Afrique: Salma Sylla, une étoile sur le ciel sénégalais

Dans un contexte où l'astrophysique africaine est encore en pleine construction, certaines trajectoires scientifiques brillent par leur ambition, leur rigueur et leur portée symbolique. C'est le cas de la thèse de doctorat de Madame Salma Sylla Mbaye, qui s'inscrit à la fois dans une dynamique scientifique internationale et dans un mouvement de structuration de la recherche au Sénégal.

À travers ses travaux intitulés « Étude de phénomènes transitoires en astrophysique : flashs d'impact et binarité dans les étoiles RR Lyrae », la chercheure contribue à éclairer des phénomènes parmi les plus complexes et les plus fugaces de l'Univers, tout en participant activement à l'émergence d'une astrophysique africaine compétitive.

L'astrophysique moderne accorde une importance croissante à l'étude des phénomènes transitoires, ces événements de courte durée qui révèlent des processus physiques extrêmes. Supernovae, sursauts gamma, impacts planétaires ou encore variations d'étoiles pulsantes : autant de manifestations qui témoignent du caractère dynamique de l'Univers.

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Dans ce cadre, la thèse de Salma Sylla Mbaye se distingue par une approche originale articulée autour de deux axes complémentaires. D'une part, elle s'intéresse aux flashs d'impact observés sur les planètes géantes comme Jupiter et Saturne. Ces phénomènes, provoqués par la collision d'objets interplanétaires, permettent de mieux comprendre la distribution et la fréquence des petits corps dans le système solaire. D'autre part, ses travaux portent sur les étoiles variables de type RR Lyrae, connues pour leurs pulsations régulières. L'objectif est d'y détecter d'éventuelles signatures de binarité à travers l'analyse fine des variations temporelles, notamment via les diagrammes O-C et l'effet du temps de parcours de la lumière (LTTE).

Ainsi, bien que portant sur des objets astrophysiques différents, ces deux axes reposent sur un outil commun : l'analyse des séries temporelles, devenue centrale en astrophysique contemporaine.

Au coeur de cette réussite scientifique se trouve un encadrement académique solide. La thèse a été dirigée par le professeur Ababacar Sadikhe Ndao, enseignant-chercheur à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il a accompagné la doctorante depuis ses débuts en recherche, contribuant à la structuration de sa démarche scientifique, à la rigueur méthodologique de ses travaux et à son intégration dans la communauté scientifique. Cet encadrement local illustre l'importance de développer des compétences scientifiques de haut niveau au sein même des universités africaines. Il témoigne également du rôle central que jouent les enseignants-chercheurs dans la formation de la nouvelle génération de scientifiques sur le continent.

Si l'ancrage local est essentiel, la réussite de cette thèse repose également sur une forte dimension internationale. La co-direction assurée par le chercheur Dr François Colas, Directeur de Recherche au CNRS, basé à l'Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Éphémérides, devenu récemment le laboratoire Temps Espace, de l'Observatoire de Paris, affilié à des institutions de recherche en France, a permis d'ouvrir le travail à des réseaux scientifiques de haut niveau.

Grâce l'appui des autorités sénégalaises, notamment du Pr Marie Teuw NIANE, alors ministre de l'Enseignement supérieur de la Recherche et de l'Innovation ainsi que et d'autres financements internationaux, la doctorante a pu participer à des campagnes d'observation dans des sites prestigieux comme l'observatoire du Pic du Midi et intégrer des réseaux spécialisés dans l'observation des phénomènes transitoires.

Par ailleurs, ses travaux ont bénéficié d'échanges avec plusieurs chercheurs et institutions en Europe comme l'Université d'Anvers où elle a côtoyé la Professeure Pr Katrien Kolenberg pour peaufiner ses travaux sur les étoiles variables. Ses interactions avec le chercheur David Baratoux, lui ont permis de bénéficier du programme nommé Initiative Africaine pour le développement des Sciences planétaires et spatiales (AFIPSS) afin d'assurer ses visites scientifiques à l'observatoire de l'Oukaïmeden au Maroc.

