La machinerie budgétaire est en branle. Le ministre délégué aux Finances, Dhaneshwar Damry, a, ces derniers jours, pris connaissance des recommandations du secteur privé et de la société civile lors des consultations pré-budgétaires.
Déjà, la tension est palpable. D'abord, les syndicats ont sciemment décidé de boycotter cet exercice, arguant qu'il y a eu « un manque de considération » à leur égard. Mais l'on retiendra surtout le coup de gueule d'Afzal Delbar, le secrétaire général de la Freeport Operators Association, qui, avec son franc-parler, a mis le doigt sur la plaie, en fustigeant les lourdeurs administratives et la sur-réglementation qui tuent à petit feu le business. Afzal Delbar n'est pas un quidam qui crie dans le désert. Il sait de quoi il parle. Aujourd'hui, le port franc se meurt en raison d'un cadre réglementaire trop contraignant et éprouve un mal fou à concurrencer les hubs de Jebel Ali et de Ras Al Khaimah. En quelques années, le volume de conteneurs traités au port franc est passé de 60 000 EVP à moins de 1 000 par an.
Le port franc est un cas d'école dont les techniciens du ministère des Finances devraient s'inspirer lors de l'élaboration de la loi de finances 2026-2027. Car, si l'État veut faire de l'investissement et de l'innovation les points cardinaux du nouveau modèle économique qu'il aspire à créer, il est primordial que le pays devienne à nouveau une référence en matière de facilitation des affaires.
Dans le sillage des réformes fiscales et structurelles initiées par l'ancien ministre des Finances, Rama Sithanen, au milieu des années 2000, Maurice avait progressivement amélioré son cadre sur la facilitation des affaires. Ainsi, de 2007 à 2020, le pays a constamment grappillé des points dans le Doing Business Report de la Banque mondiale, jusqu'à se hisser à la 13e place de ce classement. Les 12 premières places étaient occupées par la Nouvelle-Zélande, Singapour, Hong Kong, le Danemark, la Corée du Sud, les États-Unis, la Géorgie, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, la Lituanie et la Malaisie.
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Qu'est-ce qui a fait notre force ? Concrètement, en l'espace d'une quinzaine d'années, il y a eu des progrès notables notamment au niveau du délai pour la constitution d'une entreprise, avec la possibilité d'obtenir le certificat d'incorporation et une Business Registration Card en l'espace d'une semaine. De même, la promulgation du Business Facilitation Act en 2017, la création du National Electronic Licensing System, un guichet électronique unique pour la délivrance des licences commerciales opéré par l'Economic Development Board, et les réformes engagées par la Mauritius Revenue Authority sous la houlette de son ancien directeur, Sudhamo Lal, pour faciliter le paiement des impôts, avaient permis à Maurice de se doter d'un cadre fiscal et réglementaire solide et propice aux affaires.
Depuis, les rouages ont commencé à se gripper. Les institutions sont devenues trop procédurières. Les exercices de diligence raisonnable se sont rallongés du fait que l'on était sous le radar d'institutions comme le Groupe d'action financière. Malgré tout, on n'a pas fait que de bons choix. Le fiasco de l'ex-Silver Bank, établissement ayant obtenu sa licence bancaire en 2021, est un exemple édifiant.
Dans le même temps, en raison de l'instabilité politique sous l'ancien régime, des investisseurs étrangers, notamment du Moyen-Orient, ont préféré mettre leurs projets en attente.
Avec l'installation du nouveau gouvernement, les lourdeurs administratives n'ont pas disparu. Les Rs 48 milliards d'investissements directs étrangers enregistrés en 2025 sont flatteuses. Il n'empêche qu'on aurait pu faire beaucoup mieux. D'ailleurs, l'ancien Deputy Prime Minister, Paul Bérenger, avait jeté un pavé dans la mare en dévoilant que des IDE estimés à Rs 47 milliards et qui concernent surtout des projets immobiliers, restent bloqués au niveau de l'Economic Development Board.
L'efficacité des mesures fiscales et structurelles du prochain Budget national sera diluée si l'on n'enlève pas les blocages entravant le business. Le Premier ministre devra faire preuve d'un leadership éclairé pour permettre aux institutions d'opérer dans un environnement sain. Au lieu d'être érigé comme un totem tout-puissant, l'État doit se faire plus petit et se contenter de son rôle de facilitateur. Disons-le franchement : ce qui a toujours principalement miné la performance de nos corps parapublics, c'est l'ingérence politique et la culture du népotisme. Hier, c'était «La cuisine» qui contrôlait les institutions clés, aujourd'hui, l'on parle de la « Bande des 5 ». Si l'on veut changer de modèle économique, il faut avant tout faire de la politique autrement.