L'histoire commence au début de 2021, dans les hauteurs de Chamarel. La famille Jacob, propriétaire d'un terrain divisé entre trois enfants, y possède un chalet sur l'un d'entre eux. Un couple étranger demande à s'y installer temporairement et la famille Jacob accepte ; l'arrangement est simple et informel : Rs 60 000 par mois pour couvrir toutes les charges, notamment l'eau, l'électricité, l'internet et l'entretien. Pas de bail signé. Pas de contrat.
Sébastien Jacob, l'un des propriétaires, nous raconte que lors de la première année, tout se passe sans encombre. Les occupants, explique-t-il, vont même jusqu'à proposer des améliorations dans la maison pour leur confort durant leur séjour - des rénovations et l'installation d'une piscine chauffée. Sébastien Jacob ajoute que si la famille est réticente dans un premier temps, elle finit par accepter face à l'insistance des occupants : «Nous n'étions pas d'accord pour avoir des entretiens et dépenses supplémentaires. Mais ils ont insisté que ce serait à leurs frais. »
Cependant, la situation bascule, explique Sébastien Jacob, lorsqu'il découvre que la maison est sous-louée via Airbnb sous le nom de «Piton Lodge», et où des chambres sont proposées à la location : «J'ai appelé mon frère pour vérifier s'il avait mis la maison en location. Ce dernier n'était au courant de rien. » Sébastien Jacob insiste sur ce point : « À aucun moment, nous n'avons autorisé une sous-location commerciale. » Face à cette situation, explique Sébastien Jacob, les occupants refusent alors de payer les charges. En mai 2024, l'accès à l'électricité et à l'eau est de ce fait interrompu. Les occupants saisissent alors la Cour suprême. Leurs demandes : interdire aux propriétaires l'accès aux lieux, obtenir un raccordement direct en eau et en électricité auprès de la Central Water Authority et du Central Electricity Board, et être autorisés à ériger une clôture à leurs propres frais.
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Dans un jugement interlocutoire (2025 SCJ 532) rendu le 14 novembre 2025, le juge rejette l'ensemble de la demande, avec dépens. Sa conclusion : faute de bail écrit, les occupants n'étaient que de simples licensees - titulaires d'une autorisation précaire d'occupation, révocable. Ils avaient en outre violé cette licence en sous-louant la propriété sans consentement, en cessant tout paiement, et ne pouvaient se prévaloir d'aucun droit de rétention sur les lieux. Sur la demande de compteurs directs, le juge précise que le Central Electricity Board ne peut intervenir sur un terrain privé sans l'accord de son propriétaire.
Le juge explique dans ses conclusions : « In the light of the affidavit evidence before me, I find that the applicants have failed to establish on a balance of probabilities that they have a clear legal right that needs to be urgently protected [...] the balance of convenience clearly lies in favour of not granting the injunctive reliefs prayed for by the applicants.» Les questions de fond seront quant à elles tranchées dans le cadre de la procédure principale, engagée par les propriétaires pour expulsion et dommages.
Sébastien Jacob résume ces trois ans d'une épreuve qui a pesé sur toute sa famille : « Mes parents sont vieux. Cela les avait beaucoup fatigués, en particulier mon père, âgé de 95 ans, qui est une personne intègre. Il nous a transmis ce terrain acquis après une vie entière de dur labeur. »
Depuis le départ des occupants, explique-t-il, partis avec un camion chargé de leurs effets personnels, il confie : « C'est un énorme soulagement. » À la question de vidéos sur les réseaux sociaux susceptibles de nuire à son image, il ne s'en émeut pas : « Je n'en fais pas grand cas. Je me connais moi-même. Et Dieu sait qui je suis. Puis, comme le dit le proverbe : les chiens aboient, la caravane passe. » Aujourd'hui, Sébastien Jacob a tourné la page : « C'est dommage que certains étrangers exploitent les Mauriciens. Mais tout cela est derrière moi aujourd'hui. »