Sénégal: Le chef de l'État limoge le porte-parole de la présidence sur fond de tensions avec le Premier ministre

Deux jours après un entretien fleuve avec la presse sénégalaise au cours duquel le chef de l'État a rappelé son pouvoir de remercier son Premier ministre s'il devait ne plus lui faire confiance et évoqué ses points de divergences avec les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (Pastef) au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye a limogé le porte-parole de la présidence, Ousseynou Ly, militant de la première heure du Pastef, pour le remplacer par Abdoulaye Tine, avocat et coordonnateur de la coalition Diomaye président.

Sur les réseaux sociaux, les réactions des militants du Pastef ne se sont pas faites attendre, choqués, pour certains, de voir remercié Ousseynou Ly, fidèle militant de la première heure, qui était aux côtés de Bassirou Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko lors de leur sortie de prison en mars 2024, lors de leur première conférence de presse.

« La dépastefisation de l'État commence », commente un militant, d'autres parlent de « ménage » à la tête de l'État. C'est aussi l'analyse d'Alioune Tine, militant des droits humains et défenseur de la candidature d'Ousmane Sonko en 2024 qui voit dans ce limogeage, « le premier acte du divorce » institutionnel entre les deux têtes de l'exécutif : « Diomaye moy Sonko », « Diomaye, c'est Sonko » en wolof, ce slogan de la présidentielle « est mort », assure Alioune Tine.

Se préparer « à la guerre politique » qui l'attend

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Alioune Tine qui voit dans ce limogeage du porte-parole de la présidence la suite directe des déclarations du chef de l'État samedi : à savoir que c'est lui qui a le pouvoir de nommer ou de limoger.

En nommant comme nouveau porte-parole de la présidence, Abdoulaye Tine, un avocat qui n'a rien à voir avec le Pastef, lui-même à la tête d'un petit parti membre de la coalition Diomaye président, le chef de l'État rassemble autour de lui des « fidèles », assure le journaliste et analyste Assane Samb, comme pour mieux se préparer « à la guerre politique » qui l'attend.

Le 4 mai, le Premier ministre a annoncé une prise de parole prochaine pour faire le bilan de ses deux ans au pouvoir et a au passage décerner quelques pics au chef de l'État.

Il ne s'agit que d'une ou deux phrases, mais elles n'ont pas échappées aux oreilles avisées des Sénégalais.

« La réponse du berger à la bergère »

Invité à s'exprimer par téléphone à l'occasion d'une rencontre de la jeunesse du parti, le chef du Pastef, Ousmane Sonko, a salué la vivacité de sa formation politique : « un parti de réflexion, de production d'opinion », « un parti programmatique », a-t-il dit. « Ce parti, c'est le vôtre », a assuré le Premier ministre, avant de mettre en garde la jeunesse du Pastef face à une course aux postes. « Cette bousculade du classement, moi, moi, moi », a affirmé Ousmane Sonko, « n'entrez pas dans ça », ce n'est pas l'identité du Pastef, a ajouté le Premier ministre sous un tonnerre d'applaudissements.

Une phrase perçue comme une réponse directe au chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, qui la veille, a passé de longues minutes à détailler, publiquement et pour la première fois, le rôle central qu'il a joué dans la création du Pastef. La devise « le don de soi pour la patrie » vient de moi, avait-il par exemple expliqué dans une réaffirmation inédite de son pouvoir au sein du parti et à la tête de l'État.

« C'est la réponse du berger à la bergère », analyse un observateur politique. Et de relever ce qui semble être devenu une habitude au Sénégal : la déclaration du chef de l'État est systématiquement suivie d'une sortie du Premier ministre...

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