Au Soudan du Sud, une tragédie humanitaire se déroule à bas bruit, loin des regards, notamment à Akobo, au nord-est du Jonglei, près de la frontière éthiopienne. Ce sont les images choquantes de bébés extrêmement dénutris qui ont circulé ces derniers jours qui ont alerté l'opinion sur la situation à Akobo ainsi qu'à Tiergol, de l'autre côté de la frontière éthiopienne, où de nombreux Sud-Soudanais se sont réfugiés.
Prises par des journalistes locaux et publiées vendredi sur les réseaux sociaux, les images de bébés émaciés ont produit une véritable onde de choc. Comme si la gravité de la situation humanitaire dans les zones de conflit devenait réelle.
Sam Koang Malual, l'un des auteurs des clichés, dirige Akobo FM, une radio locale : « La situation à Akobo et Tiergol est extrêmement critique et des vies sont en danger. De nombreuses familles n'ont pas de quoi faire un repas par jour. Selon des témoignages recueillis sur place, des personnes meurent déjà de faim, de maladie, de diarrhée et de manque de soins médicaux. »
« Une population extrêmement vulnérable »
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Christophe Garnier, chef de mission pour Médecins sans frontières (MSF) au Soudan du Sud, confirme l'inquiétude de la communauté humanitaire concernant Tiergol, en Éthiopie, où 114 000 Sud-Soudanais se sont réfugiés après avoir fui Akobo : « On s'attend véritablement à une urgence en termes de nutrition mais pas que. En termes épidémiques aussi, avec le choléra. La population boit l'eau de la rivière, utilise les extérieurs en guise de latrines. On a affaire à une population qui a besoin de distributions alimentaires mais qui a aussi un besoin immédiat et en urgence de supports de santé mais également en termes de protections, d'abris. Donc, c'est une population extrêmement vulnérable, beaucoup de femmes, beaucoup d'enfants, qui sont globalement laissés à l'abandon. »
Une réponse humanitaire est en préparation, selon MSF. Mais l'insécurité persistante et les énormes difficultés logistiques avec le début des pluies ralentissent le travail.
Le conflit qui fait rage dans le nord du Jonglei depuis janvier entre l'armée sud-soudanaise, fidèle au président Salva Kiir, et les forces de l'opposition loyales au vice-président Riek Machar, toujours détenu à Juba, a déplacé plus de 304 000 habitants du Jonglei, dont une partie risque la famine, selon l'ONU.