Ile Maurice: Un an après le premier Budget du changement, des avancées et des lenteurs

Il y a près d'un an, dans le cadre des mesures budgétaires 2025-2026, le gouvernement avait annoncé plusieurs initiatives.

Dont une enveloppe de Rs 800 millions, prévue pour soutenir les agriculteurs, planteurs et éleveurs à travers le pays. À l'aube du second Budget, état des lieux du secteur.

Les intentions : Nombreuses

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Ces mesures s'inscrivaient dans une volonté de moderniser les pratiques agricoles et de prendre en compte les effets du changement climatique. Un Food Resilience Scheme devait être mis en place pour encourager les techniques agricoles en environnement contrôlé. Le programme prévoyait le développement de l'agriculture verticale, des systèmes de production en intérieur sous contrôle climatique, ainsi que des méthodes améliorées pour la production de semences et d'engrais. L'objectif annoncé était d'augmenter la productivité et de réduire l'exposition du secteur aux aléas climatiques, afin de stabiliser l'approvisionnement alimentaire.

Le budget prévoyait également l'introduction d'outils d'intelligence artificielle dans le secteur agroalimentaire, notamment pour accompagner les petites et moyennes entreprises. Cette mesure visait à moderniser les processus, renforcer les normes de sécurité alimentaire et améliorer le fonctionnement de la chaîne de production et de distribution.

La gestion des terres faisait également partie des axes annoncés. Le projet «Digital Twin Mauritius» devait permettre une représentation numérique des ressources foncières du pays, afin de faciliter la planification et la coordination des projets agricoles et infrastructurels. Par ailleurs, Landscope Mauritius avait été identifié pour contribuer à la mobilisation des terrains destinés à des projets liés à la sécurité alimentaire, en fonction des priorités définies.

Un mécanisme de repurposing foncier devait aussi être introduit. Il prévoyait une exemption de permis de conversion pour les propriétaires de petites parcelles agricoles lorsque leurs terrains sont réaffectés à des projets d'investissement définis dans le cadre du dispositif. Des amendements au Forest and Reserve Act étaient également prévus afin de soutenir les efforts de reboisement dans le cadre de la Mauritius Biomass Initiative. Elle visait à améliorer la couverture forestière et à préserver les écosystèmes naturels.

Dans le secteur de la canne à sucre, un revenu minimum garanti avait été annoncé pour les planteurs. Pour la récolte 2025, les producteurs livrant jusqu'à 60 tonnes de sucre devaient bénéficier d'un prix garanti de Rs 35 000 par tonne, incluant la valeur de la bagasse et de la mélasse.

Le bilan : Mitigé

Un an après ces annonces, les représentants du secteur dressent un bilan mitigé de leur application sur le terrain. Krit Beeharry, de l'Association des Planteurs de l'île, dresse un bilan globalement positif de la mise en oeuvre des mesures budgétaires. Selon lui, la majorité des dispositions annoncées ont déjà été concrétisées. «Des assises ont été organisées et, désormais, nous travaillons à l'élaboration de plans de développement. Le ministère s'est montré réceptif à nos priorités et a pris en compte nos propositions lors de ces consultations», explique-t-il.

Il précise toutefois que certaines revendications restent en discussion, notamment la question de la subvention sur la pomme de terre. «Elle était auparavant de 75 %, puis a été réduite à 50 % dans le budget de cette année. Nous demandons aujourd'hui qu'une formule soit trouvée pour la ramener à son niveau initial», indique-t-il. Une demande qui, reconnaît-il, pourrait se heurter aux contraintes économiques actuelles.

Kailash Ramdhary, de la Falcon Association - représentant des planteurs et des éleveurs - estime que le gouvernement et le ministre de l'Agro-industrie ont annoncé plusieurs mesures et fait preuve de volonté. Toutefois, selon lui, les institutions n'ont pas été en mesure d'appliquer les dispositifs annoncés. Concernant les Rs 800 millions allouées pour des mesures pour la sécurité alimentaire, il déplore que «la lourdeur administrative bloque l'accès à ces facilités».

Selon lui, les planteurs et éleveurs «ne sont pas des mendiants» mais des professionnels qui contribuent directement à la sécurité alimentaire du pays et qui doivent pouvoir accéder aux dispositifs de soutien sans difficulté. Il appelle ainsi à la levée des obstacles administratifs afin de faciliter l'accès aux mesures existantes. Il évoque aussi les difficultés liées au recrutement de travailleurs étrangers. «Pour un planteur, faire venir un travailleur étranger relève d'un processus administratif lourd», dit-il, appelant à la suppression de ces barrières.

