Ile Maurice: La plage s'effondre en quelques jours

La plage de Tamarin se rétrécit à vue d'œil. En quelques jours, sous l'effet combiné de fortes houles et d'une intervention humaine non autorisée, près de 30 mètres de largeur de plage ont disparu sur un tronçon de 150 mètres. Hier, le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, s'est rendu sur place afin de superviser les travaux d'urgence engagés depuis le 30 avril.

À l'origine du phénomène, une configuration déjà fragile : la plage se situe à la confluence de la rivière Tamarin et de la rivière du Rempart, sans protection récifale - ce qui rend l'embouchure particulièrement instable. En décembre 2025, une intervention non autorisée a aggravé la situation, en ouvrant l'embouchure trop près du rivage, perturbant ainsi la circulation des sédiments. Les fortes houles enregistrées ces derniers jours ont fait le reste. Une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités.

Un comité technique regroupant huit institutions, dont la Beach Authority, la Water Resources Commission et le Mauritius Oceanography Institute, s'est réuni le 29 avril. Il a recommandé la mise en oeuvre de mesures correctives urgentes : désensablement de l'embouchure, installation de rochers sur 150 mètres avec des géotextiles, élagage des arbres et interventions dans le lagon à marée basse.

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La priorité immédiate : sauver les arbres centenaires et le kiosque menacés. La police contrôle l'accès à la zone, le stationnement y est interdit. Ces travaux temporaires se poursuivront jusqu'au 4 mai, date à laquelle le comité se réunira pour définir des orientations à plus long terme.

Parmi les témoignages recueillis hier figure celui de Percy Yip Tong, habitant du quartier depuis 1969. C'est lui qui avait alerté dès janvier les autorités sur les risques que faisait peser le canal mal positionné. «Je suis fatigué de répéter aux autorités», a-t-il dit face aux officiels. «Ce site est magique et fragile à la fois. Quand il n'y a pas de récif, toutes les vagues arrivent directement.» Sur une de ses vidéos publiées sur les réseaux, on peut voir l'effet de cette érosion : des vagues déchaînées qui, prévient-il, représentent un danger réel.

Pour Rajesh Bhagwan, Tamarin n'est qu'un symptôme d'un problème bien plus vaste. «L'érosion côtière est l'un de mes deux grands sujets de préoccupation», a-t-il déclaré, citant également le changement climatique comme toile de fond incontournable.

Des études récentes, menées notamment par l'Union européenne, le Bureau de recherches géologiques et minières et des consultants indépendants, ont identifié 25 sites prioritaires à Maurice, parmi lesquels Albion, Belle-Mare, Souillac et Péreybère. Tamarin est venu s'y ajouter en urgence, en raison de la fréquentation élevée de la plage et de l'origine anthropique du problème. «C'est un phénomène nouveau ici, causé par quelqu'un qui a illégalement perturbé la sortie de la rivière», a-t-il précisé.

Sur le financement, le ministre est sans illusions : les interventions à l'échelle nationale représentent un investissement massif, d'autant plus difficile à assumer dans un contexte de tensions économiques mondiales. Il entend porter le dossier sur la scène internationale, notamment via les COP et les agences de financement climatique, en faisant valoir que ce sont les grandes puissances qui portent la responsabilité historique du réchauffement.

En attendant, l'Integrated Coastal Zone Management, comité statutaire créé par la loi, continue de travailler avec les ONG et les acteurs locaux sur l'ensemble des problématiques du littoral. «On ne peut pas toujours être d'accord, mais tout le monde donne un coup de main», a conclu Rajesh Bhagwan, saluant la mobilisation des habitants de Tamarin, des ONG et du secteur privé.

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