La séance parlementaire de ce mardi 5 mai s'annonce dense et chargée. Comme le veut la tradition parlementaire, les travaux débuteront par la Private Notice Question (PNQ) du leader de l'opposition, un exercice qui permet de mettre en lumière un sujet d'actualité brûlante et de contraindre le gouvernement à des réponses immédiates.
Cette séquence sera suivie du Prime Minister's Question Time (PMQT), au cours duquel le Premier ministre, Navin Ramgoolam, devra répondre à une série de questions portant sur des thématiques aussi variées que sensibles. La pression s'annonce forte pour le chef du gouvernement, qui avait, la semaine dernière, répondu à dix questions en seulement trente minutes. Cette semaine, la tendance se confirme avec une nouvelle salve d'interpellations.
Parmi les premières questions attendues, celle du député Ludovic Caserne portera sur un aspect administratif mais non négligeable : les affidavits requis dans les demandes de permis de résidence. L'élu de Port-Louis Nord - Montagne-Longue cherchera à savoir si le gouvernement envisage de permettre que ces documents soient jurés directement à Maurice, une réforme qui pourrait simplifier les démarches pour de nombreux demandeurs et réduire les coûts associés.
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L'une des interventions les plus attendues sera celle de la députée de l'opposition Joanna Bérenger, qui interrogera le Premier ministre sur le projet de Golden Visa Scheme. Elle demandera des précisions sur les objectifs du programme, les profils de bénéficiaires ciblés, ainsi que les droits et incitations qui leur seront accordés. Mais au-delà de ces aspects techniques, la députée mettra l'accent sur les conséquences potentielles de cette politique : pression accrue sur le marché immobilier, évolution des schémas de propriété foncière, risques de blanchiment d'argent ou encore impact réel en termes de création d'emplois et d'investissements productifs.
La question de la sécurité intérieure sera également au centre des préoccupations. Le député Nitish Beejan interpellera le Premier ministre sur une éventuelle dégradation de l'ordre public dans certaines régions de sa circonscription, le n° 6 Grand-Baie - Poudre-d'Or. Il demandera si les autorités disposent d'informations confirmant cette tendance et, le cas échéant, quelles mesures supplémentaires sont envisagées pour y remédier.
Dans le domaine maritime, Arvin Babajee abordera la question de la surveillance de la zone économique exclusive. L'élu de Savanne - Rivière-Noire cherchera à obtenir des détails sur les systèmes actuellement en place, leur niveau d'efficacité, ainsi que sur les moyens humains et matériels de la National Coast Guard, notamment en termes de stations, d'effectifs, d'hélicoptères et de navires.
Les enjeux économiques et financiers occuperont une place importante dans les échanges. Avinash Ramkalawon, de Flacq - Bon-Accueil, demandera des éclaircissements sur la situation de la MauBank, en particulier sur les fonds transférés au Consolidated Fund et les emprunts contractés depuis la création de l'institution. Le député de Pamplemousses - Triolet Kaviraj Rookny se préoccupera, lui, de la situation financière des Casinos de Maurice, via la State Investment Corporation.
L'évolution de la dette publique intéressera Ram Etwareea. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques internationales et une inflation importée, l'élu du n° 6 cherchera à savoir si la dette dépasse les prévisions initiales pour l'exercice 2025-2026, et demandera la liste des créanciers ainsi que les montants empruntés.
L'élu de Flacq - Bon-Accueil Raviraj Beechook relancera un sujet sensible et attendu de longue date : l'introduction du Freedom of Information Bill. Ce projet de loi, considéré comme essentiel pour renforcer la transparence et l'accès à l'information, fait l'objet de nombreuses attentes de la part de la société civile.
Pour sa part, la députée de Rivière-des-Anguilles - Souillac Rubna Daureeawo s'intéressera au système de délivrance des licences pour les fournisseurs de services de sécurité privée, en mettant en lumière les délais de traitement et les éventuels blocages administratifs.
