Élus le 4 mai 2025 face à la vague de l'Alliance du changement, trois voix dissidentes dressent un premier bilan marqué par des contraintes financières, des frustrations politiques et une volonté intacte de servir.
Un an après les élections municipales de 2025, le contraste reste saisissant. Ce scrutin avait vu l'Alliance du changement dominer largement avec 117 sièges remportés dans les cinq villes du pays -- Port-Louis, Beau-Bassin/ Rose-Hill, Vacoas/Phoenix, Curepipe et Quatre-Bornes. Face à cette vague, seuls trois « outsiders » avaient réussi à se faire élire : Patrick Belcourt (En Avant Moris), Ajay Teerbhoohan (indépendant) et Ashwin Dookhun (Reform Party).
Douze mois plus tard, leurs réactions traduisent une réalité faite de frustrations, de solitude politique, mais aussi d'une détermination intacte.
Ajay Teerbhoohan : « Beaucoup à dire »
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À Port-Louis, Ajay Teerbhoohan, élu en tête dans le Ward 8 avec 1 501 voix, choisit pour l'instant le silence. Une posture qui intrigue, lui qui avait pourtant créé la surprise en battant des candidats de l'Alliance du changement. Le coiffeur, connu pour son symbole du peigne lors de la campagne, explique qu'il préfère temporiser. Il confie simplement avoir « beaucoup à dire » sur cette première année de mandat, mais souhaite « prendre le temps de bien préparer son bilan ».
Une réaction courte mais lourde de sens, qui laisse présager des révélations ou critiques plus structurées dans les jours à venir. Il promet en tout cas de « s'exprimer cette semaine de façon complète sur ce qu'il a accompli en un an ».
Ashwin Dookhun : «On n'arrive à rien bouger»
À Vacoas/Phoenix, Ashwin Dookhun ne mâche pas ses mots. Élu avec 1 930 voix, il dresse un constat amer de cette première année. « Il est vrai que j'ai été élu il y a un an. Mais ma vie n'a pas vraiment changé. J'étais déjà conseillé et maire dans le passé », lance-t-il.
Très vite, il pointe du doigt ce qu'il considère comme le principal blocage : le manque de moyens : « Ce qui est chagrinant, c'est que malgré l'entente cordiale entre les conseillers du gouvernement, faute de finances, nous n'arrivons pas à faire bouger les choses dans les mairies. »
Face à cette inertie, il s'est tourné vers des actions personnelles : « Je suis toujours dans le social. J'organise des tournois de foot et de pétanque et j'aide aussi le troisième âge avec des appareils de tension et de diabète.» Mais il insiste : «Ça, c'est personnel, rien à voir avec la mairie. »
Sur son bilan institutionnel, il se montre lucide, presque désabusé : « Mes réalisations au niveau de la mairie, je ne vais pas dire grand-chose. »
Son regret est sans détours : « Étant conseiller élu, en tant que membre de l'opposition, je n'arrive pas à satisfaire mes mandants. Voilà mon regret. »
Malgré cela, il refuse de baisser les bras : « Je serai toujours à l'écoute de mes mandants. Je ferai de mon mieux pour aider les gens du quartier. »
Et il lance un appel au gouvernement central : « J'espère qu'ils viendront vite avec un projet de loi pour donner plus d'autonomie aux mairies. »
Patrick Belcourt : «Je ne fais pas de la figuration»
À Beau-Bassin/Rose-Hill, Patrick Belcourt affiche une posture plus offensive. Élu en tête de liste avec 2 186 voix, il revendique un engagement constant malgré son isolement politique. « Ce qui a changé, c'est l'intensité de mon quotidien, mais pas mon engagement », affirme-t-il. «Chaque jour, je mesure le poids de cette responsabilité.» Il insiste sur sa proximité avec les citoyens : «Une ville se gère sur le terrain, aux côtés des citadins, et pas depuis un bureau fermé.» Seul représentant de son parti au conseil, il refuse toute marginalisation : « Même si je suis le seul élu, je ne fais pas de la figuration.» Il détaille son action : «J'agis concrètement à travers deux comités stratégiques : les finances et la santé publique. C'est là que je défends les dossiers prioritaires des habitants. » Et lorsqu'il se heurte à des blocages : « Je n'hésite jamais à franchir l'étape supérieure en sollicitant directement les ministères.»
Son ton se fait plus affirmé lorsqu'il évoque ses réussites : «Mon plus grand succès, c'est d'avoir été la voix des citadins au quotidien, pas uniquement les jours de conseil municipal.» Il met surtout en avant une victoire budgétaire : « Ma plus grande fierté, c'est d'avoir fait grimper l'enveloppe pour les artistes et les sportifs. On est passé de Rs 100 000-200 000 à Rs 3-4 millions.»
Mais il n'épargne pas ses collègues : «Mon plus grand regret, c'est de constater à quel point l'ego de certains conseillers peut freiner toute une ville. Certains semblent oublier la raison même de leur présence ici : servir les citoyens.» Enfin, il élargit son analyse à son parti : «Nous avons brisé un plafond de verre. Aujourd'hui, nos idées sont écoutées avec plus de sérieux. Les citoyens veulent une autre façon de faire de la politique.» Un an après leur élection, ces trois outsiders livrent donc des réactions marquées par la franchise. Entre « rien à bouger», «beaucoup à dire» et «je ne fais pas de la figuration», leurs mots traduisent à la fois les limites du système municipal actuel et leur volonté de continuer à exister politiquement, malgré une majorité qui laisse peu de place à la contradiction.
Un mandat écourté, un engagement intact pour Gabriella Batour
Un an après les élections municipales du 4 mai 2025, Gabriella Batour dresse un bilan contrasté de son passage à la tête de la ville. « Ma vie a complètement changé », confie-t-elle. « Être au service de la ville où j'ai grandi a été un honneur immense. » Elle insiste sur son engagement : «J'ai été présente à chaque instant, à l'écoute des citoyens, avec humilité. »
Parmi ses réalisations phares, la relance de la rénovation du théâtre de Plaza : « C'était essentiel de redonner vie à ce patrimoine et de le repositionner sur la scène internationale. » Elle évoque aussi des avancées sociales, notamment « l'autonomisation des femmes » et les campagnes contre les violences de genre.
Mais certains projets restent en suspens. « Il y a des choses que je laisse derrière moi », reconnaît-elle. Parmi elles, un ambitieux programme d'énergie renouvelable, avec un partenariat envisagé avec la ville chinoise de Changzhou : «Nous travaillions sur des projets de panneaux photovoltaïques pour les familles vulnérables. J'espère que mon successeur pourra les concrétiser. »
Malgré sa démission, Gabriella Batour reste engagée : « Le travail continue, autrement, mais toujours au service des citoyens. »