L'intégration dans des réseaux tels que le Groupe Européen d'Observation Stellaire (GEOS) a permis d'accéder à des bases de données étendues et à une expertise collective.

Ces collaborations illustrent parfaitement le modèle de recherche moderne, fondé sur la circulation des savoirs, le partage des données et la coopération internationale.

Un des aspects remarquables de cette thèse réside dans l'utilisation de réseaux d'observation collaboratifs, impliquant à la fois des astronomes professionnels et amateurs. Cette approche, caractéristique de l'astronomie contemporaine, permet de multiplier les observations et d'améliorer la détection des phénomènes rares.

Dans le cas des flashs d'impact, les données analysées proviennent de campagnes menées au Maroc, en France et via des réseaux internationaux comme DeTeCt. Tandis que du côté des étoiles RR Lyrae, l'exploitation des bases de données issues du réseau GEOS a permis une analyse approfondie du cas de l'étoile V1109 Cas.

Elle démontre qu'il est possible de mener des recherches de haut niveau depuis le continent, à condition de s'appuyer sur un encadrement local solide, des collaborations internationales actives et une intégration dans les réseaux scientifiques mondiaux.

Cette thèse constitue aussi une étape fondatrice pour le développement de ce domaine scientifique au sein de notre université et dans notre pays et ouvre la voie à la structuration future d'un enseignement et d'une recherche dans ce domaine au sein de notre université. Elle contribue également à renforcer la visibilité du Sénégal dans le domaine des sciences spatiales, à un moment où le pays développe ses ambitions dans ce secteur.

En effet, le Sénégal manifeste aujourd'hui un intérêt stratégique croissant pour l'astrophysique et l'astronomie, domaines reconnus comme porteurs d'innovation scientifique, technologique et éducative. Dans ce contexte, la formation de compétences nationales de haut niveau en astrophysique constitue un enjeu prioritaire pour accompagner cette ambition.

Le parcours de Salma Sylla Mbaye incarne une nouvelle génération de scientifiques africains, capables de naviguer entre ancrage local et ouverture internationale. Il illustre le potentiel du continent à produire une recherche de qualité, tout en répondant aux défis spécifiques liés à son contexte.

Dans un ciel scientifique encore en construction, cette thèse apparaît comme une lumière prometteuse. Elle rappelle que, comme les étoiles qu'elle étudie, la science africaine peut briller intensément lorsqu'elle est nourrie par la passion, la rigueur et la collaboration.

«Une étoile sur le ciel sénégalais» n'est pas seulement une métaphore. C'est une réalité scientifique et humaine. À travers cette thèse, c'est tout un écosystème de recherche qui se dessine, reliant Dakar aux grands centres internationaux, et ouvrant la voie à de futures avancées.

Si les défis restent nombreux, les bases sont désormais posées. Et comme toute étoile naissante, cette dynamique est appelée à croître, à rayonner et à inspirer.

Au-delà du Sénégal, cette thèse s'inscrit dans une dynamique plus large : celle du développement de l'astrophysique en Afrique.

En effet, l'astrophysique en Afrique est une discipline en forte émergence qui connaît aujourd'hui une phase d'évolution significative. Longtemps marginalisée dans les priorités scientifiques du continent, cette discipline bénéficie désormais d'un regain d'intérêt lié aux avancées technologiques, aux collaborations internationales et à une prise de conscience progressive de son importance stratégique.

Ainsi, depuis les années 2010, plusieurs initiatives ont contribué à structurer la recherche astrophysique sur le continent africain. Cependant, il est important de noter que cette dynamique reste encore inégale selon les pays et repose sur quelques centres d'excellence qui jouent un rôle moteur dans la structuration du domaine. Certains États ont réussi à établir des bases solides, tandis que d'autres en sont encore à un stade embryonnaire.