Kailash Ramdhary propose, dans ce contexte, la mise en place d'un mécanisme de suivi régulier, notamment un contrôle trimestriel des projets en cours par les institutions concernées. Selon lui, ce suivi permettrait d'évaluer plus concrètement l'efficacité des programmes et d'apporter rapidement des ajustements en cas de non-performance ou de blocages constatés dans certains dispositifs.

Un discours plus critique émane d'Amarjeet Beegoo, planteur, apiculteur et consultant en agriculture. S'il reconnaît le potentiel de certaines initiatives, comme l'agriculture verticale, il déplore un manque de concertation. «C'est une idée intéressante, mais elle ne peut être mise en oeuvre sans une véritable consultation des acteurs concernés», soutient-il.

Plus largement, il estime que les professionnels du terrain peinent à se faire entendre. «Nous sommes dans une situation où personne ne nous écoute. La politique agricole actuelle est défaillante», affirme-t-il, dénonçant un décalage entre les décisions prises et les réalités du secteur. Il met également en garde contre une dépendance croissante aux semences hybrides importées. Selon lui, cette orientation fragilise le pays : «Cela accroît notre dépendance aux importations et introduit parfois des semences de qualité discutable. Il est essentiel de renforcer notre souveraineté alimentaire.»

Amarjeet Beegoo évoque par ailleurs un découragement grandissant chez les planteurs, marqué par un désintérêt pour certaines cultures. «Aujourd'hui, aucun des planteurs avec qui je travaille ne souhaite cultiver la pomme de terre. Le soutien n'est pas arrivé au moment opportun», regrette-t-il.

Le ressenti : Décourageant

Il souligne aussi un déséquilibre dans la répartition des aides. «Les planteurs en plein champ représentent environ 80 % du secteur, contre seulement 15 % sous serre. Pourtant, ce sont ces derniers qui semblent bénéficier de la majorité des soutiens. Dans le même temps, le coût des structures de serre a augmenté de plus de 400 %», fait-il remarquer.

Enfin, il dénonce les écarts importants entre les prix à la production et ceux pratiqués au détail. «Hier matin, nous avons vendu le concombre à Rs 10 à l'encan, alors qu'il est revendu à Rs 60 au bazar de St-Pierre. La coriandre, achetée Rs 30, peut atteindre jusqu'à Rs 700 la livre en supermarché. Les légumes ne sont pas chers à l'encan, mais deviennent excessivement coûteux pour les consommateurs. C'est aberrant», conclut-il.

Pour Kreepalloo Sunghoon, président de la Small Planters Association, les annonces formulées dans le cadre des mesures budgétaires étaient jugées intéressantes, mais leur mise en oeuvre reste, selon lui, insuffisante. Il estime que les résultats attendus sur le terrain tardent à se concrétiser, alors que le secteur continue de faire face à plusieurs contraintes structurelles.

«L'ensemble du système doit être revu et actualisé», insiste-t-il, soulignant la nécessité de renforcer la production, mais aussi les capacités de transformation et de stockage, compte tenu du potentiel existant. Il considère que ces leviers sont essentiels pour améliorer la résilience du secteur, malgré les défis auxquels les planteurs sont confrontés.

Il rappelle par ailleurs que les principales problématiques du secteur ont déjà été soulevées lors des Assises de l'agriculture. Toutefois, les acteurs concernés restent dans l'attente de la mise en oeuvre effective des recommandations et des solutions qui y ont été proposées.

Dans ce contexte, et alors que la conjoncture budgétaire 2026- 2027 s'annonce difficile, il exprime ses inquiétudes quant aux impacts sur les plus vulnérables. Selon lui, ces derniers risquent d'être les plus exposés si des mesures concrètes ne sont pas rapidement mises en application.

Par ailleurs, dans le cadre des consultations pré-budgétaires en cours, les représentants des planteurs et des éleveurs sont revenus à la charge avec de nouvelles propositions pour répondre aux difficultés auxquelles ils sont confrontés. Parmi les principales préoccupations évoquées figurent la hausse du coût des fertilisants, le manque de mécanisation et les problèmes d'irrigation, qui affectent à la fois les cultures vivrières, la canne et l'élevage. Des pistes d'alternatives locales ont également été avancées, tandis que des engagements auraient été évoqués concernant des solutions à apporter à certaines contraintes.

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