Burkina Faso: Plus de trois millions de cas de paludisme évités au pays en 2025

Campagne de vaccination contre le paludisme (Illustration)
5 Mai 2026

Ouagadougou — Le nombre de cas de paludisme a connu une baisse record en 2025 au Burkina Faso, selon les autorités sanitaires du pays.

Robert Kargougou, ministre de la Santé, qui a récemment révélé cette information au cours d'une conférence de presse, précise que le nombre total de cas notifiés est passé de 10 805 020 en 2024 à 7 329 278 en 2025, soit une réduction de 32,17 %, représentant 3 475 742 cas de paludisme évités en une seule année. Le nombre de décès quant à lui est passé de 3 523 en 2024 à 1 979 en 2025, soit une baisse de 43,83 %.

S'agissant spécifiquement des enfants de moins de 5 ans, le nombre de cas est passé de 3 195 655 en 2024 à 1 962 277 en 2025, soit une baisse de 38,60 %. Tandis que le taux de mortalité connaissait une chute de l'ordre de 40,44 %.

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"Si les gens ont recours aux soins et à la vaccination, il va de soi qu'on va mieux protéger les enfants avec cette nouvelle stratégie qui n'existait pas avant. D'une manière globale, les communautés ont joué un grand rôle dans la baisse des cas et des décès"Issouf Yaméogo, chef du service de lutte contre la maladie dans la région de Guiriko

« Cette performance dépasse largement la tendance observée sur la période 2020-2024, où la réduction moyenne annuelle n'était que de 0,89 % », déclare le ministre de la Santé, soulignant que « cette réduction historique et sans précèdent » du nombre de cas et de décès avait été notée dès la fin de l'année 2025.

« Il a fallu aussi s'assurer de la qualité des données. Ce travail a été fait au niveau du ministère de la Santé, du Secrétariat permanent pour l'élimination du paludisme, des autres directions générales du ministère, notamment la Direction générale des études et des statistiques sectorielles...Ce travail ayant été effectué, il nous a confortés dans le fait que cette baisse drastique était avérée », explique Robert Kargougou.

« Nous avons consulté aussi le groupe technique de travail en charge du suivi, de l'évaluation et de la recherche en matière de paludisme. Les membres de ce groupe ont passé en revue les données et sont parvenus à la conclusion qu'il y a effectivement une baisse significative, avérée et sans précédent du nombre de cas de paludisme et de décès liés à cette maladie », soutient-il.

Moustiquaires et vaccination

Robert Kargougou justifie cette baisse par la campagne nationale de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées d'insecticides à longue durée d'action (MILDA), qui a permis de distribuer près de 15 000 000 de moustiquaires de dernière génération aux ménages.

« Ces moustiquaires se sont révélées plus efficaces face à la résistance aux insecticides que celles utilisées jusque-là dans notre pays. Plus de 33 000 volontaires communautaires et 7 000 agents de santé ont sillonné villes et villages, y compris les zones à fort défi sécuritaire pour assurer une protection équitable des ménages », indique-t-il.

Il affirme également que les enfants de moins de 5 ans ont bénéficié de la chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS).

« Elle a permis de couvrir 4 861 917 enfants et a servi de plateforme pour l'intégration, en plus du dépistage, de la malnutrition. À cela s'ajoutent, la destruction physique des gîtes larvaires, le rattrapage des enfants non à jour de leur vaccination, la prise en charge à domicile des enfants fébriles lors de chaque passage », détaille-t-il.

Pour Aïssata Barry, cheffe du département suivi, évaluation, planification et recherche du Secrétariat permanent pour l'élimination du paludisme, le passage à la vaccination gratuite (R21 et RTS,S) contre le paludisme, effectif depuis le 14 août 2025 dans les 70 districts sanitaires du pays, a joué un rôle important dans les résultats obtenus.

« La vaccination consiste à inoculer quatre doses de vaccin à l'enfant dont trois doses à un mois d'intervalle ; la quatrième étant une dose de rappel... Les trois doses complètes associées contribuent à une diminution des cas et décès liés au paludisme », soutient-elle.

Assainissement du cadre de vie

Amadou Compaoré, agent de santé communautaire (ASBC) au village de Tampouy, dans la commune rurale de Komsilga (20 km de Ouagadougou), confie ne pas être surpris par cette tendance à la baisse des cas de paludisme.

« Dans notre équipe, nous avons remarqué que pour les tests de diagnostic rapide (TDR) que nous effectuons sur les enfants le taux de positivité qui était à 64% en 2024 a chuté à 31% en 2025 », fait-il savoir.

Il soutient que les centres de santé n'ont pas été saturés pendant la période de pic du paludisme, contrairement aux années précédentes, grâce à la vaccination des enfants et à l'assainissement du cadre de vie.

Uns situation constatée aussi au centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Kalwartenga (150 km de Ouagadougou). « Que ce soit le paludisme simple ou grave, nous avons réellement constaté une forte diminution des cas dans notre formation sanitaire », confie Adama Zabsonré, l'infirmier chef de poste.

Il explique qu'en 2023, « sur 100 malades, on pouvait avoir 80 cas de paludisme. En 2024, cette incidence a connu une baisse. De 80, nous sommes descendus jusqu'à 54. Et en 2025, nous sommes à 31 % de cas ».

Dans ce district sanitaire, la diminution des cas de paludisme s'explique par les campagnes de chimio prévention du paludisme saisonnier plus (CPS+), insiste Adama Zabsonré.

« Ici, nous avons mis en place ce que nous appelons des échantillons témoins. C'est-à-dire que dans chaque village, nous avons 10 enfants que l'on suit durant le début de CPS 1 jusqu'à la CPS 4 pour savoir si ces enfants choisis par village ont contracté le paludisme », précise-t-il.

« Nous avons constaté que de tous ces 70 enfants issus de 7 villages, aucun n'a contracté le paludisme durant la période, de même que les femmes enceintes. Et ce grâce au traitement préventif intermittent » se réjouit-il.

Maintenir le cap

Issouf Yaméogo, chef du service de lutte contre la maladie dans la région de Guiriko, soutient que cette amélioration résulte d'un ensemble d'actions combinant prévention, prise en charge et mobilisation communautaire.

« Nous arrivons à soigner les cas de paludisme grave que nous rencontrons dans nos formations sanitaires. Vous voyez, le nombre de décès a diminué. C'est parce que les communautés ont accepté de s'engager dans la lutte et ont recours très rapidement aux services de santé dans leurs localités », indique ce dernier.

Il ajoute : « si les gens ont recours aux soins et à la vaccination, il va de soi qu'on va mieux protéger les enfants avec cette nouvelle stratégie qui n'existait pas avant. D'une manière globale, les communautés ont joué un grand rôle dans la baisse des cas et des décès ».

Pour tous les acteurs, il est question pour le Burkina Faso de capitaliser ces acquis pour atteindre son objectifs qui est d'éliminer le paludisme à l'horizon 2030.

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