Des rues parfois étroites, des maisons multicolores, un parfum d'herbes mouillées flottant dans l'air et les cris d'enfants qui résonnent dans la résidence : à Malherbes, l'ambiance est vivante, chaleureuse, presque familière. Derrière ce décor animé se cache pourtant une histoire riche, marquée par les grandes étapes du développement social et urbain du pays.
Travailleur social de la région depuis 35 ans, François Antonio connaît chaque pan de mémoire de cette cité emblématique. Pour lui, Malherbes est avant tout une terre ouvrière. «Malherbes est une cité ouvrière. Elle a été construite après les cyclones Carol et Alix, dans la même mouvance que la résidence Atlee. Ce sont les premières cités qui ont émergé», explique-t-il.
L'histoire du quartier se dessine en plusieurs phases. La première correspond à la cité CHA, plus connue sous le nom de Longtile. «C'est la première région où la cité a émergé et, à ce jour, elle est toujours occupée», souligne-t-il. Ces premières maisons, construites dans les années 1960, ont été livrées vers 1968, offrant alors un toit à de nombreuses familles modestes.
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Les nouvelles habitations n'attendent plus que leurs nouveaux résidents.
Puis vint Malherbes 2, une nouvelle étape dans l'évolution du quartier. «Les maisons sont devenues à étage. C'était après les cyclones Claudette et Gervaise. Elles ont été construites en 1976 et livrées en 1980», raconte François Antonio. Ce changement architectural traduisait déjà une volonté de moderniser l'habitat social.
Une troisième phase a ensuite vu naître les habitations dites low cost, surnommées à l'époque les «boîtes d'allumettes» : de petites maisons conçues pour être agrandies en étage selon les besoins des familles.
Aujourd'hui, Malherbes s'apprête à écrire un nouveau chapitre. La phase 4 - les maisons du programme New Social Living Development (NSLD) sont déjà visibles et achevées sur le plan extérieur. Il reste toutefois les raccordements essentiels avant leur remise. «Je pense que ce n'est qu'une question de temps. D'ici trois à quatre mois, elles devraient être remises à leurs propriétaires», estime Francois Antonio.
Une cité forgée par la détermination de ses habitants
À Malherbes, la plus grande richesse ne se mesure ni en bâtiments ni en infrastructures, mais dans la résilience de ses habitants. Ici, rien n'a été facile: chaque amélioration a été obtenue au prix d'efforts constants et d'une mobilisation collective.
«Rien ne nous a été donné gratuitement. On nous pointait du doigt en parlant des enfants de ghettos. Mais nous nous sommes battus pour obtenir un chemin asphalté, la fourniture d'eau ou encore un terrain de football», raconte François Antonio.
Grâce à une volonté de fer et à leur persévérance, les habitants ont su faire avancer et améliorer leur système de transport au fil des années.
Depuis les années 1960, cette mobilisation n'a jamais faibli. Aujourd'hui, Malherbes dispose d'Internet, d'un transport urbain et de meilleures infrastructures.
Autrefois, la situation était bien différente. Les taxis refusaient souvent d'entrer dans la cité en raison de l'état des routes ou du manque d'éclairage.
Au-delà des infrastructures, Malherbes s'est aussi distinguée par la réussite de ses enfants. Parmi eux figurent l'avocat Erickson Mooneapillay, le boxeur Richard Sunee, sa fille Alison Sunee, championne d'haltérophilie, le footballeur Christopher Perle, et l'ancien ministre des Sports Stephan Toussaint.
Pour François Antonio, cette réussite collective repose aussi sur le rôle de nombreux habitants restés dans l'ombre. «Beaucoup ont travaillé pour faire de Malherbes ce qu'elle est aujourd'hui.» Une cité fière, debout et tournée vers l'avenir.
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Les défis : le centre MUGA fermé cristallise frustrations et attentes
Plusieurs habitants estiment que les difficultés sociales se sont accentuées au fil des années. Entre toxicomanie en hausse, délinquance juvénile, fragilité des familles et manque d'espaces de loisirs, les attentes se tournent aujourd'hui vers des solutions concrètes.
François Antonio dresse un constat préoccupant et insiste sur un point clé : le rôle des parents. «Les parents ne doivent pas se décharger de leurs responsabilités. Dans les années 70, un enfant de 9 à 12 ans ne traînait pas dehors tard le soir», rappelle-t-il.
Dans cette région plusieurs personnes seraient confrontées à des problèmes de dépendance, selon des estimations locales. Pour François Antonio, la priorité réside dans la prévention et la réhabilitation. Il souligne un manque d'encadrement chez certains jeunes, même si d'autres parviennent à rester actifs grâce au sport, aux scouts ou à des activités éducatives.
Autre sujet d'inquiétude : la situation de certaines jeunes mères. Malgré l'aide associative existante, un accompagnement familial et social renforcé apparaît nécessaire. Les contraintes économiques obligent en outre de nombreux parents à travailler tard, limitant leur disponibilité auprès des enfants.
Le centre MUGA symbolise les attentes non comblées en matière de loisirs et d'accompagnement social.
Cependant, c'est surtout la fermeture du centre MUGA qui cristallise les frustrations. Conçu comme un espace sportif de proximité, il reste inaccessible depuis plusieurs mois.
François Antonio estime que le projet n'a pas suffisamment pris en compte les réalités locales. Certaines activités proposées auraient été trop coûteuses pour de nombreuses familles.
Lancé en 2017, achevé en 2021 puis inauguré en 2024, le centre aurait souffert du délai entre sa construction et son ouverture. Des équipements auraient été endommagés par les intempéries avant même leur utilisation. Des discussions seraient en cours pour réhabiliter le site.
D'ailleurs, des habitants déplorent un manque de dialogue avec les autorités. Ils évoquent notamment d'anciennes demandes pour une petite garderie destinée à soutenir les jeunes mères, ainsi qu'un espace sécurisé pour déposer les appareils ménagers hors d'usage avant leur collecte.
[Baz Manze] Saveurs populaires : Les snacks qui font rayonner Malherbes
La gastronomie de proximité fait partie intégrante du quotidien et attire bien au-delà du quartier. Parmi les adresses les plus connues figure le Snack Mike, devenu incontournable pour les amateurs de cuisine locale. Des clients venus de toute l'île s'y rendent pour savourer mines bouillis, frites, boulettes et autres spécialités.
Le Snack Mike et le Snack Kong figurent parmi les adresses emblématiques qui participent à la renommée de Malherbes.
L'affluence est telle que la circulation est souvent dense aux abords du commerce.
Dans l'ancien Malherbes, le Snack Kong reste également une adresse prisée, où résidents et visiteurs partagent des repas simples dans une ambiance conviviale.
Prévention, proximité et accompagnement
À Malherbes, les habitants souhaitent voir reculer l'alcoolisme, la drogue et la délinquance juvénile. François Antonio plaide pour une approche axée sur la proximité et l'accompagnement.
François Antonio plaide pour plus de dialogue avec les familles surtout autour des fléaux qui guettent les jeunes.
Selon lui, l'accès aux centres de désintoxication demeure compliqué pour de nombreuses familles. «Si une personne veut intégrer un centre, elle doit se rendre à Terre-Rouge, ce qui n'est pas évident», souligne-t-il.
Il propose la mise en place de structures locales, notamment via des dispensaires, afin de mieux informer et accompagner les familles.
Les objectifs sont d'aider les parents à mieux comprendre les méfaits de la drogue, détecter les signes de dépendance et renforcer la sensibilisation. Il plaide pour qu'il y ait un centre d'information pour réorienter les familles vers un service d'écoute.