La situation financière de la MauBank Ltd et de sa maison mère a été longuement évoquée à l'Assemblée nationale, à la suite d'une question du député Avinash Ramkalawon adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Si la banque affiche des performances bénéficiaires, les chiffres globaux révèlent une réalité plus contrastée, marquée par un déséquilibre structurel au niveau du groupe.
D'emblée, le chef du gouvernement a rappelé que MauBank Ltd est une filiale de MauBank Holdings Ltd, dont l'État mauricien est l'unique actionnaire. Sur le plan opérationnel, la banque a enregistré un profit après impôt d'environ Rs 829 millions pour l'exercice clos au 30 juin 2025. Ses actifs totaux s'élèvent à Rs 57,6 milliards, avec des dépôts atteignant Rs 50,8 milliards, tandis que ses fonds propres et réserves sont estimés à Rs 5,2 milliards.
Cependant, ces résultats positifs contrastent fortement avec la situation de la holding. MauBank Holdings Ltd affiche un déficit de Rs 202 millions et des fonds propres négatifs de Rs 2,95 milliards, conséquence directe de pertes accumulées depuis la création du groupe en 2015. Une situation que Navin Ramgoolam qualifie de «paradoxale», où la rentabilité de la banque ne se reflète pas au niveau de sa structure mère.
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Le Premier ministre est revenu sur les origines de cette fragilité, évoquant notamment un portefeuille de prêts toxiques d'environ Rs 5,1 milliards hérité à la création de MauBank. En 2018, ces actifs non performants ont été transférés à une entité soeur, EAMC Ltd, permettant à la banque d'assainir son bilan. Une opération qui, selon lui, a contribué à améliorer les performances apparentes de MauBankLtd, sans pour autant régler les déséquilibres financiers globaux du groupe.
Navin Ramgoolam a également dénoncé des pratiques de gestion qu'il juge problématiques, évoquant des cas de mauvaise gouvernance et un manque de diligence. Il a notamment cité un prêt de Rs 675 millions accordé à Kuros Construction Ltd, garanti par un terrain de 15 arpents de l'État, à Bel-Ombre. Selon lui, ce financement aurait été octroyé sans garanties personnelles adéquates ni évaluation rigoureuse, sous la responsabilité de dirigeants de l'époque. Aujourd'hui, cette dette reste impayée, l'entreprise étant en défaut de paiement.
Sur la question des finances publiques, le Premier ministre a précisé qu'aucun fonds n'a été transféré par MauBank Ltd vers le Consolidated Fund durant l'année financière en cours, ni auparavant. À l'inverse, l'État a injecté Rs 4,1 milliards dans MauBank Holdings Ltd entre 2015 et novembre 2024 afin de soutenir ses opérations.
Par ailleurs, la holding a contracté un emprunt de 100 millions de dollars américains auprès de la Banque africaine de développement pour renforcer le financement des PME. À cela s'ajoute un nouvel apport de Rs 1,1 milliard au cours de l'exercice en cours, destinée principalement à honorer ses obligations de remboursement.
Il ressort également que MauBank Ltd n'a contracté aucun emprunt en son nom propre, l'ensemble des dettes étant porté par la holding. Cette structure financière place MauBank Holdings Ltd en première ligne pour absorber les coûts d'endettement, alors même que les dividendes versés par la banque restent insuffisants pour couvrir les charges financières.
Ainsi, malgré les profits enregistrés par MauBank Ltd, la situation globale du groupe demeure préoccupante. Le Premier ministre a souligné que la rentabilité de la banque s'est faite «au détriment» de la holding et, indirectement, des finances publiques. Cette dynamique a contribué à une détérioration continue de la santé financière de MauBank Holdings Ltd.
Face à cette situation, plusieurs mesures sont envisagées pour redresser le groupe. Parmi cellesci figurent la restructuration de la dette existante, l'amélioration de la rentabilité de la banque afin d'augmenter sa capacité de distribution de dividendes, la cession d'actifs non essentiels et la récupération des prêts non performants transférés par le passé. Le Premier ministre a, au passage, justifié les départs de Premchand Mungur et Vishuene Vydelingum, anciens Chief Executive Officers de l'institution.