Sénégal: Bande verte de Yoff - Des familles réclament la régularisation de terres occupées depuis des générations

Pendant des décennies, une antenne de navigation aérienne, sous l'appellation VOR, a empêché des dizaines de familles de régulariser juridiquement leurs terres à Yoff. L'équipement a été déplacé, levant ainsi l'obstacle. Pourtant, les dossiers déposés auprès de l'administration restent sans réponse.

Il s'agit d'un dossier latent depuis plusieurs décennies dans l'un des quartiers les plus stratégiques de Dakar. Dans la zone dite « Bande Verte », en périphérie immédiate de l'ancien aéroport international Léopold Sédar Senghor de Yoff, des familles sénégalaises revendiquent, de génération en génération, des droits coutumiers sur des terres occupées par héritage.

Longtemps bloquées par les contraintes aéroportuaires, elles montent aujourd'hui au créneau pour réclamer une régularisation qu'elles jugent légitime et trop longtemps différée. C'est Matar Diène, représentant du collectif de ces familles, qui a pris la parole au nom des ayants droit. Dans un communiqué adressé à la presse et aux autorités, il décrit une situation figée : des terres occupées de manière coutumière, des dossiers administratifs déposés en bonne et due forme, mais aucune réponse à ce jour de la part des services compétents.

Le VOR : une contrainte technique majeure

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Pour comprendre cette situation, il faut revenir au rôle du VOR. Cet acronyme désigne un système de navigation aérienne (Very High Frequency Omnidirectional Range), constitué d'une antenne au sol émettant des signaux radio permettant de guider les avions lors des phases d'approche et d'atterrissage. Sa présence à proximité de l'aéroport de Yoff imposait une vaste zone de servitude : un périmètre protégé dans lequel toute construction était interdite ou strictement encadrée afin d'éviter les interférences avec les signaux de navigation.

Ainsi, tant que le VOR était en place, les familles de la Bande Verte ne pouvaient ni construire légalement ni obtenir de titre foncier. Cette contrainte les a maintenues pendant des décennies dans une impasse juridique : leurs droits coutumiers n'étaient pas contestés, mais aucune formalisation n'était possible. Ni titre, ni bail, ni autorisation de construire une situation d'entre-deux qui s'est transmise de génération en génération.

Un verrou levé, des attentes persistantes

Le contexte a toutefois évolué. L'emprise de l'aéroport a été réduite et le VOR déplacé vers un autre site, supprimant les principales contraintes techniques et réglementaires. Fort de ce changement, le collectif a engagé une procédure de régularisation par voie de bail, en déposant les dossiers requis conformément aux règles administratives en vigueur.

« Notre démarche est claire : contribuer à une solution juste, encadrée et bénéfique pour l'intérêt général », souligne le collectif. Au-delà de la revendication foncière, les familles mettent en avant plusieurs enjeux : la sécurisation juridique des terres, la réduction des tensions sociales, la valorisation économique de terrains aujourd'hui sous-exploités et un aménagement urbain maîtrisé dans une zone à fort potentiel. Elles formulent trois demandes principales : l'accélération du traitement des dossiers, la mise en place d'un cadre transparent de régularisation et l'application du principe d'équité avec d'autres situations similaires déjà régularisées à Dakar.

Un signal adressé à l'État

Au-delà du cas de Yoff, cette situation illustre une problématique récurrente dans la gestion du foncier urbain à Dakar : lorsque les contraintes liées aux infrastructures publiques disparaissent, les blocages administratifs, eux, persistent souvent. La Bande Verte en est une illustration : l'obstacle technique a été levé, mais la réponse administrative tarde encore. Le collectif affirme privilégier le dialogue plutôt que la confrontation. Reste désormais à l'État de répondre à des dossiers qui, selon les familles concernées, attendent depuis trop longtemps.

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