L'Afrique du Sud s'impose comme le leader incontesté grâce à des investissements massifs des infrastructures de pointe, une communauté scientifique bien établie et un système de formation avancé. En parallèle, d'autres pays participent activement à cette dynamique. Le Maroc développe ses capacités grâce à des collaborations internationales et à l'exploitation de sites d'observation favorables. L'Égypte, forte d'une tradition scientifique ancienne, maintient aussi une activité continue en astronomie. L'Éthiopie, quant à elle, s'inscrit dans une politique ambitieuse visant à renforcer ses infrastructures scientifiques. Le Sénégal représente un cas intéressant de pays en phase de structuration. Avec la mise en place de projets nationaux et l'implication dans des réseaux internationaux, il montre une volonté claire de s'inscrire dans cette dynamique scientifique.

En effet, les initiatives nationales récentes en matière de technologies spatiales et d'infrastructures astronomiques, notamment le lancement du satellite Gaindesat-1A et le projet de construction d'un grand observatoire astronomique à Khombole, traduisent une volonté affirmée de positionner notre pays dans la dynamique continentale des sciences spatiales.

Malgré les initiatives en cours et la montée en compétence des chercheurs, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour surmonter les obstacles structurels et renforcer la gouvernance scientifique.

D'un point de vue stratégique, le continent doit adopter une approche adaptée à ses réalités. Cela implique de valoriser ses avantages naturels, de renforcer ses capacités humaines et de privilégier des solutions innovantes basées sur la collaboration et l'optimisation des ressources disponibles.

Tout d'abord, le continent bénéficie d'un avantage géographique exceptionnel. En effet, la faible pollution lumineuse, les conditions climatiques favorables et l'étendue des zones désertiques offrent un environnement idéal pour les observations astronomiques.

Le nombre d'étudiants et de jeunes chercheurs qui s'intéressent à l'astrophysique augmente progressivement et augure une force émergente à travers l'augmentation du capital humain. De plus, la participation des femmes dans les sciences connaît une amélioration notable, ce qui contribue à enrichir le potentiel scientifique du continent.

Le développement de réseaux africains d'observation ainsi que la mise en place de réseaux de petits télescopes interconnectés constituent une priorité qui permettrait de compenser le manque de grandes infrastructures et de favoriser une bonne collaboration scientifique avec le reste du monde.

Parallèlement, une réforme des systèmes de formation apparaît indispensable. Le développement de programmes spécialisés, la consolidation des écoles doctorales et la création de formations continentales permettront de structurer durablement la discipline. Dans cette dynamique, il serait essentiel d'intégrer, dans les curricula et de manière cohérente, les différents champs fondamentaux de l'optique, qui constituent le socle de l'astrophysique moderne. L'optique géométrique, indispensable à la compréhension et à la conception des instruments d'observation comme les télescopes, permet de maîtriser la formation des images et la propagation des rayons lumineux. L'optique physique qui offre quant à elle, les outils nécessaires pour analyser la nature ondulatoire de la lumière, notamment à travers la diffraction, l'interférométrie et la spectroscopie, au coeur de l'interprétation des signaux astrophysiques. Enfin, l'optique quantique permet de comprendre les mécanismes d'émission et d'interaction de la lumière avec la matière, essentiels pour l'étude des spectres stellaires et des processus énergétiques dans l'Univers.

Vu aussi que l'astrophysique moderne repose de plus en plus sur l'analyse de grandes quantités de données et des technologies numériques, l'Afrique pourrait se positionner comme un acteur important dans les domaines de l'astrophysique computationnelle et de l'intelligence artificielle.

Si des stratégies adéquates sont mises en place, l'Afrique pourrait disposer du potentiel nécessaire pour devenir, à moyen et long terme, un acteur majeur de l'astrophysique mondiale.

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