Ile Maurice: Traitements médicaux à l'étranger - Vers un encadrement renforcé face aux dérives dénoncées

La question des traitements médicaux à l'étranger et du rôle de certaines organisations privées a été au cœur des échanges parlementaires, à la suite des interpellations des députées Ashley Ramdass et Raviraj Beechook. En réponse, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a dressé un état des lieux préoccupant, tout en annonçant des mesures pour mieux encadrer ce secteur sensible.

Dans un premier temps, le ministre a rappelé les procédures en vigueur avant toute évacuation sanitaire à l'étranger. Chaque dossier fait l'objet d'une évaluation approfondie afin de déterminer si le traitement peut être dispensé dans le système public local ou, le cas échéant, dans le privé. Cette analyse tient compte de l'urgence, des bénéfices attendus pour le patient ainsi que de son aptitude à voyager. Par ailleurs, des plans de traitement et des devis sont systématiquement sollicités auprès d'hôpitaux partenaires, notamment en Inde.

Toutefois, certaines situations échappent à ce cadre. Anil Bachoo souligne que les patients ayant recours à des organisations privées pour s'occuper des détails de leur traitement à l'étranger ne sont pas éligibles à une aide financière de l'État, notamment lorsque le revenu mensuel du foyer dépasse Rs 200 000 ou lorsque le traitement n'est pas jugé approprié. Dans certains cas, des recommandations médicales défavorables au voyage n'auraient pas été respectées.

Les autorités s'inquiètent également des pratiques entourant la collecte de fonds. Régies par le Public Collections Act, ces initiatives nécessitent l'autorisation du commissaire de police, qui consulte au préalable le ministère de la Santé. Or, il ressort que certaines collectes auraient été organisées en dehors du cadre légal, et que seules les demandes émanant d'individus - et non d'entités : sont recevables.

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Le ministre a surtout fait état de plusieurs plaintes concernant certaines associations. Parmi les griefs évoqués : l'envoi à l'étranger de patients gravement malades, parfois en phase terminale, avec peu de chances de bénéfice médical, exposant leurs familles à des coûts élevés et difficilement soutenables. D'autres allégations font état d'un manque de transparence dans les frais, de possibles commissions perçues auprès d'hôpitaux étrangers, ou encore de patients mal informés sur les traitements proposés.

Face à ces préoccupations, le ministre reconnaît un vide réglementaire. « Ces organisations opèrent actuellement dans un cadre peu structuré, sans supervision statutaire claire », a-t-il indiqué. Une situation jugée préoccupante, d'autant qu'elle concerne directement à la santé et à la dignité des citoyens.

Dans ce contexte, des réformes sont envisagées. Le ministère prévoit de travailler avec le bureau de l'Attorney General et d'autres instances concernées afin d'introduire des amendements législatifs. L'objectif est d'intégrer ces organisations dans un cadre réglementaire formel, possiblement à travers une révision du Private Health Institutions Act. Ces dispositions pourraient être incluses dans le Finance Bill 2026, compte tenu de l'urgence.

Un cas récent, celui de Ras Natty Baby, âgé de 72 ans, a également été évoqué. Admis en soins intensifs dans un hôpital public, il avait été suivi par une équipe de spécialistes qui ne recommandait pas son transfert à l'étranger avant stabilisation. Toutefois, il a été transféré en Inde par une organisation privée, sans accompagnement familial, et est décédé quelques jours plus tard. Des zones d'ombre subsistent, notamment sur le consentement aux soins et la communication avec la famille.

Les autorités ont confirmé que ce dossier, comme d'autres plaintes, sera transmis aux instances compétentes pour enquête. « Aucun cas ne sera négligé », a assuré le ministre, évoquant la nécessité de protéger les patients contre toute forme d'exploitation. Enfin, la mise en place d'un système d'information centralisé, ou « guichet unique », est à l'étude afin d'orienter les patients et leurs proches vers des options de traitement fiables et adaptées.

Dans l'attente de ces réformes, le ministre appelle à la vigilance. Un communiqué officiel sera émis pour sensibiliser le public aux risques liés à certaines pratiques, dans un secteur où l'espoir ne doit pas devenir une source d'abus.

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