Ile Maurice: Un jeune de 27 ans décède en cellule, sa famille réclame justice et vérité

Jeff Axel Perrine (photo), âgé de 27 ans et résidant à Résidence Rose, Notre-Dame, Montagne-Longue, a été retrouvé mort dans sa cellule, à la prison centrale de Beau-Bassin, le vendredi 1eᣴ mai. Assis sur son lit, le visage penché vers le sol, un morceau de papier dans la main droite.

Le médecin de la prison a constaté le décès à 8 h 33 le vendredi 1eᣴ mai et à 13h34, son décès a été signalé à la police de Barkly. Plusieurs officiers et intervenants étaient présents sur les lieux, incluant un assistant surintendant de police, un inspecteur, ainsi qu'une équipe du Scene of Crime Office, composée d'un photographe et d'un dessinateur technique. Des agents ont également été déployés pour sécuriser la zone et surveiller le corps.

Le corps a ensuite été transféré à la morgue du Princess Margaret Orthopaedic Centre de Candos, sur instruction du Dr Shaila Prasad Jankee, médecin principal. Elle a effectué l'autopsie le même jour à 18 heures à la morgue de l'hôpital Candos, en présence d'un officier de police. Elle a conclu que le décès est dû à un oedème cérébral et pulmonaire. Aucune suspicion d'acte criminel n'a été relevée. L'heure de la mort serait établie vers 19 heures, la veille (30 avril). Le corps a été remis à la famille pour les funérailles. Des analyses toxicologiques sont toujours en cours afin de déterminer si d'autres facteurs ont pu provoquer la mort de Jeff Axel Perrine.

Le défunt purgeait une peine d'un an d'emprisonnement prononcée par le tribunal de Pamplemousses pour un cas de vol. Sa libéra- tion était prévue le 24 mai 2026.

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«Est-ce qu'un mort peut prendre un thé ?»

Marie Joyceline Perrine soulève par ailleurs un point sensible dans cette affaire. Des photographies de la dépouille de son fils ont circulé sur les réseaux sociaux. Sur ces images «particulièrement choquantes», Marie Joyceline Perrine affirme voir «des coupures et des traces ressemblant à des hématomes».

Elle s'est confiée à l'express en ces termes : « Effectivement, le médecin légiste qui a fait l'autopsie m'a dit que c'est tout à fait normal qu'il y ait des coupures sur son corps. D'accord, donnons-lui le bénéfice du doute. Mais comment se fait-il que, d'après le rapport du médecin légiste, mon fils soit décédé le 30 avril à 19 h 30, alors que, selon le Welfare de la prison, mon fils était toujours bel et bien vivant le 1eᣴ mai ? Il a même pris son thé ce matin-là, ce que m'a également confirmé la police de Barkly. Et d'après les informations que j'ai pu recueillir, il a été retrouvé avec sa tasse de thé à ses côtés. Est-ce qu'un mort peut prendre un thé ? »

Selon le Dr Sudesh Gungadin, chef du département médico-légal de la police, « c'est tout à fait normal d'avoir des coupures sur un corps après une autopsie. Nous faisons des incisions, notamment au niveau de l'abdomen, de la jambe et du dos, pour vérifier la présence de sang coagulé. »

Nous nous sommes entretenus avec Me Satyajit Boolell, Senior Counsel et président de la National Human Rights Commission (NHRC), qui explique que le cas sera référé à la commission et qu'un rapport sera soumis par le Commissaire des prisons. « Indépendamment de ce rapport, nous mènerons notre propre enquête et une enquête judiciaire sera instituée. Nous fournirons des informations concrètes et pertinentes concernant cette affaire. »

Par ailleurs, le Commissaire des prisons, Rashild Ali Beekun, nous indique que toutes les procédures ont été respectées dans cette affaire. « Le rapport du médecin légiste a révélé qu'il n'y a pas eu de foul play. J'ai informé la NHRC et une enquête judiciaire sera menée comme dans les cas précédents. »

Me Sanjeev Teeluckdharry, qui représente la mère du défunt, s'est rendu à la NHRC afin de faire une déposition. Il a ensuite expliqué que sa cliente n'aurait aucune objection si, après l'enquête judiciaire, le magistrat recommandait une exhumation, à condition que l'enquête ne traîne pas en longueur.

Des enquêtes interminables

Plusieurs affaires de décès en détention ont marqué l'opinion publique, mettant en lumière des zones d'ombre, des versions contradictoires et des enquêtes toujours en cours.

Le cas de John Mick Martingale, 32 ans, reste particulièrement troublant. Le dimanche 8 septembre 2024, il est retrouvé mort, pendu aux barreaux de la lucarne de sa cellule à la prison de Beau-Bassin. La veille, soit le 7 septembre, cinq officiers avaient effectué une fouille dans sa cellule, située à la «Segregation Unit», dans le cadre d'une recherche de téléphone portable. Depuis, l'enquête judiciaire, toujours en cours, a révélé plusieurs incohérences dans les témoignages des gardiens de prison, alimentant les doutes autour des circonstances exactes de sa mort.

Autre affaire marquante : celle d'Andy Selmour, âgé de 33 ans, décédé le 9 décembre 2025 à la prison de haute sécurité de Melrose. L'enquête a établi qu'il a été agressé à plusieurs reprises au cours de la journée. Après une première attaque, il aurait été déplacé par d'autres détenus vers un autre endroit de la cour, avant d'être laissé au sol. Il a finalement été conduit à l'unité médicale, où il a été placé dans une cellule après qu'il s'est plaint de douleurs et que son état s'est détérioré. Ce drame, particulièrement violent, a soulevé de sérieuses questions sur la sécurité et la surveillance en milieu carcéral.

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