Dakar — L'ONG Horizon Sans Frontières appelle à diligenter une enquête indépendante et coordonnée à l'échelle du Sahel, portant sur le sort des migrants portés disparus entre le Mali, le Niger et les zones sous emprise des groupes armés.
"Horizon Sans Frontières appelle les États africains, les organisations régionales et les partenaires internationaux à diligenter une enquête indépendante et coordonnée à l'échelle du Sahel. Il s'agit d'établir la vérité : identifier les profils des combattants, retracer les parcours migratoires interrompus, comprendre les mécanismes d'enrôlement volontaires ou forcés", écrit son président, Boubacar Sèye, dans un communiqué parvenu à l'APS.
"Poser ce débat, c'est donner une voix aux disparus. C'est refuser que ces trajectoires humaines soient englouties dans le silence. Et c'est affirmer qu'aucune stratégie de paix et de sécurité ne sera durable si elle ne prend pas en compte la réalité des routes migratoires et les drames qui s'y jouent", soutient M. Sèye, consultant et chercheur en migrations internationales.
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Selon le président de l'ONG Horizon sans Frontières, ignorer le "lien possible entre migration irrégulière et enrôlement armé, c'est risquer de passer à côté d'une dimension essentielle de la crise sahélienne".
Il note que les témoignages recueillis par l'ONG "laissent entrevoir des schémas alarmants : enlèvements suivis d'extorsions, familles contraintes de payer pour espérer revoir leurs proches, et, dans les cas les plus tragiques, disparition totale des victimes".
"Nous recevons régulièrement des appels de parents sans nouvelles de leurs fils, de leurs frères, disparus mystérieusement entre le désert et les zones de transit du Sahel. Des silences longs, inquiétants, souvent précédés de récits fragmentés : interceptions par des groupes armés, enlèvements, demandes de rançons, violences. Puis plus rien", ajoute-t-il.
"Face à cette réalité, poursuit-il, une interrogation s'impose, dérangeante mais nécessaire : qui sont réellement les hommes qui combattent aujourd'hui au sein des groupes djihadistes au Mali ? Sont-ils tous des combattants idéologiquement engagés ? Ou certains d'entre eux seraient-ils ces migrants en devenir, capturés, brisés, puis enrôlés de force dans des logiques de guerre qui ne sont pas les leurs ?"
Boubacar Sèye considère que les routes migratoires irrégulières "sont devenues des espaces de non-droit où prospèrent des réseaux criminels aux multiples visages : passeurs, trafiquants, milices armées".
"Dans ces zones grises, la frontière entre migration et conflit s'efface dangereusement. Ceux qui cherchaient un avenir peuvent se retrouver piégés dans des circuits de violence extrême", conclut le président de l'ONG Horizon Sans Frontières.