on n'a pas d'argent". Et c'est exponentiel maintenant. Depuis les événements de la dernière fois, c'est l'inquiétude. Parce qu'hier encore, on voyait sur les réseaux sociaux que les jihadistes promettaient de faire un blocus autour de Bamako. »
Il poursuit : « Qui dit blocus, dit difficultés. Dans Bamako, les [prix des] denrées alimentaires vont augmenter. Nous qui sommes de la diaspora, on fait dans la mesure de ce qu'on peut, parce qu'on a aussi des charges ici, on est asphyxiés nous aussi. »
« Youssouf Fofana » aide d'abord sa famille, mais aussi tous ceux qui le sollicitent. Car au Mali, c'est une question de survie. « Moi, je suis à l'état de mort cérébrale », lâche-t-il au micro de Sylvie Koffi, esquissant un sourire. Car pas question de montrer qu'il est abattu : « Parce que, ayant investi dans l'immobilier de haut standing pour les expatriés, je n'ai plus de clients. Mes appartements sont fermés. J'ai en charge les gardiens que je continue à payer pour pouvoir entretenir les maisons. »
Fini pour lui les allers retours entre Paris et Bamako. Dans l'immédiat, il se sent plus utile en envoyant régulièrement de l'argent à ses proches. Mercredi, la France avait par ailleurs recommandé aux ressortissants français présents au Mali « de prévoir un départ temporaire dès que possible par les vols commerciaux encore disponibles ».
«Pour soutenir quelqu'un, il faudrait déjà qu'il en fasse la demande», répond le porte-parole du gouvernement de Côte d'Ivoire Les pays voisins du Mali suivent de près le cours des événements. Côté ivoirien, le gouvernement affirme s'aligner sur les positions de l'Union africaine (UA) et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).
Interpellé sur un éventuel soutien aux autorités maliennes pour faire face à la menace des groupes armés, Amadou Coulibaly, porte-parole du gouvernement, a évoqué une option possible, en cas de demande de Bamako : celle de la Force en attente de la Cédéao. « Pour soutenir quelqu'un, il faudrait déjà qu'il en fasse la demande, réplique-t-il au micro de notre correspondante à Abidjan, Bineta Diagne.
Vous vous souvenez lorsque cette crise a éclaté en 2012 [des rebelles indépendantistes touareg, vite évincés par leurs alliés islamistes associés à al-Qaïda au Maghreb islamique, avaient pris le contrôle de Kidal, Gao puis Tombouctou, NDLR], le président Alassane Ouattara était à l'époque à la tête de notre organisation sous-régionale. Et il y a eu ici même en Côte d'Ivoire une réunion où la Cédéao devait venir en aide à notre voisin, le Mali ».
Il assure : « Donc, nous sommes dans la même disposition. La Cédéao, dans le cadre de la sécurité globale de la sous-région, a prévu une force en attente. Donc, il ne s'agirait pas uniquement de la Côte d'Ivoire, il s'agirait d'un effort collectif, donc de la Cédéao, pour pouvoir venir en aide à un pays qui se retrouve dans le même espace que notre organisation sous-régionale. Si tant est encore que ce pays en fasse la demande. »