Au 30 mars 2026, la dette du secteur public (gross prior to consolidation adjustment) a atteint Rs 675,4 milliards, soit 89,5 % du Produit intérieur brut (PIB) - une hausse de Rs 14,4 milliards (contre Rs 661 milliards) par rapport au montant de décembre 2025.
Ce niveau confirme que la trajectoire de la dette reste orientée à la hausse, s'inscrivant désormais dans une dynamique structurelle plutôt que conjoncturelle. Toutefois, comparée au PIB, la différence n'est que de 0,5 %, vu qu'entre les deux périodes, le PIB a augmenté de plus de Rs 10 milliards.
Depuis septembre 2025, l'évolution est particulièrement révélatrice. À cette date, la dette s'élevait à Rs 654,3 milliards. En l'espace de six mois, l'augmentation observée traduit une hausse des besoins de financement de l'État, dans un contexte marqué par des pressions budgétaires persistantes. Entre dépenses sociales soutenues, investissements publics et hausse continue des charges d'intérêts, les marges de manoeuvre restent étroites.
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La structure de cette dette met en lumière plusieurs éléments clés. En premier lieu, la dette gouvernementale, qui atteint Rs 610 milliards, constitue le noyau dur de l'endettement public. Elle reflète directement les déficits budgétaires accumulés ainsi que les besoins de refinancement de l'État, largement couverts par l'émission de titres sur le marché domestique.
Risque contingent
À cela s'ajoute la contribution non négligeable des organismes publics et des entreprises d'État. Leur endettement, souvent contracté pour financer des projets d'infrastructure ou soutenir des secteurs jugés stratégiques, vient alourdir l'encours global. Même si ces entités génèrent leurs propres revenus, leur dette demeure implicitement garantie par l'État, ce qui en fait un risque contingent significatif pour les finances publiques.
Autre caractéristique structurante : la prédominance de la dette domestique, qui s'établit à Rs 548,6 milliards. Cette orientation traduit une stratégie délibérée visant à limiter l'exposition au risque de change. Toutefois, elle n'est pas sans effets secondaires. En mobilisant fortement l'épargne locale, l'État accentue les risques d'éviction (crowding out), exerçant une pression accrue sur la liquidité bancaire et les taux d'intérêt domestiques.
Dans ce contexte, le ratio dette/PIB de 89,5 % demeure une source de préoccupation majeure. Il s'éloigne sensiblement des seuils de prudence généralement admis pour les petites économies ouvertes et soulève des interrogations quant à la soutenabilité à moyen terme. La stabilisation, voire la réduction de ce ratio, reposera nécessairement sur un double levier : une consolidation budgétaire crédible et une accélération significative de la croissance nominale.
Le gouvernement affiche l'ambition de ramener ce ratio à 75 % du PIB à moyen terme, puis à 60 % à plus long terme. Mais, au regard de la dynamique actuelle, ces objectifs apparaissent exigeants et dépendront fortement de la discipline budgétaire à venir ainsi que de la capacité de l'économie à générer une croissance plus robuste. Alors même que la gestion des principaux indicateurs économiques est sous la surveillance de l'agence de notation Moody's.
En somme, ces chiffres traduisent une réalité claire : la dette publique mauricienne a franchi un seuil critique et appelle désormais des arbitrages budgétaires plus rigoureux dans les années à venir.