Afrique centrale - Accalmie terroriste, enracinement stratégique des groupes armés

Derrière la baisse globale des attaques, une mutation silencieuse redessine les équilibres sécuritaires et économiques de la sous-région.

La baisse enregistrée par le Global Terrorism Index 2026 pourrait laisser croire à un reflux durable de la menace terroriste. Pourtant, en Afrique subsaharienne, et par ricochet en Afrique centrale, la réalité est plus ambivalente : moins d'attaques, mais des groupes mieux implantés, plus structurés et désormais intégrés aux dynamiques locales de pouvoir.

Selon l'indice, les décès liés au terrorisme ont chuté de 28 % en 2025, tandis que les attaques ont reculé de 22 %. Une tendance en partie portée par le Sahel, notamment le Burkina Faso. Mais cette amélioration statistique masque une transformation stratégique profonde : les groupes armés ne disparaissent pas, ils se recomposent. Ils passent d'une logique d'actions spectaculaires à une stratégie de contrôle territorial, d'influence sociale et d'ancrage économique. Cette mutation a des implications directes pour l'Afrique centrale, zone historiquement moins exposée que le Sahel, mais de plus en plus vulnérable aux effets de diffusion. Le Nord du Cameroun, frontalier du Nigeria, reste sous pression de Boko Haram, tandis que l'Est de la République démocratique du Congo demeure une zone critique avec la prolifération de groupes armés.

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La porosité des frontières et la faiblesse des capacités étatiques facilitent cette extension. Le basculement est d'autant plus préoccupant qu'il redéfinit la nature même de la menace. Comme le souligne l'analyste Alidou Werem, ces groupes « ne sont plus simplement des acteurs violents ; ils deviennent des puissances locales intégrées ».

Autrement dit, ils administrent, taxent, recrutent et s'insèrent dans les économies informelles. Cette hybridation entre criminalité, gouvernance parallèle et idéologie radicale complexifie les réponses sécuritaires classiques. Sur le plan géostratégique, cette évolution fragilise les corridors économiques d'Afrique centrale, notamment ceux reliant les zones portuaires du golfe de Guinée aux hinterlands enclavés. L'insécurité persistante affecte les flux commerciaux, renchérit les coûts logistiques et dissuade les investissements, dans une région déjà confrontée à des déficits structurels d'infrastructures.

Par ailleurs, cette recomposition intervient dans un contexte de contraction de l'aide internationale et de redéfinition des priorités sécuritaires des partenaires occidentaux. Ce désengagement relatif ouvre un espace à de nouveaux acteurs, privés ou étatiques, et pousse les États d'Afrique centrale à repenser leurs modèles de coopération sécuritaire. Face à cette menace diffuse, plusieurs leviers apparaissent stratégiques. D'abord, renforcer la coopération régionale en matière de renseignement et de contrôle des frontières. Ensuite, investir dans le développement local, notamment dans les zones périphériques, afin de réduire l'attractivité des groupes armés. Enfin, intégrer pleinement la dimension économique dans les stratégies de sécurité : lutte contre les trafics, formalisation des économies locales et sécurisation des chaînes de valeur.

En définitive, la baisse du terrorisme en Afrique ne doit pas être interprétée comme une victoire, mais comme une transition. En Afrique centrale, l'enjeu n'est plus seulement de contenir la violence, mais d'empêcher son enracinement durable dans les structures sociales, économiques et territoriales. Une bataille de long terme, où sécurité et développement sont désormais indissociables.

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