Le verdict est tombé dans les salles feutrées du Tribunal de première instance de Tunis, marquant un nouveau tournant dans les dossiers de lutte contre la corruption liée à l'ancien régime. La Chambre criminelle a condamné Ridha Grira, figure centrale de l'administration sous la présidence de Ben Ali, à une peine de quatorze années de réclusion criminelle.
Cette sentence, qui frappe l'ancien ministre des Domaines de l'État et des Affaires foncières, concerne un dossier complexe de malversations financières et de manipulations de documents officiels.
L'affaire met en lumière des mécanismes de corruption sophistiqués où le patrimoine immobilier de l'État aurait été détourné de sa vocation publique. Les juges ont retenu contre l'ancien ministre, ainsi qu'envers un second co-accusé condamné à la même peine, des faits de falsification de registres et d'octroi d'avantages injustifiés au détriment de la collectivité. Ce second condamné, dont l'implication est jugée tout aussi déterminante par la cour, voit son sort lié à celui de l'ex-ministre dans ce que les observateurs qualifient de dossier de « dilapidation de deniers publics ».
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Ridha Grira n'est pas un inconnu des tribunaux. Après avoir dirigé pendant plus d'une décennie le département des Domaines de l'État, il avait été nommé à la tête du ministère de la Défense nationale au crépuscule de l'ère Ben Ali. Son parcours, depuis le soulèvement de 2011, est jalonné de multiples poursuites judiciaires portant sur la gestion opaque des terres domaniales, un secteur particulièrement sensible de l'économie tunisienne.
Cette décision de justice souligne la volonté persistante de l'appareil judiciaire de solder les comptes du passé, malgré le temps écoulé depuis les faits. Si la sévérité du verdict a surpris par son ampleur, elle rappelle la gravité des accusations de « Tedlis » ou falsification de documents, un crime lourdement sanctionné par le code pénal tunisien lorsqu'il est commis par un dépositaire de l'autorité publique. La défense conserve toutefois la possibilité de porter l'affaire devant la cour d'appel pour contester le fond de ce jugement.