Madagascar: Discours au perchoir - Les investissements étrangers dans le viseur de Siteny Randrianasoloniaiko

Le président de l'Assemblée nationale interpelle le gouvernement sur les investissements étrangers. Il plaide pour un renforcement de la souveraineté économique et une plus grande participation des Malgaches dans les secteurs stratégiques.

Une injonction envers l'Exécutif. C'est ainsi que sonne le discours de Siteny Randrianasoloniaiko, président de l'Assemblée nationale, en ouverture de la première session ordinaire du Parlement, hier, à Tsimbazaza. Un ton injonctif, particulièrement dans la partie où il a abordé la question des grands investissements étrangers. Un des points sur lesquels l'homme au perchoir de la Chambre basse a insisté est la participation des nationaux dans les grands projets relatifs aux secteurs stratégiques. À cet effet, il met en avant comme argument le contexte de la refondation, mais aussi la souveraineté nationale et économique.

« Concernant les grands projets et investissements réalisés à Madagascar, nous appelons le gouvernement à abandonner les méthodes inefficaces du passé et à mettre en place une véritable refondation », déclare ainsi celui qui est également député de Toliara. Sur sa lancée, le patron de l'institution de Tsimbazaza ajoute : « Il n'est plus acceptable, dans ce contexte de refondation, que le propriétaire demande lui-même ce qui lui revient de droit. (...) Il est donc temps de renforcer la souveraineté économique et de valoriser la participation des Malgaches dans les actifs stratégiques. »

Siteny Randrianasoloniaiko prend comme exemple le projet du Groupe ADP, ou Aéroports de Paris, de vendre ses parts du consortium Ravinala Airports, gérant des aéroports d'Ivato et de Nosy Be. Des parts qui sont de l'ordre de 35 %. Ce projet de vente a été révélé dans un article du site d'information Africa Intelligence, le 28 avril. « Ainsi, j'affirme clairement que la possibilité pour l'État malgache d'acquérir ces 35 % doit être examinée avec sérieux», suggère donc le président de l'Assemblée nationale.

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Jusqu'à présent, la liberté d'investissement pour les nationaux et les étrangers est la règle à Madagascar. Les propos du député de Toliara, hier, tendent toutefois à plaider pour une modification des règles du jeu afin que les investissements étrangers, notamment dans les secteurs stratégiques, incluent des participations locales. À l'entendre, il ne s'agit pas juste d'une participation de l'État, qui a déjà des parts dans certains grands investissements, mais aussi d'une possibilité pour les particuliers nationaux d'y participer.

Sécurité des investissements

Il s'agit d'une pratique en vigueur sous différentes formes et suivant différents degrés dans des pays comme le Kenya, les Philippines, ou encore l'Inde et l'Arabie Saoudite. Cette approche présente plusieurs avantages, comme le développement et la consolidation du secteur privé local, une meilleure redistribution des profits en faveur du pays, ou encore l'accès à des capitaux et aux technologies. Toutefois, elle doit être rigoureusement encadrée afin d'éviter les dérives et les abus. L'idée est d'éviter qu'une poignée de privilégiés s'accaparent les profits au détriment de la population.

Le revers de la médaille est que cette règle pourrait nuire à l'attractivité de Madagascar pour les investisseurs étrangers. Cette question d'attractivité et de compétitivité pour attirer les investisseurs internationaux a, par exemple, amené les Émirats à l'assouplir depuis 2021. Pour la Grande île, envisager l'application de cette pratique pourrait concerner les investissements futurs, sauf si l'État décide de revoir les contrats avec ceux qui sont déjà en place.

La stabilité et la durabilité des contrats passés avec l'État constituent, cependant, l'un des critères de la sécurité des investissements et donc de l'attractivité du pays. Outre la question de la participation des nationaux aux grands investissements étrangers, Siteny Randrianasoloniaiko a également exhorté le gouvernement « à faire preuve de rigueur dans la mise en oeuvre des investissements et dans l'évaluation des projets, notamment sur les plans environnemental et social, avant d'autoriser leur exploitation ».

Dans la foulée, le patron de l'institution de Tsimbazaza a lancé un pavé contre le projet Vara Mada, anciennement Base Toliara. « Les grands projets qui créent des conflits et divisent la population malgache, comme le projet Vara Mada, ne devraient en aucun cas être autorisés à opérer à Madagascar », lance Siteny Randrianasoloniaiko. Des mots lourds de sens venant d'un chef d'institution qui les a, d'autant plus, prononcés au perchoir de la Chambre basse.

L'élu de Toliara s'affirme comme l'un des fervents opposants à ce projet minier. Il procède, toutefois, d'un protocole d'accord avec l'État, bien que l'accord d'investissement soit toujours en cours de négociation. Cela donne, justement, une opportunité pour des réajustements. Mais rompre sèchement le processus pourrait porter préjudice à l'attractivité du pays en termes d'investissements internationaux. Déjà, le discours de Siteny Randrianasoloniaiko pourrait être considéré comme un mauvais signal.

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