Quant au député indépendant Franco Quirin, il abordera un cas particulier impliquant l'arrestation d'un certain A.C.P et de son frère jumeau en avril 2026. L'élu de Beau-Bassin - Petite-Rivière demandera des précisions sur les circonstances de ces arrestations, les éléments saisis - notamment d'éventuelles substances illicites - ainsi que sur les mesures restrictives qui pourraient leur être imposées.
Les ministres également sous le feu des questions
Après le PMQT, la séance se poursuivra avec les questions adressées aux ministres, qui devront à leur tour rendre des comptes sur leurs portefeuilles respectifs. Le ministre de la Santé et du bien-être, Anil Bachoo, sera particulièrement sollicité. Il devra répondre à plusieurs questions liées au fonctionnement du système de santé, notamment le projet E-Health. Ce dernier vise à moderniser la gestion des données médicales et à améliorer le suivi des patients. La question de son déploiement effectif et de son intégration complète dans les institutions publiques sera au coeur des échanges.
Il sera également interrogé sur le financement des traitements médicaux à l'étranger, un sujet sensible impliquant des fonds publics et privés, ainsi que sur les éventuelles irrégularités dans la gestion de ces dossiers par certaines organisations.
De son côté, Arvin Boolell sera interpellé par Roxana Collet sur le projet de la Japan International Cooperation Agency visant à améliorer les moyens de subsistance des communautés côtières. La députée de Rodrigues demandera au ministre de l'Agro-industrie, de la sécurité alimentaire, de l'économie bleue et de la pêche des précisions sur les résultats attendus, notamment en matière de diversification économique, de sécurité alimentaire et de croissance inclusive.
Dans le même secteur, une question sera posée sur l'invasion du Hog Plum Beetle, un ravageur qui affecte les cultures locales. Le gouvernement devra préciser les mesures prises pour contenir cette menace et soutenir les planteurs touchés.
Les problématiques de transport seront également abordées. La députée de Belle-Rose - Quatre-Bornes Stéphanie Anquetil questionnera le ministre Osman Mahomed sur la congestion chronique dans la ville des fleurs, en suggérant la mise en place d'un plan directeur global pour revoir le schéma de circulation. Joanna Bérenger, de son côté, questionnera le ministre des Infrastructures nationales, Ajay Gunness, sur le projet d'autoroute M4 reliant Rivière-du-Rempart à Grand-Port. Elle demandera des précisions sur les bénéficiaires, les études d'impact et les raisons de la priorisation de ce projet.
Les questions liées à la gouvernance des institutions seront également présentes. Raviraj Beechook interrogera la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, sur des plaintes visant des responsables de la Financial Services Commission, tandis que Kaviraj Rookny reviendra sur le cas de Banco Valor International Ltd, en mettant l'accent sur les procédures de vérification (due diligence). Ludovic Caserne, pour sa part, interrogera le ministre de la Fonction publique et des réformes administratives, Raj Pentiah, sur les efforts de numérisation de l'administration publique, en particulier les mesures visant à réduire l'utilisation du papier.
Deux projets de loi à la loupe
En fin de séance, l'attention se tournera vers deux textes législatifs : le Certificate of Character Bill et le National Research and Innovation Institute Bill. Le premier vise à réformer en profondeur le système des certificats de moralité, avec des enjeux importants en matière de réhabilitation des individus et d'accès à l'emploi. Le second entend structurer et renforcer l'écosystème de la recherche et de l'innovation à Maurice à travers la mise en place d'un cadre institutionnel renouvelé.
Le National Research and Innovation Institute Bill prévoit ainsi la création d'un organisme centralisé dédié à la recherche et à l'innovation, tout en abrogeant la Mauritius Research and Innovation Council Act pour la remplacer par une législation plus adaptée aux défis actuels.
Cette nouvelle institution aura pour mission de promouvoir la recherche scientifique, de stimuler l'innovation et de soutenir l'élaboration de politiques publiques fondées sur des données probantes. Elle sera également appelée à mener des recherches ciblées sur les priorités nationales, à coordonner les différents acteurs du secteur et à accompagner la transition de Maurice vers une économie plus résiliente, compétitive et fondée sur le savoir. Ces projets de loi seront débattus puis soumis au vote.