L'affaire dite « Farba Ngom » pourrait être inscrite dans la lignée des grandes controverses politico-judiciaires qui jalonnent l'histoire récente du Sénégal. Elle mêle, soupçons de criminalité financière, rivalités politiques, batailles procédurales et rebondissements spectaculaires, jusqu'à une issue qui, elle-même, a surpris.
Mouhamadou Ngom, plus connu sous le nom de Farba Ngom, est un député à l'Assemblée nationale et maire des Agnam, dans le nord du pays, il est surtout réputé pour avoir été l'un des plus fidèles soutiens de l'ancien président Macky Sall.
Homme d'affaires, doté d'un réseau politique et financier, il s'est imposé comme l'acteur principal du dispositif politique de l'Alliance pour la République (APR). Cette proximité avec le pouvoir d'hier explique en partie la portée symbolique de son arrestation, intervenue dans un contexte de recomposition politique marqué par l'arrivée au pouvoir des nouvelles autorités.
L'affaire Farba Ngom éclate dans le cadre d'enquêtes menées par le Pool judiciaire financier (PJF), organe spécialisé dans la lutte contre la délinquance économique.
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Le député-maire est inculpé pour des faits particulièrement graves, notamment blanchiment de capitaux, association de malfaiteurs et complicité d'escroquerie portant sur des deniers publics.
Les montants évoqués donnent à l'affaire une grande dimension. Les flux financiers suspectés atteindraient plus de 125 milliards de francs CFA, dans un système de transactions jugées opaques.
Ces accusations ont immédiatement conféré à l'affaire une dimension nationale, tant elles touchent à la gestion des ressources publiques.
Farba Ngom est placé sous mandat de dépôt le 27 février 2025, marquant le début d'une détention provisoire contestée.
Dès les premières semaines, ses avocats dénoncent une procédure qu'ils jugent irrégulière, évoquant des atteintes aux droits de la défense.
Malgré plusieurs demandes de mise en liberté provisoire, la justice refuse dans un premier temps d'accéder à ces requêtes. En octobre 2025, la Chambre d'accusation confirme le maintien en détention, tout en ordonnant son transfert dans une structure hospitalière en raison de son état de santé.
Cette dimension médicale va devenir un élément central du dossier. Des expertises évoquent une incompatibilité entre son état de santé et la détention, alimentant un débat public intense et politisé.
Très rapidement, l'affaire dépasse le strict cadre judiciaire. Ses partisans dénoncent une instrumentalisation de la justice, estimant que Farba Ngom est ciblé en raison de sa proximité avec l'ancien régime. De leur côté, les autorités judiciaires soutiennent agir dans le cadre d'une lutte rigoureuse contre la corruption.
L'Alliance pour la République condamne son incarcération, qu'elle qualifie d'« injuste », y voyant une dérive de l'État de droit. Parallèlement, des comparaisons avec d'autres co-inculpés viennent nourrir la polémique. Certains obtiennent une liberté provisoire sous caution, tandis que Farba Ngom reste en prison, ce qui alimente les accusations de traitement différencié.
En février 2026 l'Assemblée nationale vote la levée de son immunité parlementaire, à une large majorité (108 voix pour, 21 contre), dans le cadre de l'enquête sur la découverte de téléphones portables et de clés USB dans sa cellule à la Maison d'arrêt du Pavillon spécial. Cette décision intervient à la suite d'une demande du ministère de la Justice et permet à la justice de poursuivre les investigations sans obstacle lié à son statut de député.
Dans une décision rendue en avril 2026, la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Dakar annule l'ensemble de la procédure judiciaire, notamment les procès-verbaux d'enquête et les réquisitoires du parquet.
Cette décision révèle les tensions profondes entre parquet et juridictions d'instruction, dans un contexte où les questions de légalité procédurale deviennent centrales.
Hier, 28 avril 2026, la Cour suprême rejette le recours du parquet général, consacrant ainsi la libération définitive de Farba Ngom .
Entre son incarcération en février 2025 et cette décision, il aura passé environ quatorze mois en détention provisoire, une durée qui a largement contribué à la médiatisation de l'affaire. Entre accusations, détention prolongée, controverses médicales, annulation judiciaire et libération finale, ce dossier aura connu toutes les péripéties d'un feuilleton judiciaire à haute intensité.
Sa sortie de prison, marquée par une forte mobilisation de ses soutiens, clôt juridiquement une phase du dossier, sans pour autant éteindre les interrogations qu'il a suscitées.